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Climat
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p1 Premier climat

PREMIÈRE SECTION

2 Ce premier climat commence à l'ouest de la mer occidentale, qu'on appelle la mer des Ténèbres. C'est celle au-delà de laquelle personne ne sait ce qui existe. Il y a dans cette mer deux îles, nommées al‑Khâlidât (les îles Fortunées), d'où Ptolémée commence à compter les longitudes et les latitudes. On dit qu'il se trouve dans chacune de ces îles une colonne construite en pierres, et de cent coudées de haut. Sur chacune de ces deux colonnes est une statue en cuivre qui indique de la main l'espace qui s'étend derrière elle. Les colonnes de cette espèce sont, d'après ce qu'on rapporte, au nombre de six. L'une d'entre elles est celle de Cadix, à l'ouest de l'Espagne ; personne ne connaît de terres habitables au-delà.

Dans cette section que nous avons tracée sont les villes d'Oulîl, de Sillâ, de Tacrour, de Daw, de Barîsâ et de Moura. Elles appartiennent p2au pays de Magzâra du Soudan. L'île d'Oulîl est située dans la mer, non loin du rivage. C'est dans cette île qu'on trouve cette saline si renommée, la seule qu'on connaisse dans le pays des noirs. Le sel qu'on en tire se transporte dans tout le Soudan au moyen de navires qui viennent charger le sel dans cette île ; ensuite ils repassent la distance d'une journée qui sépare l'île de l'embouchure du Nil et remontent ce fleuve pour décharger à Sillâ, Tacrour, Barîsâ, Ghâna, dans les villes du Wangâra, à Cougha, enfin dans toutes les villes du Soudan. La plupart de ces pays ne sont habitables que sur les bords du Nil même ou sur ceux des rivières qui se jettent dans ce fleuve, car le reste des contrées qui avoisinent le Nil est désert et sans habitations. 3 Il y existe des solitudes arides où il faut marcher deux, quatre, cinq ou douze jours avant de trouver de l'eau ; une de ces solitudes est celle de Nîsar, située sur la route de Sidjilmâsa à Ghâna, qui s'étend en longueur l'espace de quatorze journées pendant lequelles on ne trouve pas d'eau ; en sorte que les caravanes sont obligées d'en porter dans des outres à dos de chameau. Il y a dans le Soudan plusieurs de ces solitudes arides. Du reste la majeure partie de ce pays se compose de sables soulevés et transportés çà et là par les vents. L'eau y manque absolument ; la chaleur y est extrême, tellement que les habitants du premier climat, du second et d'une partie du troisième, brûlés par le soleil, sont de couleur noire et ont les cheveux crépus, contrairement à ce qui a lieu chez les peuples qui vivent sous le sixième et sous le septième climat. De l'île d'Oulîl à la ville de Sillâ, on compte 16 journées de marche.

p3 La ville de Sillâ est située sur la rive septentrionale du Nil. C'est une ville populeuse et un lieu de réunion pour les noirs. On y fait un bon commerce et les habitants sont courageux. Elle fait partie des états du sultan de Tacrour, prince puissant qui possède des esclaves et des troupes, et qui est connu par la fermeté, la sévérité et la justice de son caractère. Son pays et sûr et tranquille ; le lieu de sa résidence et sa capitale et la ville de Tacrour, située au midi du Nil, à 2 journées de marche de Sillâ, soit par terre, soit par le fleuve.

Cette ville de Tacrour est plus grande et plus commerçante que la ville de Sillâ. Les habitants du Maghrib occidental (al‑Akça) y portent de la laine, du cuivre, des breloques, et en retirent de l'or et des esclaves. Les habitants de Sillâ et de Tacrour se nourrissent de millet, de poisson et de laitages ; leurs troupeaux se composent à l'ordinaire de chameaux et de chèvres. Les personnes du commun se vêtent de cadâwîr de laine et portent sur leurs têtes des carâzî de la même étoffe ; les gens riches portent des vêtements de coton et des manteaux (mizar).

De Sillâ et de Tacrour à Sidjilmâsa, on compte 40 journées de marche de caravane. La ville la plus voisine d'elles dans le pays des Lamtouna du désert, est Azoggâ (Azoggî), située à 25 journées de Tacrour. En faisant ce trajet on s'approvisionne d'eau tous les deux, quatre, cinq ou six jours. 4 De même, de l'île d'Oulîl à la ville de Sidjilmâsa, on compte environ 40 journées.

p4 De la ville de Tacrour on remonte le fleuve dans la direction de l'orient, et on arrive après 12 jours à la ville de Barîsâ, ville petite, non entourée de murailles, et qui ressemble plutôt à un village populeux. Les habitants sont marchands ambulants et obéissent au prince de Tacrour. Au sud de Barîsâ, est le pays de Lamlam, éloigné d'environ 10 journées. Les habitants de Barîsâ, de Sillâ, de Tacrour et de Ghâna font des incursions dans le Lamlam, réduisent en captivité les habitants, les transportent dans leur propre pays, et les vendent aux marchands, qui y viennent et qui les font passer ailleurs. Il n'y a dans tout ce pays de Lamlam que deux villes, qui ne sont pas plus grandes que des bourgs. L'une d'elles s'appelle Mallel, et l'autre Daw. Elles sont éloignées l'une de l'autre de 4 journées. D'après ce que rapportent les gens de cette contrée, les habitants sont juifs, mais pour la plupart ils sont plongés dans l'impiété et dans l'ignorance. Lorsqu'ils sont parvenus à l'âge de puberté, il se stigmatisent la figure et les tempes au moyen du feu. Ce sont des signes qui servent à les faire reconnaître. Toutes les habitations de leur pays sont construites sur les bords d'une rivière qui se jette dans le Nil. Au-delà du Lamlam, vers le sud, on ne connaît pas de pays habité. Celui de Lamlam touche du côté de l'ouest au Magzâra, à l'est au Wangâra, au nord au pays de Ghâna, au sud à des déserts. La langue des habitants du Lamlam diffère de celle des Magzâriens et de celle des Ghâniens.

De Barîsâ à Ghâna, on compte 12 journées dans la direction de p5l'orient. Barîsâ est donc située à mi-chemin entre Ghâna et les villes de Sillâ et de Tacrour. La même distance de 12 journées sépare Barîsâ de la ville d'Audaghocht, qui est au nord de Barîsâ. On ne voit dans le pays des noirs aucuns fruits, ni frais ni secs, autres que les dattes de Sidjilmâsa et du pays du Zâb, qui sont apportées par les habitants de Wârgalân du désert. Le Nil coule dans cette contrée de l'orient à l'occident. 5 Le roseau dit charkî, l'ébénier, le buis, le saule et ces espèces de tamaris qui portent le nom de tarfâ et d'atsl, croissent sur les bords du fleuve en forêts épaisses ; c'est là qu'ils cherchent l'ombre quand la chaleur est excessive. Dans ces forêts on trouve des lions, des girafes, des gazelles, des hyènes, des éléphants, des lièvres et des porc-épics.

Il y a dans le Nil diverses espèces de poissons, soit grands, soit petits, dont la plupart des noirs se nourrissent ; ils les pêchent et les salent ; ces poissons sont extrêmement huileux et épais.

Les armes dont ces peuples font usage sont l'arc et les flèches ; c'est sur elles qu'ils fondent leur sécurité. Ils se servent aussi de massues, qu'ils fabriquent de bois d'ébène avec beaucoup d'art et d'intelligence. Quant aux arcs, aux flèches et aux cordes d'arc, ils les tirent de l'espèce de roseau nommée charkî. Leurs maisons sont construites d'argile, les pièces de bois larges et longues étant rares parmi eux. Ils se parent d'ornements en cuivre, de breloques, de colliers de verre, de pierres nommées loâb's-chaikh (bave de vieillard) ou bâdzouc p6(bâdzaroun) et de diverses espèces de faux onyx fabriqués avec du verre.

Tout ce que nous venons de dire de leur manière de se nourrir, de se désaltérer, de se vêtir et de s'orner, s'applique à la majeure partie des habitants du Soudan, pays extrêmement aride et brûlant. Quant à l'agriculture, ceux qui habitent des villes cultivent l'oignon, le concombre et le melon d'eau, qui devient là d'une grosseur énorme. Ils n'ont guère de blé ni de céréales autres que le millet, dont ils retirent une espèce de boisson. Au reste leur principale nourriture consiste en poissons et en chair de chameau séchée au soleil.

DEUXIÈME SECTION

Les villes comprises dans cette section du premier climat sont Mallel, Ghâna, Tîrcâ (Tireccâ), Madâsa, Seghmâra, Ghiyâro, Gharbîl et Samacanda. 6 Quant à la ville de Mallel, qui dépend du pays de Lamlam, et que nous avons mentionnée plus haut, c'est une ville petite, non entourée de murs, ou plutôt c'est un gros bourg ; elle est construite sur une colline de terre de couleur rouge et forte par sa position. Les habitants s'y mettent à l'abri des attaques des autres noirs ; l'eau qu'ils boivent sort d'une source qui murmure sans cesse et qui jaillit d'une montagne située au midi de la ville ; mais, loin d'être d'une douceur parfaite, cette eau est saumâtre. A l'ouest de cette ville et sur les bords de ce cours d'eau, à partir de la source jusqu'au p7point où il se jette dans le Nil, on trouve plusieurs peuplades de nègres qui vont tout nus et qui se marient sans dot et sans légitime. Il n'existe pas d'hommes qui donnent le jour à un plus grand nombre d'enfants. Ils possèdent des chameaux et des chèvres dont le lait sert à les nourrir ; ils mangent aussi des poissons et de la chair de chameau séchée au soleil. Ils sont toujours en butte aux incursions des peuples des pays voisins qui les réduisent en captivité, au moyen de diverses ruses, et qui les emmènent dans leur pays, pour les vendre aux marchands par douzaines ; il en sort annuellement un nombre considérable, destinés pour le Maghrib occidental (al‑Akça). Tous les habitants du Lamlam portent à la figure un stigmate de feu ; c'est un signe auquel ils se reconnaissent les uns les autres, comme nous l'avons déjà dit plus haut.

De la ville de Mallel à celle de Ghâna la grande, on compte environ 12 journées de marche dans des sables plus ou moins mouvants où l'on ne trouve pas d'eau. Ghâna se compose de deux villes situées sur les deux rives du fleuve, et c'est la ville la plus considérable, la plus peuplée et la plus commerçante du pays des noirs. Il y vient de riches marchands de tous les pays environnants et de tous les pays du Maghrib occidental ; ses habitants sont musulmans, et son roi, d'après ce qu'on rapporte, tire son origine de Çâlih, fils d'Abdalla, fils de Hasan, fils de Hasan,º fils d'Alî, fils d'Abou Tâlib ; tout en reconnaissant l'autorité suprême du prince des croyants de la race des Abbâsides, il ne fait mention dans la khotba que de son propre nom. Il possède sur le bord du Nil un château solidement construit, bien fortifié, et dont l'intérieur est orné de diverses sculptures et peintures, et fenêtres vitrées ; ce château fut construit en l'an 510 de l'hégire (1116 de J.-C.). Le territoire de ce roi est limitrophe au pays du Wangâra ou pays de l'or, 7 qui est renommé à cause de la quantité et de la qualité de ce métal qu'il produit. Ce que les gens du Maghrib occidental savent d'une p8manière certaine et incontestable, c'est que ce roi possède dans son château un bloc d'or du poids de trente livres et d'une seule pièce. C'est une production entièrement naturelle, et qui n'a été ni fondue, ni travaillée par la main des hommes ; on y a cependant pratiqué un trou et on y attache le cheval du roi. C'est un objet curieux et dont personne ne peut faire usage excepté le roi, qui s'en glorifie auprès des autres rois du Soudan. Du reste, ce prince passe pour être le plus juste des hommes. Voici ce qui prouve qu'il est juste et qu'il a l'abord facile. Tous les matins ses officiers se rendent à cheval à son château, chacun portant un tambour dont il bat. Arrivés à la porte de cet édifice, ils cessent le bruit, et lorsqu'ils sont tous réunis auprès du roi, ce prince monte à cheval, et, précédant sa troupe, passe par les rues de la ville et en fait le tour. Si quelqu'un a à se plaindre de quelque injustice ou de quelque malheur, le roi s'arrête et reste là présent jusqu'à ce que le mal soit réparé; ensuite il retourne au château, et ses officiers se dispersent. Après midi, lorsque la chaleur du jour commence à tomber, il remonte à cheval accompagné de troupes ; mais alors personne ne peut l'aborder ni s'approcher de lui. Cet usage de faire deux promenades à cheval tous les jours, est une chose connue et une belle preuve de sa justice. Il porte un izâr de soie avec une ceinture, ou bien il s'enveloppe d'une borda. Des caleçons lui couvrent le milieu du corps et il porte aux pieds des souliers garnis de courroies (?).a Pour monture il ne se sert que du cheval. Il possède de beaux ornements et de riches habits, qu'il fait porter au-devant de lui les jours de fête. Il a plusieurs bannières, mais il n'a qu'un seul drapeau. Il se fait précéder par des éléphants, des girafes et par d'autres animaux sauvages des espèces p9qu'on trouve dans le Soudan. Les habitants de Ghâna ont, dans le Nil, des barques solidement construites, dont ils se servent pour la pêche, et pour communiquer de l'une des deux villes à l'autre. Leurs vêtements sont l'izâr, la fouta et les kisâ's, chacun suivant ses facultés.

Le pays de Ghâna touche du côté de l'ouest à celui de Magzâra, à l'est au Wangâra, au nord au grand désert (Sahara) qui sépare le Soudan du pays des Berbers, 8 au sud au pays des infidèles du Lamlam et autres.

Depuis la ville de Ghâna jusqu'aux premières terres du Wangâra, on compte 8 journées. Ce dernier pays est celui qui est renommé à cause de la bonté et de la quantité de l'or qu'il produit. Il forme une île de 300 milles de longueur sur 150 de large, que le Nil entoure de tous côtés et en tout temps. Vers le mois d'août, lorsque la chaleur est extrême et que le Nil est sorti de son lit, l'île ou la majeure partie de l'île est inondée durant le temps accoutumé ; ensuite le fleuve commence à décroître. Aussitôt les nègres de tout le Soudan se rassemblent, et viennent vers cette île, pour y faire des recherches, durant tout le temps de la baisse du Nil ; chacun ramasse la quantité d'or, grande ou petite, que Dieu lui a accordée, sans que personne soit entièrement privé du fruit de ses peines. Lorsque le fleuve est rentré dans son lit, chacun vend l'or qui lui est échu en partage, et ils se le revendent les uns aux autres. La majeure partie est achetée par les habitants de Wârgalân, et par ceux du Maghrib occidental, où cet or est porté dans les hôtels des monnaies, frappé en dénares, et échangé dans le commerce contre des marchandises. C'est ainsi que la chose se passe tous les ans. C'est la principale production du pays des noirs : grands et petits, ils en tirent leur subsistance. Il y a dans le pays du Wangâra des villes florissantes et des forteresses renommées. Ses habitants sont riches ; ils possèdent de l'or en abondance, et on leur apporte les meilleures productions des parties les plus éloignées de p10la terre. Ils se couvrent d'izâr's, de kisâ's et de cadâwîr. Ils sont d'une couleur très noire.

Au nombre des villes du Wangâra est Tîrcâ (Tîrecca), qui est très grande et populeuse, mais sans mur et sans enclos. Elle est sous l'obéissance du prince de Ghâna, au nom duquel on fait la khotba, et auquel on s'adresse pour les jugements en dernier ressort. De Ghâna à Tîrcâ, 6 journées de marche en suivant le Nil; de Tîrcâ à Madâsa, 6 journées.

Madâsa est une ville de médiocre grandeur, très peuplée et d'une industrie florissante. Les habitants sont doués de sagacité. Elle est située sur le bord septentrional du Nil, dont ils boivent les eaux ; il y croît du riz et du millet dont le grain est gros et procure une excellente nourriture. 9 La pêcherie dans la rivière et le commerce de l'or font la base de leur subsistance.

De la ville de Madâsa à celle de Seghmâra 6 journées. En se dirigeant de Madâsa à Seghmâra vers le nord le long du désert, on trouve une peuplade qui se nomme Begâma ; ce sont des Berbers nomades qui ne résident en aucun lieu, et qui font paître leurs chameaux sur les bords d'une rivière venant du côté de l'est, et se jetant dans le Nil. Les laitages y sont abondants et font la principale nourriture des familles. De Seghmâra à Samacanda 8 journées. Cette ville de Samacanda est petite et située sur les bords du fleuve. De là à Gharbîl (Gharantel), on compte 9 journées. De Seghmâra à Gharbîl (Gharantel), 6 journées, en se dirigeant vers le sud.

La ville de Gharbîl (Gharantel) est située a bord du Nil. C'est une petite ville, placée sur la pente d'une montagne qui la domine p11du côté du midi ; ses habitants boivent de l'eau du Nil, se vêtent de laine, et se nourrissent de millet, de poisson et de lait de chameau. Ils se livrent au commerce des divers objets qui ont cours parmi eux.

De la ville de Gharbîl (Gharantel), en se dirigeant vers l'ouest, à Ghiyâro, 11 journées. Cette ville de Ghiyâro est située sur le bord du Nil; elle est entourée d'un fossé. Ses habitants sont nombreux, braves et intelligents. Ils font des incursions dans le pays de Lamlam, d'où ils enlèvent des captifs qu'ils emmènent chez eux, et qu'ils vendent aux marchands de Ghâna. Entre Ghiyâro et le pays de Lamlam, on compte 13 journées. Ces peuples montent des chevaux excellents ; il s'approvisionnent d'eau, marchent de nuit, arrivent de jour, puis, après avoir fait leur butin, retournent dans leur pays avec le nombre des esclaves du Lamlam qui, par la permission de Dieu, leur sont échus en partage.

De Ghiyâro à la ville de Ghâna, on compte 11 journées, durant lesquelles on trouve peu d'eau.

10 Tout le pays dont nous venons de parler obéit au prince de Ghâna. C'est à lui qu'ils payent les impôts, et c'est lui qui les protége.

TROISIÈME SECTION

Les villes les plus renommées de cette section sont Cougha, Caucau (Gaugau), Tamalma, Zaghâwa, Mânân, Endjîmî, Nowâbia et Tâdjowa.

Cougha est située sur le bord septentrional du Nil, dont les habitants boivent les eaux. C'est une dépendance du Wangâra, mais quelques-uns d'entre les noirs la placent dans le Cânem. C'est une ville bien peuplée, non entourée de murs, commerçante, industrieuse, p12et où l'on trouve les produits des arts et métiers nécessaires à ses habitants. Les femmes de cette ville se livrent à l'exercice de la magie, et l'on dit qu'elles sont très versées, très habiles et très renommées dans cet art, de sorte qu'on parle de magie coughienne. De Cougha à Samacanda, on compte 10 journées en se dirigeant vers l'ouest ; de Cougha à Ghâna, environ un mois et demi ; de Cougha à Domcola (Dongola), un mois ; de Cougha à Châma, moins d'un mois ; de Cougha à la ville de Caucau, en se dirigeant vers le nord, 20 journées de marche de chameau.

Le chemin passe à travers le pays de Begâma. Les Begâmiens sont des Berbers noirs, brûlés par le soleil, ce qui a changé la couleur de leur peau. Ils parlent la langue berbère et sont des nomades. Ce qu'ils boivent, c'est l'eau des puits qu'ils creusent de leurs mains dans la terre, d'après la connaissance qu'ils possèdent des sources, et l'expérience qu'ils ont acquise en cela. Un voyageur digne de foi, qui a parcouru le Soudan pendant environ 20 ans, rapporte qu'étant entré dans ce pays, c'est-à-dire dans le pays de Begâma, il y vit un de ces Berbers marchant avec lui dans un terrain sablonneux, désert, et où il n'existait aucun trace d'eau ni d'autre chose ; que le Berber prit une poignée de terre, l'approcha de son nez, et l'ayant flairée, se mit à rire et dit aux voyageurs de la caravane: 11 "Descendez, l'eau est avec vous." Ceux-ci descendirent, déchargèrent leurs bagages, entravèrent leurs chameaux et les laissèrent paître. Alors le Berber se dirigea vers un certain lieu, et dit : "Creusez ici la terre." Les hommes (de la caravane) se mirent à l'oeuvre, fouillèrent à moins d'une demi-brasse, et trouvèrent de l'eau douce en profusion, ce qui les étonna beaucoup. Ce fait est notoire et connu des marchands du pays, qui s'en entretiennent souvent.

p13 La route dont nous venons de parler, celle qui mène de Cougha à Caucau par le pays de Begâma, traverse deux solitudes sans eau, qui ont chacune une étendue de 5 à 6 journées de marche. La ville de Caucau est l'une des plus renommées du pays des noirs ; elle est grande, située sur le bord d'une rivière qui, venant du côté du nord, passe par Caucau, et dont les eaux servent aux besoins des habitants. Plusieurs d'entre les nègres affirment que cette ville est située sur les bords du canal ; d'autres disent que c'est sur une rivière qui se décharge dans le Nil : mais ce qu'il y a de plus certain, c'est qu'avant d'arriver à Caucau, cette rivière coule durant un grand nombre de jours, et qu'ensuite elle se perd dans les sables du désert, de même que l'Euphrate, qui traverse l'Irâc, se perd dans les Batâih (marais des Nabathéens).

Le roi de la ville de Caucau est absolu et fait la khotba dans son propre nom ; il a beaucoup de domestiques, de revenus, d'officiers et de soldats ; sa garde-robe est complète et sa parure est riche. Ses sujets montent des chevaux et des chameaux, et ils sont très redoutables et supérieurs en force à leurs voisins. La masse des habitants de Caucau se servent de peaux pour couvrir leur nudité ; mais les marchands portent des cadâwîr et des kisâ's ; ils se couvrent la tête de bonnets qu'on appelle carâzî et ils ont des ornements en or ; quant aux personnes considérables et notables, elles portent l'izâr. Celles-ci, loin de se séparer de la classe des marchands, les visitent, s'asseyent auprès d'eux et leur fournissent des fonds pour leurs entreprises commerciales, en leur confiant des marchandises et en recevant en retour une partie du gain.

Il croît dans le pays de Caucau une espèce de bois qu'on appelle bois des serpents. Ce qui caractérise ce bois c'est que, si on le place au-dessus du trou où un serpent est caché, le reptile sort aussitôt, p14et que la personne qui tient ce bois peut prendre avec la main autant de serpents qu'il veut sans en éprouver aucun dommage. Au contraire, elle sent naître en elle une force supérieure à celle qu'elle avait auparavant. C'est une chose reconnue parmi les peuples du Maghrib occidental et les habitants de Wârgalân, que les serpents n'approchent jamais de celui qui tient ce bois à la main, 12 ou qui le suspend à son cou. Ce bois ressemble au pyrèthre, en ce qu'il est couvert de tubercules et tortu, mais il est de couleur noire.

De la ville de Caucau à celle de Ghâna, on compte un mois et demi de marche, et, du même point à Tamalma, en se dirigeant vers l'est, 14 journées. Cette dernière ville est petite; elle dépend du pays de Couwâr, et elle est très peuplée, mais point entourée de murs. Elle est gouvernée par un homme qui commande de sa propre autorité. Tamalma est située sur une montagne de peu d'élévation, mais d'un difficile accès parce que ses pentes sont partout fort roides. Il y a dans le territoire de la ville des palmiers et des bestiaux ; les habitants vont tout nus, et ils vivent dans un état misérable ; ils boivent de l'eau des puits qu'ils sont obligés de creuser à une grande profondeur. Ils possèdent une mine d'alun de médiocre qualité, qu'on vend dans le Couwâr, où les marchands le mêlent avec du bon alun, pour le transporter ensuite de tous côtés.

p15 De Tamalma à Mânân, qui dépend du pays de Cânem, 12 journées. Mânân est une ville petite, sans industrie et de peu de commerce. Ses habitants possèdent des chameaux et des chèvres. De Mânân à la ville d'Endjîmî, 8 journées. Cette dernière ville dépend aussi du Cânem ; elle est très petite et a un petit nombre d'habitants, gens abjects et misérables. Ce pays avoisine la Nubie du côté de l'est. On compte d'Endjîmî au Nil 3 journées, en se dirigeant vers le sud, et du même lieu à Zaghâwa, 6 journées. On y boit de l'eau du puits.

La ville de Zaghâwa est la capitale de plusieurs districts et très peuplée. Autour d'elle vivent plusieurs familles de la même race qui ont soin de leurs chameaux. Ils font un petit commerce et fabriquent divers objets pour leur propre usage. Ils boivent de l'eau de puits, se nourrissent de millet, de viande de chameau séchée, du poisson qu'ils peuvent prendre, et de laitages qui sont très abondants parmi eux. Ils s'habillent de peaux tannées. Ce sont les hommes les plus galeux d'entre les nègres.

De Zaghâwa à Mânân, 8 journées. C'est à Mânân que réside le prince ou le chef du pays ; la plupart de ses soldats sont nus et armés d'arcs et de flèches. De Mânân à Tâdjowa 13 journées. 13 C'est la capitale des Tâdjowîn, peuple infidèle, sans croyance aucune, et dont le pays touche à la Nubie. Une autre ville de ce pays est Samina, qui est petite. Quelques personnes qui ont voyagé dans le Couwâr rapportent que le prince de Bilâc, commandant au p16nom du roi de la Nubie, s'est rendu à Samina, l'a brûlée et ravagée, et en a dispersé les habitants de tous côtés. Cette ville est actuellement ruinée. La distance entre elle et la ville de Tâdjowa est de 6 journées.

De Tâdjowa à Nowâbia (ou Nowâba), 18 journées. C'est de cette dernière ville que les Nubiens tirent leur nom. Elle est petite, mais ses habitants sont riches. Ils se vêtent de peaux tannées et de manteaux (izâr) de laine. De là au Nil, 4 journées. On y boit de l'eau de puits ; on s'y nourrit de millet et d'orge ; les dattes y sont apportées du dehors, mais le laitage y est abondant. Les femmes y sont d'une beauté ravissante et circoncises. Ellesº sont d'une bonne race, qui n'est aucunement la race des nègres. Dans toute la Nubie, les femmes sont d'une beauté parfaite; elles ont les lèvres minces, la bouche petite, les dents blanches, les cheveux lisses et non crépus. On ne trouve aucune chevelure comparable à celle des Nubiennes dans tous les pays des noirs, ni dans le Magzâra, ni dans le pays de Ghâna, ni chez les habitants du Cânem, ni chez les Bodja, ni chez les Abyssins, ni chez les Zindjes. Au surplus, il n'est point de femmes qui leur soient préférables pour le mariage ; c'est ce qui fait que le prix d'une esclave de ce pays s'élève jusqu'à 300 dénares ou environ, et c'est à cause de ces qualités que les princes de l'Égypte désirent tant en posséder, et les achètent à des prix très élevés, afin d'en faire les mères de leurs enfants, à cause des délices de leurs embrassements et de leur beauté incomparable. On raconte que le vizir espagnol Abou 'l‑Hasan al‑Moçhafî possédait une de ces Nubiennes telle qu'on n'en avait jamais vu de pareille, sous le rapport de l'élégance de sa taille, de la beauté riante des joues, de la grâce du sourire, de la gentillesse des paupières, enfin une beauté accomplie. 14 Ce vizir était tellement amoureux d'elle, qu'il ne pouvait presque pas la quitter. Il l'avait achetée 250 dénares (dénares des Almoravides). Indépendamment de toutes les perfections dont cette fille était ornée, elle parlait de manière à ravir d'admiration ceux qui l'écoutaient, soit à cause de la p17pureté de son accent, soit à cause de la douceur de sa prononciation. Ayant été élevée en Égypte, elle s'était singulièrement perfectionnée sous tous les rapports.

De la ville de Nowâbia (Nowâba) à Coucha, on compte 8 petites journées.

QUATRIÈME SECTION

Cette section comprend la description de la Nubie, d'une partie de l'Abyssinie, du reste de la partie méridionale du pays des Tâdjowîn, et d'une partie des oasis intérieures.

Les résidences les plus connues et les villes les plus renommées sont, dans la Nubie, Coucha, Alwa, Dongola, Bilâc, Soula. Dans l'Abyssinie, Marcata et an-Nadjâgha. Dans les oasis intérieures et dans une partie de l'Égypte supérieure, Syène (Oswân), Atfou et ar‑Rodainî.

C'est à cette section qu'appartient le lieu où s'opère la séparation des deux branches du Nil : c'est-à-dire 1o du Nil d'Égypte, qui traverse ce pays, en coulant du sud au nord ; la plupart des villes de l'Égypte sont bâties sur ses bords et dans les îles que forme ce fleuve; et 2o de la branche qui coule à partir de l'est, et se dirige vers l'extrémité la plus reculée de l'occident ; c'est sur cette branche du Nil que sont situées toutes ou du moins la majeure partie des villes du Soudan.

La source de ces deux branches du Nil est dans la montagne de la Lune, dont le commencement est à 16 degrés au-delà de la ligne p18équinoxiale. Le Nil tire son origine de cette montagne par dix fontaines, dont cinq s'écoulent et se rassemblent dans un grand lac ; les autres descendent également de la montagne vers un autre grand lac. 15 De chacun de ces deux lacs sortent trois rivières qui finissent par se réunir et par s'écouler dans un très grand lac près duquel est située une ville nommée Termâ (?), populeuse, et dont les environs sont fertiles en riz. Sur le bord de ce lac est une statue tenant les mains élevées vers la poitrine ; on dit que c'était un méchant homme qui fut transformé ainsi.

On trouve dans ce lac un poisson dont la tête, ayant un bec, ressemble à celle d'un oiseau ; il y a aussi d'autres animaux redoutables. Ce lac est situé au-delà, mais très près de la ligne équinoxiale. Dans la partie inférieure (c'est-à-dire septentrionale) de ce lac qui reçoit les eaux des (six) rivières, est une montagne transversale, qui sépare en deux la majeure partie du lac, et qui s'étend vers le nord-ouest. A côté de cette montagne un bras du Nil, qui coule du côté de l'ouest, sort du lac, et c'est là le Nil du pays des Noirs, sur les bords duquel s'élèvent la plupart des villes de ce pays. Un autre bras sort du lac à côté du revers oriental de la montagne. Celui-ci coule vers le nord, traverse la Nubie et l'Égypte, et se divise, dans l'Égypte inférieure, en quatre branches dont trois se jettent dans la mer Méditerranée, p19et la quatrième dans le lac salé qui se termine auprès, c'est-à-dire à 6 milles d'Alexandrie. Ce dernier lac n'est pas contigu à la mer, mais il est formé par l'inondation du Nil; il s'étend sur un espace peu considérable dans une direction parallèle à celle du rivage ; nous en parlerons en son lieu, s'il plaît à Dieu.

A partir de la montagne de la Lune, on compte, en allant vers le nord, après avoir passé les dix ruisseaux et les lacs, jusqu'au grand lac, 10 journées de marche. La largeur de ces deux petits lacs, de l'est à l'ouest, est de 6 journées de marche. Dans ce pays (de 10 journées d'étendue) qui vient d'être décrit, il existe trois montagnes, dont la direction est de l'est à l'ouest. La première, qui est la plus proche du mont de la Lune, fut appelée par les prêtres de l'Égypte le Mont du temple des images. 16 La seconde, qui suit celle-ci du côté du nord, a reçu le nom de Mont d'or, parce qu'il s'y trouve des mines de ce métal. La troisième, voisine de la seconde, s'appelle, ainsi que le pays où elle est située, la Terre des serpents. Les habitants du pays rapportent qu'on y voit de grands serpents qui tuent par leur seul aspect.b Il y a aussi des scorpions, gros comme des moineaux, de couleur noire, et dont la morsure est suivie d'une mort instantanée. Ceci est rapporté par l'auteur du Livre des merveilles. Codâma, auteur du Kitâb 'l‑Khizâna, dit que le cours du Nil, depuis sa source jusqu'à son embouchure dans la Méditerranée, est de 5634 milles. La largeur de ce fleuve dans la Nubie est d'un mille, d'après ce que rapporte encore l'auteur du Livre des merveilles ; cette largeur, vis-à-vis de Miçr, est de la troisième partie d'un mille. Dans les petits lacs, et au-dessous dans le Nil, on trouve des crocodiles. On y trouve p20aussi l'animal aquatique nommé le porc, dont le museau est plus grand que celui du buffle ; il sort vers les lieux voisins du Nil, se nourrit des végétaux qui y croissent, et retourne au fleuve. On trouve aussi dans le Nil : 1o un poisson rond à queue rouge, nommé lâch; il est très charnu, bon à manger, mais rare. 2o L'abramîs,º poisson blanc et rond à queue rouge : on dit qu'il est le roi des poissons ; il est très bon à manger, frais ou salé, mais il est petit, de la longueur d'un palme, et large de moitié. 3o Le raï (saumon), grand poisson de couleur rouge. Il y en a de grands et de petits : les grands pèsent quelquefois environ 3 livres. Il est bon à manger, à peu près à l'égal de l'abramis.º 4o Le bonnî (carpe), grand poisson d'un goût très délicat ; on en trouve du poids de 5 à 10 livres, plus ou moins. 17 5o Le balatî, poisson rond de l'espèce du afar qu'on trouve dans le lac de Tibériade ; il a peu d'arêtes et est bon à manger ; on en trouve parfois du poids de 5 livres. 6o Le loutîs (latus), poisson qu'on nomme farkh (perca) en Égypte, bon à manger, très huileux ; on en trouve, mais rarement, du poids d'environ un quintal. 7o Le lobais, poisson très bon à manger, d'un goût agréable, et ne conservant pas, lorsqu'il est cuit, l'odeur du poisson. On l'emploie dans la cuisine à toutes espèces de mets et de la même manière que la viande. Sa chair est ferme. Il y en a de grands et de petits ; on en trouve même du poids de 10 livres. Tous ces poissons ont des écailles. On trouve (dans le Nil) d'autres poissons qui n'en ont pas. Parmi ceux-ci est 8o le samous : c'est un poisson dont la tête est grosse : p21il est très gras, et atteint quelquefois le poids d'un quintal, plus ou moins ; on vend sa chair coupée par morceaux. 9o Les nînâriât, poisson qu'on pourrait presque ranger parmi les poissons longs, à museau allongéº comme le bec d'un oiseau. 10o Om Obaid, poisson sans écailles qui a des écoulements menstruels. 11o Le djalbira, poisson sans écailles, du poids d'un livre environ ; venimeux. 12o Le châl, poisson qui porte sur son dos une arête dont la piqûre est promptement mortelle. 13o L'ancalîs (anguille), poisson qui ressemble à un serpent, et qui est venimeux. 14o Le djirrî, poisson dont le dos est noir, ayant des moustaches, la tête grosse et la queue mince. 15o Le câfou, poisson rond qui a une peau rude dont les femmes se servent pour carder le lin. 16o La r'âda (torpille), poisson rond comme une boule, à peau rude, venimeux à tel point que, si une personne le touche, la main de cette personne reçoit une vive secousse, et qu'elle est obligée de lâcher prise. Il conserve cette propriété (fâcheuse) tant qu'il est vivant, mais quand il est mort, il ressemble en tout aux autres poissons. 18 17o Les chiens aquatiques (kilâbo 'l‑mâ), qui ont l'apparence de chiens, et qui sont de couleurs variées. 18o Le cheval aquatique (faraso 'l‑mâ), qui ressemble au cheval sous le rapport de la figure, mais il est petit et a des pattes comme celles du canard ; il les contracte quand il veut les élever, et les ouvre quand il les abaisse ; il porte une longue queue. 19o Le Sacancour : c'est une espèce de crocodile. Il diffère des poissons en ce qu'il a des pieds et p22mains, et du crocodile en ce qu'il porte une queue lisse et arrondie, tandis que celle du crocodile est aiguë. Sa graisse est comptée parmi les remèdes aphrodisiaques, ainsi que le sel qu'on a employé pour le conserver. Le sacancour ne se trouve nulle part ailleurs que dans le Nil, jusqu'à Syène. 20o Le crocodile (timsâh), qui n'existe non plus dans aucun fleuve ni dans aucune mer autres que le Nil d'Égypte. Il a la tête allongée de telle sorte, que la longueur de cette tête est à peu près égale à celle de l'autre moitié de son corps ; sa queue est écailleuse. Il a des dents d'une telle force que, s'il a saisi soit un animal féroce, soit un homme, il est sûr de l'entraîner avec lui dans le fleuve. Il est amphibie, car souvent il passe un jour et une nuit à terre en marchant avec ses pieds et ses mains. Il est dangereux à terre aussi, mais moins qu'il ne l'est dans l'eau, qui est son véritable élément. Cependant le Tout-Puissant lui a suscité un ennemi dans un petit animal, du nombre des animaux du Nil, appelé le lachk (ichneumon), qui le soit et l'observe au moment où il ouvre la gueule ; alors il s'y introduit, pénètre dans ses entrailles, lui dévore le foie ainsi que les intestins, et le fait périr.

Il existe un poisson remontant de la mer salée dans le Nil ; on l'appelle le bourî (mugicephalus); il est d'une jolie couleur, bon à manger, de la largeur du raï (saumon), et il pèse de 2 à 3 livres. Il en est un autre, venant également de la mer au Nil, et qu'on appelle le châbil (alose) ; il est long d'une coudée, et même davantage ; il est très bon à manger, d'une belle chair et gras. Enfin un troisième, remontant p23aussi le fleuve, et nommé le chabbout; 19 c'est une variété du châbil (alose), si ce n'est qu'il est beaucoup plus petit, car il n'a que la longueur d'un empan. Au reste, plusieurs autres espèces de poissons pénètrent de la mer dans le fleuve. On prend encore dans le Nil inférieur, entre Rosette et Fouwa, une espèce de poisson à coquille. Il fraie (il vit) à l'embouchure du fleuve, c'est-à-dire au point où s'opère le mélange de l'eau douce avec l'eau salée. Ce poisson à coquille, qu'on appelle la dalînas (telline), est petit. Au-dedans du coquillage il y a un morceau de chair marqué d'une tache noire, qui est sa tête. Les habitants de Rosette le salent et en expédient dans toutes les provinces de l'Égypte. Nous donnerons plus loin, s'il plaît à Dieu, des détails plus circonstanciés sur le Nil et sur les choses curieuses qui caractérisent ce fleuve.

Quant à la Nubie, dont nous avons déjà parlé, on compte au nombre de ses villes Coucha l'intérieure, distante de 6 journées de Nowâbia (Nowâba). Cette ville, peu éloignée du Nil, est située au-delà de la ligne équinoxiale. Elle n'est ni très peuplée ni très commerçante ; son territoire est aride et d'une sécheresse extrême. On y boit l'eau de sources qui se déchargent dans le Nil. Elle obéit au roi de la Nubie, qui s'appelle Câsil (Câmil), nom qui passe en héritage à tous les p24rois de la Nubie. Sa capitale et sa résidence est la ville de Dongola, située à l'occident du Nil et sur le bord du fleuve, dont les habitants boivent les eaux. Ils sont noirs, mais les plus beaux d'entre les noirs, tant sous le rapport de la figure que sous celui des formes du corps. Ils se nourrissent d'orge et de millet ; les dattes leur sont apportées des pays voisins ; ils font usage de la boisson extraite du millet, qui s'appelle mizr (bierre), et de viande de chameau fraîche ou séchée au soleil et pilée, et qu'ils font cuire avec du lait de chamelle. Le poisson est très abondant chez eux. Il y a dans ce pays des girafes, des éléphants et des gazelles.

Au nombre des villes de la Nubie est celle de Alwa, située sur le bord du Nil, au-dessous de Dongola, à 5 journées en descendant le fleuve. Les habitants de cette ville boivent les eaux du Nil sur les bords duquel ils cultivent l'orge, le millet et divers légumes, 20 tels que le navet, l'oignon, le raifort, le concombre et le melon d'eau. L'apparence et la construction de Alwa, les moeurs et le commerce de ses habitants, sont semblables à ceux de Dongola. Les habitants de Alwa font des voyages en Égypte ; la distance qui les sépare de Bilâc est, par terre, de 10 journées, et moins longue quand on descend le fleuve.

La longueur totale de la Nubie, le long du Nil, est d'un peu plus de 2 mois de marche. Les habitants de Alwa et de Dongola font aussi avec leurs navires des voyages sur le Nil et descendent le fleuve jusqu'à Bilâc, ville de la Nubie, située entre deux branches du Nil. Les habitants de cette ville ont des habitations fixes et de bonnes ressources. Le froment leur est apporté ordinairement du dehors, mais l'orge et le millet sont très abondants chez eux. C'est dans cette ville de Bilâc que les marchands de la Nubie et ceux de l'Abyssinie se rassemblent ; ceux de l'Égypte s'y rendent de même, lorsque la paix règne entre eux et ces peuples. L'habillement des habitants se compose de l'izâr et du mizar. Le pays est arrosé par le Nil et par le fleuve qui vient de l'Abyssinie, p25lequel est très considérable, et se décharge dans le Nil, auprès de la ville de Bilâc, dans le bras même (du Nil) qui entoure la ville. Sur les bords de ce fleuve sont les champs cultivés des Abyssins et plusieurs de leurs villes, dont nous parlerons ci-après. Il ne tombe pas de pluie à Bilâc et il en est de même dans tous les pays des noirs ; dans la Nubie, dans l'Abyssinie, dans le Cânem, dans le Zaghâwa et autres, où il ne pleut pas, et dont les habitants n'ont reçu de la Divinité d'autre bienfait et d'autre ressource que l'inondation du Nil, qui leur permet de cultiver leurs terres. La nourriture des habitants de Bilâc consiste en millet, en laitages, en poissons, et en légumes, toutes choses très abondantes.

De cette ville à la montagne des Cataractes (al‑Djanâdil), on compte 6 journées par terre, et 4 en descendant le Nil. C'est a cette montagne des Cataractes qu'est le terme de la navigation des noirs ; c'est de là qu'ils rétrogradent, ne pouvant pénétrer jusqu'à la ville de Miçr. La cause de cette impossibilité est que Dieu (dont le nom soit exalté) a 21 créé et interposé cette montagne de peu d'élévation du côté de la Nigritie, mais très haute du côté de l'Égypte. Le Nil coule des deux côtés et se précipite du haut en bas de cette montagne par une cataracte effroyable, à travers des pierres entassées et des rochers dentelés. Lorsque les navires des Nubiens et d'autres noirs sont parvenus à ce point du Nil, ils ne peuvent passer outre à cause du danger extrême auquel les navires seraient exposés. Alors les marchands débarquent leurs marchandises, les chargent à dos de chameau, et se rendent à Syène (Oswân) par terre. Depuis cette montagne jusqu'à Syène, on compte environ 12 journées de marche de chameau. Cette ville de Syène est une place frontière du côté des Nubiens, qui la plupart du temps vivent en paix avec leurs voisins. De leur côté, les navires de l'Égypte ne remontent le Nil que jusqu'à Syène, qui est la limite méridionale de l'Égypte supérieure (Ça'îd). Cette ville (de Syène) est petite, mais peuplée ; on y trouve beaucoup de blé et d'autres céréales, de fruits, p26de melons de l'espèce dollâ, de légumes, de boeufs, d'agneaux, de chèvres et autres viandes excellentes, grasses et délicieuses, toujours à bon marché. C'est là que sont les entrepôts des marchandises destinées pour la Nubie. Les environs de ce pays sont quelquefois sujets aux incursions des cavaliers noirs connus sous le nom d'al‑Belîoun. On dit que ce sont des Grecs (Roum) qui professent la religion chrétienne depuis le temps des Coptes, antérieurement à l'apparition de l'islamisme, à cela près qu'ils sont hétérodoxes et jacobites. Ils errent dans le pays qui se trouve entre les Bodja et les Abyssins, et viennent jusqu'en Nubie ; ce sont des nomades sans résidence fixe, 22 comme les Lamtouna du désert dans le Maghrib occidental (al‑Akça).

A l'orient de Syène, les Musulmans n'ont d'autre pays limitrophe que la montagne d'al‑Allâkî, au bas de laquelle est une vallée sans eau ; mais en creusant la terre on trouve bientôt de l'eau limpide et froide en abondance. Il existe dans ce pays des mines d'or et d'argent, et beaucoup de gens s'y livrent à la recherche de ces métaux.

Non loin de Syène, au midi du Nil, est une montagne, au pied de laquelle se trouve une mine d'émeraudes. Elle est située dans un désert éloigné de toute habitation. Il n'existe dans l'univers aucune mine d'émeraudes autre que celle-ci, qui est exploitée par un grand nombre d'individus ; les produits de cette mine sont ensuite exportés ailleurs.

Quant aux mines d'or (du Wâdî 'l‑Allâkî), elles sont situées à 15 journées au nord-est de Syène dans le pays des Bodja. A l'ouest de Syène, sont les Oasis aujourd'hui désertes et sans habitants, jadis florissantes et bien arrosées ; on y voit encore quelques arbres et des villages p27ruinés sans habitants. Il en est de même de toute la région qui s'étend depuis les Oasis jusqu'au pays de Couwâr et de Caucau ; on ne cesse d'y trouver des oasis plantées de palmiers et des ruines d'habitations. Ibn Haucal rapporte qu'on y trouve encore des chèvres et des moutons devenus sauvages, fuyant l'approche des hommes, et qu'on chasse comme toute autre espèce de gibier. La majeure partie des Oasis s'étend vers la mer à côté de l'Égypte, et on y voit diverses ruines d'édifices. Nous en parlerons ci-après, s'il plaît à Dieu.

De la ville de Bilâc à celle de Marcata, on compte 30 journées. Cette dernière est peu considérable et sans murs d'enceinte, mais très peuplée ; on y trouve de l'orge, qui constitue la nourriture principale des habitants, du poisson et des laitages en abondance. C'est là qu'arrivent les marchands de Zâlegh (Zeyla), ville située sur le bord de la mer Rouge. Nous parlerons de ce pays en son lieu, s'il plaît à Dieu.

CINQUIÈME SECTION

Cette section comprend la description de la majeure partie de l'Abyssinie et de l'ensemble de ses provinces.

23 La plus considérable de toutes les villes de ce pays est Djonbaita, ville populeuse, bien qu'elle soit située dans un désert, loin des autres lieux habités. Ses champs et ses pâturages s'étendent jusqu'aux bords de la rivière qui traverse l'Abyssinie et qui passe auprès des villes de Marcata et d'an-Nadjâgha, pour se jeter ensuite dans le Nil. Cette rivière a sa source au-delà de la ligne équinoxiale, à l'extrémité des terres habitées du côté du midi ; elle coule dans la direction du nord-ouest jusqu'en Nubie, et décharge ensuite ses eaux dans la branche du Nil qui entoure p28la ville de Bilâc, comme nous l'avons expliqué ci-dessus. Elle est large, profonde et d'un cours lent ; sur ses bords on voit des champs cultivés qui appartiennent aux Abyssins. La plupart des voyageurs se sont trompés lorsqu'ils ont pris cette rivière pour le Nil, voyant que sa crue, ses inondations et sa diminution avaient lieu à la même époque. Bien qu'en effet ce phénomène ait lieu à une époque et d'une manière identiques, ces personnes ont commis une erreur lorsqu'elles ont confondu avec le Nil la rivière en question, par suite des observations qu'elles avaient faites des particularités qui caractérisent le Nil, ainsi que nous l'avons expliqué. La vérité de notre assertion (que ce n'est point le Nil) est confirmé par les ouvrages qui traitent de cette matière et parlent de cette rivière, de sa source, de son cours et de son embouchure dans un bras du Nil auprès de la ville de Bilâc. C'est ainsi que s'explique Ptolémée le Claudien dans son livre intitulé Géographie, et Hassân ibno 'l‑Mondzir, dans l'endroit du Livre des merveilles où il traite des rivières, de leurs sources et des lieux où elles déchargent leurs eaux. C'est une chose qui ne peut former l'objet d'un doute pour les personnes instruites, et relativement à laquelle ne sauraient errer celles qui ont jeté les yeux sur les ouvrages où la matière est discutée. C'est sur les bords de cette rivière que les habitants de la campagne en Abyssinie 24 cultivent ce qui est nécessaire à leur subsistance et capable d'être emmagasiné pour servir au besoin, comme de l'orge, les deux espèces de millet appelées dzora et dokhn, des haricots et des lentilles. Cette rivière est très considérable ; on ne la traverse qu'au moyen d'embarcations, et il y a sur ses bords, comme nous l'avons dit, beaucoup de villages et de champs cultivés qui appartiennent aux Abyssins. C'est de ces villages que les villes de Djonbaita, de Caldjoun, de Battâ, et tous les villages de l'intérieur tirent leurs provisions. Quant aux villes maritimes, elles s'approvisionnent par eau dans le Yémen.

Au nombre de ces dernières, il faut compter Zâlegh (Zeyla), Mancouba, Acant, et Bâcati, au territoire de laquelle touchent les champs p29cultivés des villages de Berbera. Les habitants de tous ces endroits se nourrissent du produit de leur pêche, de laitages, et de céréales apportées des villages situés sur les bords de la rivière dont il vient d'être fait mention.

An-Nadjâgha est une petite ville située sur les bords de cette rivière. Ses habitants sont agriculteurs ; ils cultivent le millet et l'orge tant pour leur propre usage que pour l'exportation. Le commerce y est peu considérable et l'industrie à peu près nulle. On y trouve beaucoup de laitages et de poisson. On va d'an-Nadjâgha à Marcata, ci-dessus indiquée, en 6 jours, quand on descend la rivière ; il en faut plus de 10 en la remontant. Les barques dont on se sert sont petites, à cause de la rareté du bois. Il n'existe au-delà de ces deux villes, du côté du midi, ni champs cultivés ni ressource aucune.

Djonbaita est à la même distance, de 8 journées, d'an-Nadjâgha et de Marcata. Comme nous l'avons dit, elle est située dans un désert et isolée de la terre cultivée. Ses habitants ne boivent que de l'eau de puits, et encore ces sources sont-elles pour la plupart du temps à sec. La majeure partie de la population de cette ville se livre à l'exploitation des mines d'or et d'argent ; c'est leur principale occupation et leur ressource la plus importante. Ces mines sont placées dans la montagne de Mourîs, laquelle est à 4 journées de Djonbaita, 25 et à 15 journées environ de Syène.

De Djonbaita à Zâlegh (Zeyla), ville située sur le rivage de l'Abyssinie, on compte environ 14 journées.

Zâlegh est sur les bords de la mer salée, qui touche à la mer Rouge. Cette mer est tellement remplieº de bas-fonds jusqu'à Bâb-el‑Mandeb, que les grands bâtiments n'y peuvent naviguer, et que souvent, lorsque les petits s'y hasardent, ils y périssent surpris par la tempête. De Zâlegh à la côte du Yémen, il y a juste 3 journées de navigation.

Zâlegh est une ville d'une étendue peu considérable, mais très peuplée. p30On y voit beaucoup de voyageurs étrangers, car la plupart des navires de Colzom y abordent avec les diverses sortes de marchandises qui conviennent à l'Abyssinie. L'exportation consiste en esclaves et en argent. Quant à l'or, il y est rare. Les habitants boivent de l'eau de puits, et portent pour vêtements des izâr's et dans mocanderât de laine et de coton.

On va de Zâlegh à Mancouba en 5 journées par terre, et en moins de temps par mer. Sur la même hauteur, mais à 12 journées de distance, on trouve dans l'intérieur, une ville qui s'appelle Caldjoun. De Mancouba à Acant 4 journées par terre. Cette dernière est située sur le bord de la mer au midi. On peut s'y rendre par mer aussi, mais les barques d'un faible tonnage et peu chargées peuvent seules y aborder ; car toute cette mer, du côté de l'Abyssinie, est semée d'écueils et de bas-fonds contigus qui s'opposent à la navigation, ainsi que nous l'avons dit plus haut. La ville d'Acant est petite, mal peuplée et presque totalement ruinée. Ses habitants se nourrissent, en majeure partie, de millet, d'orge et de poisson ; ils se livrent beaucoup à la pêche. Le bas peuple vit de la chair des coquillages cachés dans les récifs sous-marins ; on les sale pour s'en servir avec du pain (litt. comme d'obsonium).

D'Acant à Bâcatî, 5 journées.

Bâcatî est une très petite ville ou plutôt un gros bourg non entouré de murs, mais construit sur une colline de sable à une portée de flèche de la mer. Ses habitants voyagent peu et ne voient aborder chez eux que peu d'étrangers, à cause du défaut de ressources de ce pays. 26 Les objets de commerce y sont apportés du dehors. Les plaines y sont arides, les montagnes sont nues et dépouillées de toute végétation. Excepté ce qui se trouve dans le voisinage de cette ville, on ne rencontre plus aucun village ni champ cultivé en allant dans la direction p31du midi. La seule industrie et le seul commerce consistent dans l'élève et la vente des chameaux.

A 8 journées de Bâcatî, on trouve Battâ, dont le territoire touche à celui de Berbera, pays dont le premier village est Djowa, qui n'est pas très éloigné de Battâ.

Tous les Abyssins s'occupent à élever des chameaux, en font commerce, boivent leur lait, s'en servent comme de bêtes de somme et ont soin de la propagation de ces animaux. C'est leur marchandise principale ; en outre ils font un commerce d'enfants qu'ils se dérobent les uns aux autres, et qu'ils vendent à des marchands qui les conduisent en Égypte, par terre et par eau.

L'Abyssinie confine du nord avec le pays des Bodja, lequel est situé entre l'Abyssinie, la Nubie et le Ça'îd (l'Égypte supérieure). C'est une vaste plaine stérile dans laquelle il n'existe ni villages ni cultures. Le lieu de réunion pour les habitants de ce pays et pour les marchands, est le Wâdî 'l‑Allâkî, où se fait le commerce entre les habitants de la haute Égypte et les Bodja. Cette vallée est très peuplée.

Al‑Allâkî n'est en soi qu'un gros village. L'eau qu'on y boit et qui est douce, provient de puits. Les mines d'or célèbres, dites nubiennes, sont situées au milieu de ce pays, dans une plaine qui n'est point entourée de montagnes et qui est couverte de sables mouvants. Dans les premières et dans les dernières nuits du mois arabe, les chercheurs d'or se mettent en campagne durant la nuit. Ils regardent la terre, chacun à l'endroit qu'il s'est choisi, et là où ils aperçoivent des scintillations produites par la poudre d'or dans l'obscurité, ils marquent l'endroit pour pouvoir le reconnaître le lendemain. Ils y passent la nuit, et lorsque le jour survient, chacun se met à l'oeuvre dans la portion de sable qu'il a marquée, prend ce sable et le transporte sur son chameau, jusqu'auprès des puits qui se trouvent là. Ensuite on procède au lavage dans des baquets de bois, d'où on retire le métal ; puis on le mêle avec du mercure et on le fait fondre. Après cette opération, p32ils se vendent et s'achètent les uns aux autres ce qu'ils ont pu recueillir, et les marchands transportent l'or dans les contrées étrangères. C'est l'occupation habituelle de ces peuples ; ils ne cessent pas de s'y livrer, et ils en retirent leur subsistance et leur bien-être.

27 Du Wâdî 'l‑Allâkî à Aidzâb (Idzâb), qui dépend du pays des Bodja, on compte 12 journées.

Du pays des Bodja dépend aussi le pays de Bokhta. Bokhta est un bourg habité; on y trouve un marché, mais ce n'est pas du commerce que les habitants tirent leur prospérité. Autour du village sont des haras de chameaux, et c'est là la source de leur subsistance et de leurs profits. Les chameaux qu'on élève ici et qu'on appelle Bokhtîya, d'après le nom du village, sont les plus beaux, les plus patients à supporter la fatigue, et les plus rapides de tous les chameaux du monde. Ils sont renommés en Égypte à cause de ces diverses qualités.

Entre le pays des Bodja et la Nubie, il existe un peuple nomade, qu'on appelle les Belîoun. Ces hommes sont braves et audacieux ; tous chez qui les entourent les craignent et s'efforcent de vivre en paix avec eux. Ils sont chrétiens jacobites, ainsi que tous les peuples de la Nubie, de l'Abyssinie et la plupart des Bodja, comme nous l'avons déjà dit.

L'Abyssinie confine du côté de la mer avec le pays de Berbera, qui obéit aux Abyssins, et où l'on trouve un grand nombre de villages, dont le premier est Djowa. De là à Bâcatî on compte 6 journées ; à Battâ du désert 7. La ville de Battâ, dont nous avons fait mention ci-dessus, est située au-delà de la ligne équinoxiale, à l'extrémité des terres habitées.


Notes de Thayer :

a Il s'agirait sans doute de souliers semblables aux calcei des Romains, dotés de corrigae ; voir par exemple cette photo de ceux de la statue équestre de Marc-Aurèle au Capitole à Rome.

b L'éternel canard du basilic ; les divers arguments pour et contre sont très bien résumés dans Sir Thomas Browne, Pseudodoxia EpidemicaXXXVII.


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Page mise à jour le  15 août 02