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Monsieur Franklin mange des oeufs

Extrait des

Souvenirs de la Marquise de Créquy de 1710 à 1803,

(Paris, Garnier Frères, s.d. — vers 1839),

Tome V, pp178‑180 :

Quant à ce M. Franklin qui avait arraché la foudre aux Dieux et le sceptre aux Tyrans, disait le Mercure, en ajoutant que les Dieux étaient les Tyrans de l'Olympe, et que les Tyrans étaient les Dieux de la Terre ; je vous dirais que je n'ai jamais eu l'honneur de le rencontrer qu'une seule fois. C'était à souper chez Madame de Tessé qui ne m'en avait rien fait dire, et qui m'avait joué le tour de le faire placer à table à côté de moi. Je leur fis la malice de ne pas lui adresser une seule parole, et du reste, il me semblait que je n'aurais su que dire à cet imprimeur-libraire ? Il avait de longs cheveux comme un diocésain de Quimper ; il avait un habit brun, veste brune et culotte du même drap avec les mains de pareille couleur ; il avait une cravate rayée de rouge ; et ce que j'ai vu de plus remarquable en lui, c'était sa manière d'arranger les oeufs frais. Ceci consistait à les vider dans son gobelet en y mettant du beurre avec du sel et du poivre et de la moutarde ; il en employait cinq ou six à confectionner ce joli ragoût philadelphique, dont il se nourrissait à petites cuillérées.1 Il est bon de vous dire aussi qu'il ne détachait pas avec une cuillère et qu'il coupait avec un couteau les morceaux de melon qu'il voulait manger ; item, il mordait dans les asperges au lieu d'en trancher la pointe avec son couteau sur son assiette, et de la manger proprement à la fourchette ; vous voyez que c'était une manière de sauvage ; mais au demeurant, mon ami, comme chaque peuple a ses institutions, son climat, ses alimens, ses habitudes et ses coutumes à lui propres, chaque nation doit avoir ses délicatesses morales et ses grossièretés physiques, avec des recherches de politesse qui lui sont particulières, et des négligences habituelles qu'une autre n'a pas. Ce qui me fit prendre garde aux faits et gestes de ce philosophe américain, c'était l'ennui d'en entendre parler comme d'un parangon social et d'une merveille de civilisation cosmopolite. — Qu'il a d'esprit ! le voilà qui vient de dire la chose la plus délicieuse, à propos de M. Goesman ! il a dit qu'il est plus facile à un âne de nier, qu'à un philosophe de prouver !!! — Plus negaret asinus quam probaret philosophus,º répondis-je à Mme de Coigny. — Voici tantôt mille ans qu'on a dit cela pour la première fois ; vous n'en avez pas eu l'étrenne.


Note de l'éditeur de Mme de Créquy :

1 On voit dans le nouvel ouvrage de Mistriss Trollope que cette étrange manière de manger des oeufs frais est encore usitée généralement dans tous les États-Unis.a


Note de Thayer :

a Sauf pour la moutarde, c'est ainsi en effet que ma grand'mère américaine (1891‑1973) mangeait un oeuf à la coque ; et ma mère, française, d'avoir la même réaction.


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Page mise à jour le  13 août 02