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Table des matières

p197 Quatrième climat

PREMIÈRE SECTION

165 Cette première section commence à la partie de l'extrême occident baignée par l'océan Ténébreux dont émane la mer de Syrie (la Méditerranée), qui s'étend vers l'orient. C'est là qu'est situé le pays d'al‑Andalos, appelé en langue grecque Espagne (Ichbâniyâ) et prenant le nom de presqu'île (djazîra), attendu que sa forme triangulaire se rétrécit du côté de l'orient au point de ne laisser entre la Méditerranée et l'océan, qui l'entourent, qu'un intervalle de 5 journées. Le côté le plus large de cette presqu'île est d'environ 17 journées, c'est le côté occidental où se termine la portion habitée de la terre ceinte par la mer Ténébreuse. Personne ne sait ce qui existe au-delà de cette mer, personne n'a pu rien en apprendre de certain, à cause des difficultés qu'opposent à la navigation la profondeur des ténèbres, la hauteur des vagues, la fréquence des tempêtes, la multiplicité des animaux monstrueux et la violence des vents. Il y a cependant dans cet océan un grand nombre d'iles, soit habitées, soit désertes ; mais aucun navigateur ne se hasarde à le traverser ni à gagner la haute mer, on se borne à côtoyer, sans perdre de vue les rivages. Poussées en avant, les vagues de cette mer ressemblent à une chaîne de montagnes ; elles restent entières et ne se brisent pas. S'il en était autrement, il serait impossible de les franchir.

p198 La Méditerranée, d'après ce qu'on raconte, était autrefois un lac fermé, comme l'est aujourd'hui la mer du Tabaristân (la Caspienne) dont les eaux n'ont aucune communication avec celles des autres mers, de sorte que les habitants du Maghrib occidental faisaient des invasions chez les peuples de l'Espagne et leur occasionnaient toute sorte de dommages. Ces derniers, à leur tour, résistaient aux Africains et les combattaient de tout leur pouvoir. Les choses demeurèrent ainsi jusqu'à l'époque où Alexandre pénétra dans l'Espagne et apprit des habitants qu'ils étaient en guerre continuelle avec ceux du Sous. Ce prince fit venirº des ingénieurs et des mineurs et leur indiqua le lieu où est actuellement le Détroit, mais dont le terrain était sec à cette époque, leur prescrivit de le mesurer avec le niveau et d'en comparer la hauteur à celle de la surface de chacune des deux mers. Ceux-ci trouvèrent que le niveau de la grande mer était plus élevé que celui de la Méditerranée d'une quantité peu considérable. 166 On exhaussa donc les terrains sur le littoral de cette mer, et on les transporta de bas en haut ; puis on creusa un canal entre Tanger (Tandja) et l'Espagne, et l'on poursuivit le creusement jusqu'à ce qu'on eût atteint les montagnes de la partie inférieure de l'Espagne. Là on construisit une autre en face, c'est-à-dire du côté de Tanger, en sorte que l'espace existant entre les deux digues était de 6 milles seulement. Lorsque ces ouvrages furent achevés, on ouvrit le passage aux eaux de l'océan, et celles-ci, par la force du courant, s'écoulèrent entre les deux digues et entrèrent dans la Méditerranée. Elles occasionnèrent une inondation par suite de laquelle plusieurs villes situées sur les deux rives furent abîmées, et un grand nombre de leurs habitants périrent submergés, car les eaux s'elevèrent à la hauteur d'environ 11 brasses au-dessus des digues. Celui de ces ouvrages qui avait été construit sur la côte d'Andalousie est encore p199parfaitement visible, dans les jours que la mer est claire, près du lieu nommé aç-Çafîha (le Plateau). Il s'étend en ligne droite et ar‑Rabî' l'a fait mesurer. Nous l'avons vu de nos propres yeux, et nous avons navigué tout le long du détroit à côté de cette construction que les habitants dans deux îles (al‑Djazîrato 'l‑Khadrâ et Tarîf) appellent al‑Cantara (le pont) et dont le milieu correspond au lieu nommé la Roche du Cerf (Hadjaro 'l‑Aiyil), près de la mer. Quant à la digue construite par Alexandre du côté du pays de Tanger, les eaux y ayant pénétré et ayant creusé le terrain qui se trouvait derrière, l'ouvrage s'est entièrement écroulé, en sorte que la mer touche aux montagnes des deux côtés.

La longueur du détroit connu sous le nom d'az‑Zocâc est de 12 milles. Sur ses bords, du côté du levant, est la ville d'Algéziras (al‑Djazîrato 'l‑Khadrâ ou l'île Verte), et du côté du couchant celle de Tarîfa (Djazîrat Tarîf), vis-à-vis de laquelle, sur la rive opposée, est le port d'Alcazar (al‑Caçr ou le Château) dit Caçr Maçmouda. Vis-à-vis d'Algéziras, sur la même rive, 167 est la ville de Ceuta (Sebta), située à 18 milles de distance. Entre Tarîfa et Caçr Maçmouda, la distance est de 12 milles. Telle est également la largeur du bras de mer qui sépare ces deux points. Le flux et le reflux ont lieu deux fois par jour dans cette mer, et cela constamment, par un effet de la toute-puissance et de la sagesse du Créateur.

Au nombre des villes dépendantes de la présente section et situées sur les bords de la grande mer, on remarque Tanger (Tandja), Ceuta (Sebta), Nacour, Bâdis, al‑Mazemma, Malîla, Honain, Banou Wazzâr, Oran (Wahrân) et Mostaghânim.

La ville de Ceuta, située vis-à-vis d'Algéziras (ou de l'île Verte), est bâtie sur sept collines qui se touchent. Elle est bien peuplée, et sa longueur, de l'ouest à l'est, est d'environ 1 mille. On voit à 2 milles de distance le Djabal Mousâ, montagne ainsi nomméeº à cause p200de Mousâ ibn Noçair, personnage qui fit la conquête de l'Espagne dans les premiers temps de l'islamisme. Ceuta est entourée de jardins et de vergers qui produisent des fruits en abondance. On y cultive la canne à sucre, et le citronnier dont les fruits sont transportés aux villes voisines. La contrée qui produit tout cela porte le nom de Balyounich ; il y a de l'eau courante, des sources d'eau vive et de bons pâturages.

Il existe à l'orient de cette ville une montagne dite Djabalo 'l‑Mîna, et sur le plateau qui couronne cette montagne, une muraille construite par ordre de Mohammed ibn abî Amir, lorsqu'il passa d'Espagne à Ceuta. Il voulait transférer la ville sur ce plateau ; mais la mort le surprit lorsqu'il venait d'en achever les murs. Les habitants de Ceuta n'eurent pas la possibilité de se transporter à al‑Mîna ; ils demeurèrent dans leur ville et al‑Mîna resta privée de population. Les murs d'al‑Mîna subsistent encore ; ils sont d'une blancheur extraordinaire, de sorte qu'on peut les distinguer de la côte espagnole ; mais une riche végétation a couvert tout le lieu ; au centre de la ville est une source d'eau petite, mais qui ne tarit jamais. Quant au nom de Sebta, il lui fut donné parce qu'en effet elle est bâtie sur une presqu'île close par la mer de toutes parts, 168 excepté du côté du couchant, en sorte qu'il ne reste à sec qu'un isthme de la largeur de moins d'un jet de flèche. La mer qui baigne ses murs au nord se nomme mer du Détroit (az‑Zocâc) ; celle du côté du midi porte le nom de mer de Bosoul. Ceuta est un port excellent où l'on est à l'abri de tous les vents.

Il existe auprès de Ceuta des lieux où l'on pêche de gros poissons. Nulle côte n'est plus productive, soit sous le rapport de l'abondance, p201soit sous celui du commerce du poisson. On en compte environ cent espèces différentes, et l'on se livre particulièrement à la pêche du gros poisson qui s'appelle le thon et qui se multiplie beaucoup dans ces parages. On le prend au moyen de harpons munis à l'extrémité de crochets saillants qui pénètrent dans le corps du poisson et n'en sortent plus. Le bois du harpon est garni de longues ficelles de chanvre. Ces pêcheurs sont tellement exercés et tellement habiles dans leur métier, qu'ils n'ont au monde point de rivaux.

On pêche également aux environs de Ceuta du corail dont la beauté surpasse ce qu'on peut voir de plus admirable en ce genre dans toutes les autres mers. Il s'y trouve un bazar où l'on s'occupe à tailler, à polir, à arrondir, à percer et enfin à enfiler le corail. C'est un des principaux articles d'exportation ; la majeure partie en est transportée à Ghâna et aux villes du Soudan où l'on en fait grand usage.

On compte 12 milles de Ceuta à Caçr Maçmouda (Alcazar), château considérable sur le bord de la mer, où l'on construit des navires et des barques destinés à passer ceux qui veulent se rendre en Espagne. Ce fort est bâti sur le point de la côte le plus voisin de l'Espagne.

De Caçr Maçmouda à Tanger, on compte 20 milles en se dirigeant vers l'ouest. Cette dernière ville est très ancienne et a donné son nom à tout le pays environnant. Bâtie sur une haute montagne qui domine la mer, ses habitations sont situées à mi‑côte et s'étendent jusqu'au rivage. Cette ville est jolie : ses habitants sont commerçants et industrieux. On y construit des navires et le port est très fréquenté. 169 La plaine qui touche au territoire de Tanger est très fertile et habitée par des Berbers appartenant à la tribu de Çanhâdja.

A partir de Tanger, la mer Océane forme un coude et, se dirigeant vers le midi, atteint le pays de Tochommoch dont le chef-lieu fut autrefois considérable. Entourée de murs en pierre, cette ville est p202située sur les bords de la rivière de Safdad (Luccos), à près d'un mille de la mer. Les villages des environs furent jadis très peuplés, mais les divisions intestines et les guerres continuelles les ont ruinés et réduit le nombre des habitants qui sont d'origine berbère.

De Tochommochº on se rend à Caçr Abdi 'l‑Carîm, petite ville située dans le voisinage de la mer, à 2 journées de distance de Tanger, et sur les bords de la rivière de Loccos (Luccus). Il y a des bazars dont l'importance est proportionnée à celle de l'endroit et plusieurs sources de bien-être.

De Tanger à Azîlâ on compte une très faible journée. Azîlâ est une très petite ville dont il ne reste actuellement que peu de chose. Aux environs on voit des marchés qui sont proches l'un de l'autre. On l'appelle aussi Acîlâ ; elle est ceinte de murs, et située à l'extrémité du détroit de Gibraltar (d'az‑Zocâc). On y boit de l'eau de puits. Non loin d'Azîlâ, entre elle et al‑Caçr (Caçr Abdi 'l‑Carîm), est l'embouchure du Safdad, rivière assez considérable pour recevoir des navires ; ses eaux sont douces, et les habitants de Tochommoch, ville dont nous venons de parler, en font usage. Elle est formée par la réunion de deux affluents, dont l'un prend sa source dans le pays des Danhâdja dans les montagnes d'al‑Baçra, et l'autre dans le pays des Kitâma. Les habitants d'al‑Baçra naviguent sur cette rivière et s'en servent pour transporter leurs marchandises à l'embouchure, d'où ils continuent leur voyage par mer aux lieux de leur destination.

La ville d'al‑Baçra, à laquelle un cavalier partant de Tochommoch parvient en moins d'une journée, fut autrefois assez considérable. Ceinte de murs mais non point forte, elle est entourée de villages et de champs p203cultivés. Les principales productions consistent en coton, en blé et en autres céréales ; elles y sont très abondantes. Le pays est bien cultivé, le climat tempéré, les habitants vertueux, aimables et polis.

170 A 18 milles, ou environ, de distance, on trouve Bâb Aclâm, ville bâtie par ordre d'Abdollâh ibn Edrîs, au milieu de montagnes très boisées ; l'accès n'y est possible que d'un seul côté. Le territoire est fertile et bien arrosé. Il y a des pâturages et des vergers.

Non loin de là est Cort, ville sans murs d'enceinte, située sur le flanc d'une montagne escarpée ; il y a beaucoup d'eau et tout le pays est bien cultivé ; les principales productions sont le blé, l'orge et autres céréales. Tout ce pays dépend de Tanger et est appelé du nom de cette ville.

Au midi d'al‑Baçra et sur les bords du Sabou, rivière qui vient du côté de Fèz, est un gros bourg nommé Mâsina. C'était jadis une ville entourée de murs et pourvue de marchés ; mais elle est actuellement ruinée. On remarque dans son voisinage al‑Hadjar (Hadjaro 'n-Nasr), ville fondée par les Edrîsites,º sur le sommet d'une montagne très escarpée ; cette place est forte et d'un accès très difficile, car on n'y parvient que par un seul chemin qui est tellement étroit qu'on n'y peut passer que l'un après l'autre. Le pays est fertile, abondant en ressources de toute espèce, couvert de jardins et de champs cultivés.

De Ceuta au fort de Tétuan (Tettâwin), en se dirigeant vers le sud-est, on compte 1 faible journée. Ce fort est situé au milieu d'une plaine, à 5 milles de distance de la mer Méditerranée. Elle est habitée par une tribu berbère dite Madjacsa (Medjekeça). De là à Anzilân, port florissant, bien habité et situé sur la limite du pays des Ghomâra, on compte environ 15 milles. Le pays des Ghomâra est très montagneux p204et très boisé. Il s'étend sur un espace d'environ 3 journées. Il touche, du côté du midi, aux montagnes dites d'al‑Cawâkib (ou des Étoiles), qui sont également habitées et très fertiles ; elles comprennent un espace d'environ 4 journées et se prolongent jusqu'auprès de Fèz. Ces montagnes étaient autrefois habitées par les Ghomâra, mais Dieu en purgea le pays, détruisit les habitants et ruina leurs demeures à cause de l'énormité de leurs crimes, de leur peu de foi, de leur présomption, de leur impudicité, de leur dépravation, de leur habitude du meurtre illicite. Juste châtiment réservé aux méchants !

171 De Ceuta pour se rendre à Fèz on a 8 journées à faire en se dirigeant sur Zaddjân.

A la distance d'une demi-journée du port d'Anzilân, on trouve, sur le bord de la mer et dans le pays des Ghomâra, le fort de Tîkisâs, qui est bien peuplé et dont les habitants sont en état de guerre continuelle avec les Ghomâra. De Tîkisâs à Caçr Tâzoggâ, port de mer, on compte 15 milles.

De là au fort de Misittâsa qui appartient aux Ghomâra, 1 demi-journée. De là au fort de Carcâl, dépendant aussi des Ghomâra, 15 milles. De là à Bâdis, 1 demi-journée.

Bâdis est une ville bien habitée où l'on trouve des bazars et quelques fabriques, et où les Ghomâra viennent chercher les objets qui leur sont nécessaires ; c'est l'extrême limite de leur pays. Non loin de Bâdis, du côté du sud, s'élèvent des montagnes qui s'étendent jusqu'à la distance de 4 milles de la ville de Banî Tâwada. Ces montagnes étaient anciennement habitées par des Berbers de la tribu de Mezguelda, gense téméraires, insensés et sans cesse incommodes à leurs voisins ; mais le p205glaive des guerres civiles les a détruits, Dieu en a délivré le pays.

De Bâdis à Bouzcour, port qui fut jadis une ville dont il ne reste pas de vestiges, et qui est désignée dans les chroniques sous le nom de Nacour, 20 milles. Il existe entre Bâdis et Bouzcour des montagnes contiguës connues sous le nom d'al‑Adjrâf (les ravins), où l'on ne trouve aucun port.

De Bouzcour à al‑Mazimma, bourg autrefois peuplé et port où l'on chargeait des navires, 20 milles.

Al‑Mazimma est placée non loin d'une rivière située à 12 milles de distance du cap Tsaghlâl qui s'avance beaucoup dans la mer. De là au port de Cart, on compte 20 milles. A l'orient de Cart coule une rivière qui vient du côté de Çâ'. De Cart à l'extrémité du golfe, où est un cap qui s'avance dans la mer, 20 milles.

De Cart à Malîla, par mer, 12 milles. Et par terre, 20 milles.

Malîla est une ville jolie, de médiocre grandeur, entourée de fortes murailles et dans une bonne situation sur le bord de la mer. Il y avait, avant la présente époque, beaucoup de champs cultivés. On y trouve un puits 172 alimenté par une source permanente dont l'eau est abondante et sert à la consommation des habitants. Cette ville est environnée de tribus berbères, issues des Bottouya.

De Malîla à l'embouchure de la rivière qui vient d'Aguercîf, on compte 20 milles. Vis-à-vis de cette embouchure est un petit îlot, à l'opposite duquel est située la ville de Djorâwa.

Puis au port de Tâfarguenît, où est un château peu considérable mais bien fortifié, 40 milles.

De Tâfarguenît au fort de Tâbahrît, 8 milles. Ce fort est bien construit, bien peuplé et domine un port de mer très fréquenté.

De Tâbahrît à Honain, lieu situé sur le bord de la mer, on compte 11 milles. De là à Tlemcen (Tilimsân), par terre, 40 milles. Entre ces deux lieux on remarque Nadrouma, ville considérable, florissante, p206bien peuplée, ceinte de murailles, pourvue d'un marché et située sur une hauteur à mi‑côte. A l'orient coule une rivière qui arrose les champs cultivés qui dépendent de la ville et dont les bords sont couverts de jardins et de vergers.

Honain est une jolie petite ville située sur le bord de la mer, florissante et ceinte de solides murailles. Il y a des bazars et il s'y fait un commerce assez actif. Les environs sont couverts de champs cultivés.

De Honain, en suivant le rivage, au port d'al‑Wardânia, 6 milles.

De là à l'île (ou à la presque-île) d'al‑Cachcâr, 8 milles.

De là à l'île d'Arachcoul, qu'on appelle aussi Aradjgoun (Rachgoun), autrefois un château bien peuplé, avec un port et une campagne offrant de beaux pâturages aux troupeaux. Son port est sur un îlot habité où l'on trouve des citernes et beaucoup d'eau pour l'approvisionnement des navires. Vis-à-vis de cet îlot est l'embouchure de la rivière de Molouya.

De cette embouchure au fort d'Asalân, sur le bord de la mer, on compte 6 milles.

De là à un cap qui s'avance dans la mer, 20 milles. Vis-à-vis de ce cap est l'île des Moutons (Djazîrato 'l‑Ghanam), à une distance de 12 milles.

De cette île à Banou Wazzâr, 17 milles. Banou Wazzâr est une place très forte et jolie, située sur une montagne qui domine la mer.

De là à ad‑Dafâlî, cap qui s'avance dans la mer, 12 milles.

173 De ce cap au cap al‑Harchâ, 12 milles.

De là à Oran (Wahrân), dont nous avons parlé en détail dans le troisième climat, 12 milles.

Revenons maintenant à la description de l'Espagne et de ses provinces ! Nous parlerons de ses routes, de la situation de ses contrées, de l'état des choses dans ce pays, des sources de ses fleuves et de leurs embouchures dans la mer, de ses montagnes les plus célèbres et des p207choses remarquables qui se trouvent dans ses vallées. Avec le secours de Dieu nous dirons à ce sujet ce qui est nécessaire.

Nous disons donc que l'Espagne forme un triangle. Elle est, en effet, bornée de trois côtés par la mer, à savoir : au midi par la Méditerranée, à l'ouest par l'Océan, et au nord par mer dite des Anglais (qui sont un peuple chrétien). Elle s'étend en longueur depuis l'église du Corbeau, située sur l'Océan, jusqu'à la montagne dite le temple de Vénus sur une distance de onze cents milles, et en largeur depuis l'église de Saint-Jacques, située sur un cap de la mer des Anglais, jusqu'à Almérie, ville située sur les bords de la Méditerranée, sur un espace de six cents milles.

La péninsule espagnole est séparée en deux sur toute sa largeur par une longue chaîne de montagnes qu'on appelle ach-Chârât, au midi de laquelle est située Tolède. Cette ville est le centre de toute l'Espagne, car de Tolède à Cordoue, au sud-ouest, on compte 9 journées ; de Tolède à Lisbonne, à l'ouest, 9 journées ; de Tolède à Saint-Jacques, sur la mer des Anglais, 9 journées ; de Tolède à Jaca, à l'orient, 9 journées ; de Tolède à Valence, au sud-est, 9 journées ; enfin de Tolède à Almérie, ville située sur la Méditerranée, 9 journées.

La ville de Tolède était, du temps des chrétiens, la capitale de l'Espagne et le centre de l'administration. C'est là qu'on trouva la table de Salomon, fils de David, 174 ainsi qu'un grand nombre de trésors qu'il serait trop long d'énumérer. Le pays situé au sud des monts Chârât p208se nomme Espagne ; la partie située au nord de ces montagnes porte le nom de Castille. A l'époque actuelle encore, le prince des chrétiens qui portent le nom de Castillans, fait sa résidence à Tolède. La partie qui porte le nom d'Espagne, comprend diverses provinces, divers départements ; dans chaque province il y a un grand nombre de villes que nous nous proposons de décrire une à une avec le secours de Dieu, en commençant par la province dite du Lac, qui s'étend depuis les bords de l'Océan jusqu'à ceux de la Méditerranée, et qui comprend (dans ses dépendances) l'île de Tarîf (Tarifa), l'île Verte (Algéziras), l'île de Câdis (Cadix), le fort d'Arcos (Arcos de la Frontera), Becca, Xerès, Tochéna, Medîna ibn‑as‑Salîm, et un grand nombre de châteaux forts comparables en population à des villes et dont nous traiterons en leur lieu.

Vient ensuite la province de Chidona, située au nord de la précédente, qui compte au nombre de ses dépendances Séville, Carmona, Ghalsâna, et divers autres lieux fortifiés.

Cette province est limitrophe à celle d'Aljarafe, située entre Séville, Niébla et la mer Océane, et comprenant, entre autres lieux fortifiés, p209Hiçn al‑Caçr (Aznalcazar), la ville de Niébla, Huelba, l'île de Chaltîch (Saltès), Gibraleon.

Puis vient la province de Cambânia (la Campiña), dont dépendent Cordoue, az‑Zahrâ, Ecija, Baéna, Cabra et Lucena. Il s'y trouve un nombre considérable de grands châteaux dont nous parlerons plus tard.

Puis la province d'Ossuna, comprenant des châteaux forts comparables en population à des villes, tels que Lora et Ossuna.

Cette province, d'une étendue peu considérable, confine du côté du midi avec celle de Reiya, dont les villes principales sont Malaga, Archidona, Marbella, Bobachtero, . . . . et d'autres.

Puis la province d'Albochârât (Alpujarras), dont la ville principale est Jaen, et qui compte, indépendamment d'un grand nombre de châteaux forts, puis de six cents villages d'où l'on tire de la soie.

Puis la province de Pechina, comprenant dans sa circonscription les villes d'Almérie, de Berja, et plusieurs lieux fortifiés, 175 tels que Marchena, Purchena, Targéla, Velez.

Puis, vers le midi, la province d'Elvira, où sont Grenade, Guadix, Almuñecar, et plusieurs autres châteaux et villages.

Puis la province de Ferreira, qui est limitrophe à celle des Alpujarras. Elle comprend dans sa circonscription la ville de Baza, le château p210de Tiscar, qui est très-fort d'assiette, et autres lieux fortifiés dont nous traiterons ci-après.

Puis le pays de Todmîr, où sont Murcie, Orihuela, Carthagène, Lorca, Mula, Chinchilla.

Ce pays est limitrophe à celui de Cuenca, où sont Orihuela, Elche, Alicante, Cuenca, Segura.

Puis la province d'Erghîra (Enguera), où sont Xativa, Xucar, Dénia, et un grand nombre de châteaux forts.

Puis la province de Murviédro, où sont Valence, Murviédro, Burriana, et un grand nombre de lieux fortifiés.

Puis, en se dirigeant vers le nord, la province des Câtim, où sont Alpuente et Santa Maria, surnommée d'Ibn‑Razîn (Albarracin).

Puis la province de la Waladja, où sont Sorita, Fita (Hita), Calatrava.

p211 Puis celle d'al‑Balâlita, où sont divers lieux fortifiés dont les plus considérables sont : Pedroche, Ghâfic, Hiçn ibn‑Hâroun. Il y en a d'autres qui sont moins grands.

A l'occident de cette province est celle d'al‑Facr (?), où sont : Santa-Maria (Santa-Maria de l'Algarve), Mertola, Silves, ainsi qu'un grand nombre de châteaux forts et de villages.

A cette province est limitrophe celle du Château, où stb le château qui emprunte son nom à Abou-Dânis, et où sont aussi : Evora, Badajoz, Xerès (de los Cavalleros), Mérida, Cantara as‑saif (Alcantara) et Coria.

Puis vient la province d'al‑Balât, où est la ville du même nom et Medellin.

Puis la province de Balâta, où sont : Santarem, Lisbonne et Cintra.

Puis celle des Chârât (des Montagnes), qui comprend : Talavera, Tolède, Madrid, al‑Fahmîn, Guadalaxara, Ucles et Huete.

176 Puis celle d'Arnedo, où sont : Calatayud, Daroca, Saragosse, Huesca, Tudèle.

Puis celle des Oliviers, qui comprend Jaca, Lerida, Mequinenza et Fraga.

Puis celle des Bortât (des portes ou des Pyrénées), où sont : Tortose, Tarragone et Barcelone.

Puis enfin, vers l'occident, la province de Marmaria, qui contient p212des forteresses abandonnées, et, sur les bords de la mer, le fort de Tiscar, Cachtéli et Cutanda.

Telles sont les diverses provinces de l'Espagne, pays dont l'ensemble porte le nom d'Andalos.

Tarifa est située sur les bords de la Méditerranée, au commencement du détroit qui porte le nom d'az‑Zocâc.º Elle a du côté de l'occident la mer Océane. C'est une ville peu considérable dont les murs sont en terre, et l'enceinte traversée par un cours d'eau. On y voit des marchés, des caravansérails et des bains. Vis-à-vis sont deux îlots dont l'un porte le nom d'al‑Cantîr (?), et qui sont situés à peu de distance du continent.

De Tarifa à Algéziras, on compte 18 milles.

On traverse Wâdî an-nisâ (la rivière des femmes) (Guadamesi), qui a un cours rapide, et de là on se rend à Algéziras.

Cette dernière ville est bien peuplée. Ses murs sont en pierres et liés avec de la chaux. Elle a trois portes et un arsenal situé dans l'intérieur de la ville. Algéziras est traversée par un ruisseau appelé ruisseau du miel, dont les eaux sont douces et bonnes ; elles servent aux besoins des habitants. Sur les deux bords de ce ruisseau il y a des jardins et des vergers. C'est un lieu où l'on construit des navires, un lieu d'embarquement et de débarquement. La détroit maritime qui le sépare de Ceuta a 18 milles de large. Vis-à-vis est une île connue sous le nom d'île d'Omm-Hakîm, où l'on remarque une chose singulière ; c'est un puits profond et abondant en eau douce, tandis que l'île, en p213elle-même peu considérable, est de surface plate, à tel point que peu s'en faut qu'elle ne soit submergée par la mer.

Algéziras fut la première ville conquise par les musulmans en Andalousie durant les premiers temps, c'est-à-dire en l'an 90 de l'hégire. Elle fut occupée par Mousâ ibn‑Noçair au nom des Merwânides, et par Târik, fils d'Abdallâh, fils de Wanmou, de la tribu de Zenâta, qu'accompagnaient les tribus berbères. 177 Il y a du côté de la porte de la mer une mosquée dite la mosquée des Drapeaux. On rapport que ce fut là qu'on réunit les étendards des tribus lorsqu'il fallut tenir conseil. Les musulmans étaient venus par le Djebel‑Târik (Gibraltar), nom qui fut donné à cette montagne parce que Târik, fils d'Abdallâh, fils de Wanmou, de la tribu de Zenâta, lorsqu'il eut passé (le détroit) avec ses Berbères et qu'il s'y fut fortifié, s'aperçut que les Arabes se méfiaient de lui. Voulant faire cesser ces soupçons, il ordonna de brûler les navires avec lesquels il était passé ; de cette manière il atteignit son but.

De cette montagne à Algéziras on compte six milles. Elle est isolée, ronde à sa base ; du côté de la mer on voit de vastes cavernes d'où découlent des sources d'eau vive ; près de là est un port dit Marsâ ach-chadjara (le porte de l'Arbre).

D'Algéziras à Séville on compte 5 journées, et d'Algéziras à Malaga, 5 journées faibles, c'est-à-dire 100 milles.

p214 D'Algéziras à Séville il y a deux routes, l'une par eau, l'autre par terre. Voici la première :

D'Algéziras aux bancs de sable, qui se trouvent dans la mer, et de là à l'embouchure de la rivière de Barbate, 28 milles.

De là à l'embouchure de la rivière de Becca, 6 milles.

De là au détroit qui porte le nom de San-Pedro, 12 milles.

De là à al‑Canâtir (les Ponts), vis-à-vis l'île de Cadix (l'île de Léon), 12 milles. (La distance entre ces deux points est de 6 milles.)

D'al‑Canâtir à Râbita Rota, 8 milles.

De là à al‑Masâdjid (San-Lucar), 6 milles.

Ensuite on remonte le fleuve en côtoyant le port de Trebujena, al'Otouf, Cabtôr, Cabtâl (Cabtôr et Cabtâl sont deux villages situés au milieu du fleuve), l'île de Yenechtéla, al‑Hiçn az‑Zâhir ; puis on arrive à Séville. De cette ville à la mer on compte 60 milles.

Quant à la seconde route (la route par terre), elle est comme il suit :

D'Algéziras on se rend à ar‑Rataba, puis à la rivière de Barbate, p215puis à Faisâna, où est une station ; c'est un grand village où se tient un marché et dont la population est considérable ; puis à la ville d'Ibn‑as‑Salîm ; 178 puis à la montagne qui porte le nom de Mont ; puis à 'Aslouca, village où est une station ; puis à al‑Madâin, puis à Dzîrad al‑hibâla, station ; de là à Séville une journée.

Cette dernière ville est grande et bien peuplée. Les murailles y sont solides, les marchés nombreux ; il s'y fait un grand commerce. La population est riche. Le principal commerce de cette ville consiste en huiles qu'on expédie à l'orient et à l'occident par terre et par mer ; ces huiles proviennent d'un territoire dit al‑Charaf (Aljarafe), dont l'étendue est de 40 milles, et qui est entièrement planté d'oliviers et de figuiers ; il se prolonge depuis Séville jusqu'à Niébla, sur une largeur de plus de 12 milles. Il y existe, dit-on, huit mille villages florissants, avec un grand nombre de bains et de belles maisons. De Séville au lieu où commence ce territoire on compte 5 milles. Il se nomme al‑Charaf, parce qu'en effet il va en montant à partir de Séville ; il se prolonge du sud au nord, formant une colline de couleur rouge. Les plantations d'oliviers s'étendent jusqu'au pont de Niébla. Séville est bâtie sur les bords du grand fleuve, c'est-à-dire du fleuve de Cordoue.

Niébla est une ville ancienne, jolie, de moyenne grandeur, et ceinte de fortes murailles. A l'orient coule une rivière venant des montagnes, et qu'on passe près de cette ville sur un pont. On fait à Niébla un bon commerce, et on en tire diverses productions utiles. On y boit de l'eau des sources existantes dans une prairie située à l'occident de la ville. De Niébla à la mer Océane on compte 6 milles. Là est un bras de mer auprès duquel est située la ville d'Huelba, ville peu p216considérable mais bien peuplée, ceinte d'une muraille en pierre, pourvue de bazars où l'on fait le négoce, et où l'on exerce divers métiers. Près de la ville est l'île de Chaltîch, qui est entourée de tous côtés par la mer. Du côté de l'ouest, elle touche presque au continent, le bras de mer qui l'en sépare 179 n'étant large que d'un demi jet de pierre ; c'est par ce bras de mer qu'on transporte l'eau nécessaire à la consommation des habitants. Cette île a un peu plus d'un mille de long, et la ville est située du côté du midi. Là est un bras de mer qui coïncide avec l'embouchure de la rivière de Niébla, et qui s'élargit au point d'embrasser plus d'un mille. Les vaisseaux le remontent sans cesse jusqu'au lieu où il se rétrécit et n'a plus que la largeur de la rivière, c'est-à-dire la moitié d'un jet de pierre. La rivière se jette dans la mer au pied d'une montagne au-dessus de laquelle est la ville d'Huelba, et de là la route conduit à Niébla.

Quant à la ville de Chaltîch, elle n'est point entourée de murailles, ni même d'une clôture. Toutefois les maisons y sont contiguës ; il y a un marché. On y travaille le fer, sorte d'industrie à laquelle on répugne ailleurs de se livrer parce que le fer est d'un travail difficile, mais qui est très-commune dans les ports de mer, dans les lieux où mouillent les grands et lourds bâtiments de transport. Les Madjous se sont emparés à plusieurs reprises de cette île ; et les habitants, chaque fois qu'ils entendaient dire que les Madjous revenaient, s'empressaient de prendre la fuite et de quitter l'île.

De la ville de Chaltîch à la presqu'île de Cadix on compte 100 milles.

De Cadix à Tarifa, 63 milles.

De l'île de Chaltîch en suivant la côte vers le nord au château de Castella (Cacella), sur les bords de la mer, 18 milles.

p217 Entre ces deux points est l'embouchure de la rivière de Iâna (la Guadiana), qui est celle qui coule à Mérida, à Badajoz et à Mertola, si connue par la bonté de ses fortifications.

Castella (Cacella) est une forteresse construite sur les bords de la mer ; elle est bien peuplée ; on y trouve beaucoup de jardins et de vergers plantés de figuiers.

De là au village de Tavira, à proximité de la mer, 14 milles.

De là à Santa-Maria d'Algarve, 12 milles.

Cette dernière ville est bâtie sur les bords de l'Océan, et ses murs sont baignés par le flot de la marée montante. Elle est de grandeur médiocre et très jolie ; il y a une mosquée cathédrale, une mosquée paroissiale et une chapelle ; il y aborde et il en part des navires. Le pays produit beaucoup de figues et de raisins.

De la ville de Santa-Maria à celle de Silves, 28 milles.

Silves, jolie ville bâtie dans une plaine, est entourée d'une forte muraille. Ses environs sont plantés en jardins et en vergers ; on y boit l'eau d'une rivière 180 qui baigne la ville du côté du midi, et qui fait tourner des moulins. La mer Océane en est à trois milles du côté de l'occident. Elle a un port sur la rivière et des chantiers. Les montagnes environnantes produisent une quantité considérable de bois qu'on exporte au loin. La ville est jolie et l'on y voit d'élégants édifices et des marchés bien fournis. Sa population ainsi que celle des villages environnants se compose d'Arabes du Yémen et d'autres, qui parlent un dialecte arabe très-pur ; il savent aussi improviser des vers, et ils sont tous éloquents et spirituels, les gens du peuple aussi bien que les personnes des classes élevées. Les habitants des campagnes de ce pays sont extrêmement généreux ; nul ne l'emporte sur eux sous ce rapport. La ville de Silves fait partie de la province d'ach-Chinchîn, dont le territoire est renommé par ses jardins plantés de figuiers ; on exporte ces figues vers tous les pays de l'Occident ; elles sont bonnes, délicates, appétissantes, exquises.

p218 De Silves à Badajoz, 3 journées.

De Silves à la forteresse de Mertola, 4 journées.

De Mertola à la forteresse d'Huelba, 2 journées faibles.

De Silves à Halc az‑Zâwia, port et village, 20 milles.

De là à Sagres, village sur le bord de la mer, 18 milles.

De là au cap d'al‑gharb,º qui s'avance dans l'Océan, 12 milles.

De là à l'église du Corbeau, 7 milles.

Cette église n'a point éprouvé de changements depuis l'époque de la domination chrétienne ; elle possède des terres, les âmes pieuses ayant la coutume de lui en donner, et des présents apportés par les chrétiens qui s'y rendent en pèlerinage. Elle est située sur un promontoire qui s'avance dans la mer. Sur le faîte de l'édifice sont dix corbeaux ; jamais personne ne les a vus manquer, jamais personne n'a pu constater leur absence ; les prêtres desservant l'église racontent au sujet de ces corbeaux des choses merveilleuses, mais on douterait de la véracité de celui qui voudrait les répéter. Du reste il est impossible de passer par là sans prendre part au grand repas que donne l'église ; c'est une obligation immuable, un usage dont on ne se départ jamais, p219et auquel on se conforme d'autant plus exactement qu'il est ancien, transmis d'âge en âge et consacré par une longue pratique.

181 L'église est deservie par des prêtres et des religieux. Elle possède de grands trésors et des revenus fort considérables, qui proviennent pour la plupart de terres qui lui ont été léguées dans différentes parties de l'Algarve. Ils servent aux besoins de l'église, de ses serviteurs, de tous ceux qui y sont attachés à quelque titre que ce soit, et des étrangers qui viennent la visiter en petit ou en grand nombre.

De cette église à al‑Caçr (Alcacer do Sal), 2 journées.

De Silves à al‑Caçr, 4 journées.

Al‑Caçr est une jolie ville de grandeur moyenne, bâtie sur les bords du Chetoubar, grand fleuve qui est remonté par quantité d'embarcations et de navires de commerce. La ville est de tous côtés entourée de forêts de pins et l'on y construit beaucoup de vaisseaux. Le pays, naturellement très-fertile, produit en abondance du laitage, du beurre, du miel et de la viande de boucherie. D'al‑Caçr à la mer on compte 20 milles, et d'al‑Caçr à Evora, 2 journées.

Cette dernière ville est grande et bien peuplée. Entourée de murs, elle possède un château fort et une mosquée cathédrale. Le territoire qui l'environne est d'une fertilité singulière ; il produit du blé, des bestiaux, toute espèce de fruits et de légumes. C'est un pays excellent où le commerce est avantageux soit en objets d'exportation, soit en objets d'importation.

D'Evora à Badjaoz, vers l'orient, 2 journées.

Badajoz est une ville remarquable, située dans une plaine et entourée de fortes murailles. Elle possédait autrefois vers l'orient un faubourg plus grand que la ville même, mais il est devenu désert par suite des p220troubles. Cette ville est bâtie sur les bords de la Iâna (la Guadiana), grand fleuve qui porte aussi le nom de la rivière souterraine, parce qu'après avoir été assez grand pour porter des vaisseaux il coule ensuite sous terre, au point qu'on ne trouve pas une goutte de ses eaux ; il poursuit ensuite son cours jusqu'à Mertola, et finit par se jeter dans la mer non loin de l'île de Chaltîch.

De Badajoz à Séville on compte 6 journées en passant par Hadjar ibn‑abî-Khâlid et Gibraleon.

De Badjoz à Cordoue par la grande route, 6 journées.

De Badajoz à Mérida, en suivant les bords de la Iâna, à l'orient, 30 milles. Dans l'intervalle est un fort que le voyageur qui se rend à Mérida laisse à sa droite.

182 La ville de Mérida fut la résidence de Mérida, fille du roi Horosus, et il y existe des vestiges qui attestent la puissance, la grandeur, la gloire et la richesse de cette reine. Au nombre de ces monuments est le grand aqueduc situé à l'occident de la ville, remarquable par la hauteur, la largeur et le nombre de ses arches. Au-dessus de ces arches on a pratiqué des arceaux voûtés qui communiquent de l'extrémité de l'aqueduc à l'intérieur de la ville, et qui rendent invisible celui qui y marche. Dans la voûte il y a un tuyau qui va jusqu'à la ville. Les hommes et les animaux passent au-dessus de ces voûtes dont la construction est des plus solides et le travail des plus curieux. Il en est de même des murs (de Mérida) qui sont en pierres équarries et d'une grande solidité.

Parmi les salles de la citadelle, qui tombent en ruines, on en voit une qu'on nomme la salle de la cuisine, et voici pourquoi : cette p221salle était placée au-dessus de la salle d'assemblée du palais. L'eau y parvenait au moyen d'un canal dont il subsiste encore aujourd'hui des traces, bien qu'il soit à sec. On plaçait des plats d'or et d'argent, qui contenaient toutes sorts de mets, dans ce canal, au-dessus de l'eau, de telle façon qu'ils arrivaient devant la reine ; on les posait ensuite sur des tables. Lorsque son repas était terminé, on remettait les plats sur le canal, et au moyen des circonvolutions de l'eau, ils revenaient à la portée du cuisinier qui les enlevait après les avoir lavés. L'eau s'écoulait ensuite par les cloaques du palais.

Ce qu'il y avait de plus curieux, c'était la manière dont on amenait les eaux à cet édifice. On avait élevé quantité de colonnes nommées ardjâlât, qui subsistent encore sans avoir souffert en aucune façon des injures du temps. Il y en avait de plus ou moins hautes, selon les exigences du niveau du sol au-dessus duquel elles avaient été placées, et la plus haute avait cent coudées. Elles étaient toutes construites sur une ligne droite. L'eau y arrivait au moyen de conduits qui n'existent plus ; mais les colonnes existent encore et elles sont construites avec tant d'art et de solidité qu'on pourrait croire qu'elles sont d'une seule pierre.

183 Au centre de la ville on voit une arcade au-dessous de laquelle peut passer un cavalier tenant un drapeau. Le nombre des blocs de pierre dont se compose cette arcade est de onze seulement, savoir : trois de chaque côté, quatre pour le cintre et une pour la clef de voûte.

p222 Au midi des murs de la ville est un petit édifice avec une tour, où était placé le miroir où la reine Mérida regardait sa figure. Ce miroir avait vingt empans de circonférence. Il tournait sur des gonds dans le sens vertical. La lieu où il était subsiste encore. On dit que Mérida l'avait fait fabriquer à l'imitation de celui que Dzou-'l‑Carnaini (Alexandre) avait fait fabriquer dans le phare d'Alexandrie.

De Mérida a Cantara as‑saif (Alcantara), 2 journées

Cantara-as‑saif est une des merveilles du monde. C'est une forteresse bâtie sur un pont. La population habite dans cette forteresse où elle est à l'abri de tout danger, car on ne peut l'attaquer que du côté de la porte.

De Cantara-as‑saif à Coria, 2 journées faibles.

La ville de Coria est maintenant au pouvoir des chrétiens. Entourée de fortes murailles, elle est ancienne et spacieuse. C'est une excellente forteresse et une jolie ville. Son territoire est extrêmement fertile et produit des fruits en abondance, surtout des raisins et des figues.

De là à Coïmbre on compte 4 journées.

Cette dernière ville est bâtie sur une montagne ronde, entourée de bonnes murailles, fermée de trois portes, et fortifiée en perfection. Elle est située sur les bords du Mondego, qui coule à l'occident de la ville vers la mer, et dont l'embouchure est défendue par le fort de Mont mayor (Montemor). Cette rivière met beaucoup de moulins en mouvement, et sur les bords on voit quantité de vignobles et de jardins. Le territoire de la ville qui s'étend vers la mer, du côté du couchant, se compose de champs cultivés. Les habitants, qui possèdent aussi des bestiaux, comptent parmi les chrétiens les plus braves.

D'al‑Caçr (Alcacer do Sal), dont il a été fait mention, à Lisbonne, 2 journées.

Lisbonne est bâtie sur la rive septentrionale du fleuve qu'on nomme p223le Tage ; c'est celui sur lequel est située Tolède. 184 Sa largeur auprès de Lisbonne est de 6 milles, et la marée s'y fait ressentir violemment. Cette belle ville qui s'étend le long du fleuve, est ceinte de murs et protégée par un château fort. Au centre de la ville sont des sources d'eau chaude en hiver comme en été.

Située à proximité de l'Océan, cette ville a vis-à-vis d'elle, sur la rive opposée, le fort d'al‑Ma'dan (Almada), ainsi nommé parce qu'en effet la mer jette des paillettes d'or sur le rivage. Durant l'hiver les habitants de la contrée vont auprès du fort à la recherche de ce métal et s'y livrent tant que dure la saison rigoureuse. C'est un fait curieux dont nous avons été témoins nous-mêmes.

Ce fut de Lisbonne que partirent les Aventuriers, lors de leur expédition ayant pour objet de savoir ce que renferme l'Océan et quelles sont ses limites, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Il existe encore à Lisbonne, auprès des bains chauds, une rue qui porte le nom de rue des Aventuriers.

Voici comment la chose se passa : ils se réunirent au nombre de huit, tous proches parents (littéral. cousins-germains) ; et après avoir construit un vaisseau marchand ils y embarquèrent de l'eau et des vivres en quantité suffisante pour une navigation de plusieurs mois. Ils mirent en mer au premier souffle du vent d'est. Après avoir navigué durant onze jours ou environ, ils parvinrent à une mer dont les ondes épaisses exhalaient une odeur fétide, cachaient de nombreux récifs et n'étaient éclairées que faiblement. Craignant de périr, ils changèrent la direction de leurs voiles, coururent vers le sud durant douze jours, et atteignirent l'île des Moutons, où d'innombrables troupeaux de moutons paissaient sans berger et sans personne pour les garder.

Ayant mis pied à terre dans cette île, ils y trouvèrent une source p224d'eau courante et près de là un figuier sauvage. Ils prirent et tuèrent quelques moutons, mais la chair en était tellement amère qu'il était impossible de s'en nourrir. Ils n'en gardèrent que les peaux, naviguèrent encore douze jours vers le sud, et aperçurent enfin une île qui paraissait habitée et cultivée ; ils en approchèrent afin de savoir ce qui en était ; peu de temps après ils furent entourés de barques, faits prisonniers et conduits à une ville située sur le bord de la mer. Ils descendirent ensuite dans une maison où ils virent des hommes de haute stature et de couleur rousse, 185 qui avaient peu de poil et qui portaient des cheveux longs (non crépus), et des femmes qui étaient d'une rare beauté. Durant trois jours ils restèrent prisonniers dans un appartement de cette maison. Le quatrième ils virent venir un homme parlant la langue arabe, qui leur demanda qui ils étaient, pourquoi ils étaient venus, et quel était leur pays. Ils lui racontèrent toute leur aventure ; celui leur donna de bonnes espérances et leur fit savoir qu'il était interprète du roi. Le lendemain ils furent présentés au roi, qui leur adressa les mêmes questions, et auquel ils répondirent, comme ils avaient déjà répondu la veille à l'interprète, qu'ils s'étaient hasardés sur la mer afin de savoir ce qu'il pouvait y avoir de singulier et de curieux, et afin de constater ses extrêmes limites.

Lorsque le roi les entendit ainsi parler, il se mit à rire et dit à l'interprète : "Explique à ces gens-là que mon père ayant jadis prescrit à quelques-uns d'entre ses esclaves de s'embarquer sur cette mer, ceux-ci la parcoururent dans sa largeur durant un mois, jusqu'à ce que, la clarté (des cieux) leur ayant tout à fait manqué, ils furent obligés de renoncer à cette vaine entreprise. Le roi ordonna de plus à l'interprète d'assurer les aventuriers de sa bienveillance afin qu'ils conçussent une bonne opinion de lui, ce qui fut fait. Ils retournèrent donc à leur prison, et y restèrent jusqu'à ce qu'un vent d'ouest s'étant élevé on leur banda les yeux, on les fit entrer dans une barque et on p225les fit voguer durant quelque temps sur la mer. "Nous courûmes," disent-ils, "environ trois jours et trois nuits, et nous atteignîmes ensuite une terre où l'on nous débarqua les mains liées derrière le dos, sur un rivage où nous fûmes abandonnés. Nous y restâmes jusqu'au lever du soleil, dans le plus triste état, à cause des liens qui nous serraient fortement et nous incommoaient beaucoup ; enfin ayant entendu du bruit et des voix humaines, nous nous mîmes à pousser des cris. Alors quelques habitants de la contrée vinrent à nous, nous ayant trouvés dans une situation si misérable, nous délièrent et nous adressèrent diverses questions auxquelles nous répondîmes par le récit de notre aventure. C'étaient des Berbères. L'un d'entre eux nous dit : "Savez-vous quelle est la distance qui vous sépare de votre pays ?" Et sur notre réponse négative, il ajouta : "Entre le point où vous vous trouvez et votre patrie il y a deux mois de chemin." Le chef des aventuriers dit alors : wâ asafî (hélas) ; voilà pourquoi le nom de ce lieu est encore aujourd'hui Asafî. C'est le port dont nous avons déjà parlé comme étant à l'extrémité de l'occident.

De Lisbonne, en suivant les bords du fleuve et en se dirigeant vers l'orient, jusqu'à Santarem, on compte 80 milles. On peut s'y rendre à volonté par terre ou par eau. 186 Dans l'intervalle est la plaine de Balâta. Les habitants de Lisbonne et la plupart de ceux du Gharb disent que le blé qu'on y sème ne reste pas en terre plus de quarante jours, et qu'il peut être moissonné au bout de ce temps. Ils ajoutent qu'une mesure en rapporte cent, plus ou moins.

Santarem est une ville bâtie sur une montagne très-haute. Du côté du midi se trouve un grand précipice. Cette ville n'a point de murailles, mais au pied de la montagne est un faubourg bâti sur le bord du fleuve (du Tage) ; on y boit de l'eau de source et de l'eau du fleuve. p226Il y a beaucoup de jardins produisant des fruits et des légumes de touteº espèce.

De Santarem à Badajoz on compte 4 journées. A droite de la route est Elvas, ville forte située au pied d'une montagne. Dans la riante contrée qui l'environne sont de nombreuses habitations et des bazars. Les femmes y sont d'une grande beauté.

De là à Badajoz, 12 milles.

De Mérida à Caracuel, forteresse, 5 journées.

De Caracuel à Calatrava, sur les bords de la Iâna (Guadiana), (la distance manque).

Ce dernier fleuve prend sa source dans des prairies situées au-dessus de Calatrava, passe auprès du village de Iâna, puis auprès de Calatrava, puis à la forteresse d'Aranda, puis à Mérida, puis à Badajoz, puis auprès de Cherîcha (Xeres los Caballeros), puis à Mertola, puis se jette dans l'Océan.

De Calatrava à Aralia, forteresse, 2 journées. De là à Tolède, 1 journée.

De Calatrava, en se dirigeant vers le nord, à la forteresse d'al‑Balât, 2 journées.

De ce fort à Talavera, 2 journées.

De Cantara as‑saif à al‑Makhâdha, 4 journées.

D'al‑Makhâdha à Talavera, 2 journées.

De Mérida à Medellin, 2 journées faibles. Cette dernière forteresse est bien peuplée ; ses cavaliers et ses fantassins font des incursions et des razzias dans le pays des chrétiens.

p227 De Medellin à Truxillo, 2 journées faibles.

187 Cette dernière ville est grande et ressemble à une forteresse ; ses murs sont très-solidement construits, et il y a des bazars bien approvisionnés. Les habitants de cette place, tant piétons que cavaliers, font continuellement des incursions dans le pays des chrétiens. Ordinairement ils exercent des brigandages et se servent de ruses.

De là à Caceres, 2 journées faibles. Cette dernière place est également forte ; on s'y réunit pour aller piller et ravager le pays des chrétiens.

De Miknésa à Makhâdha al‑Balât, 2 journées.

D'al‑Balât à Talavera, 2 journées.

Talavera est une grande ville bâtie sur les bords du Tage ; la citadelle est parfaitement fortifiée, et la ville est remarquable par sa beauté, son étendue et la variété de ses productions. Les bazars sont curieux à voir, et les maisons agréablement disposées ; un grand nombre de moulins s'élèvent sur le cours du fleuve. Capitale d'une province importante, Talavera est environnée de champs fertiles. Ses quartiers sont beaux et anciens ; on y trouve des monuments d'une haute antiquité. Cette ville est située à 70 milles de Tolède.

La ville de Tolède, à l'orient de Talavera, est une capitale non moins importante par son étendue que par le nombre de ses habitants. Forte d'assiette, elle est entourée de bonnes murailles et défendue par une citadelle bien fortifiée. Elle a été fondée, à une époque très-ancienne, par les Amalécites. Elle est située sur une éminence, et l'on voit peu de villes qui lui soient comparables pour la solidité et la p228hauteur des édifices, la beauté des environs, et la fertilité des campagnes arrosées par le grand fleuve qu'on nomme le Tage. On y voit un aqueduc très-curieux, composé d'une seule arche au-dessous de laquelle les eaux coulent avec une grande violence et font mouvoir, à l'extrémité de l'aqueduc, une machine hydraulique qui fait monter les eaux à 90 coudées de hauteur ; parvenues au-dessus de l'aqueduc, elles suivent la même direction (littéral. elles coulent sur son dos) et pénètrent ensuite dans la ville.

A l'époque des anciens chrétiens, Tolède fut la capitale de leur empire et un centre de communications. Lorsque les musulmans se rendirent maîtres de l'Andalousie, ils trouvèrent dans cette ville des richesses incalculables, entre autres cent soixante-dix couronnes d'or enrichies de perles et de pierres précieuses, 188 mille sabres royaux et ornés de bijoux, des perles et des rubis par boisseaux, quantité de vases d'or et d'argent, la table de Salomon, fils de David, qui, dit-on, était faite d'une seule émeraude et qui est actuellement à Rome.

Les jardins qui environnent Tolède sont entrecoupés de canaux sur lesquels sont établis des roues à chapelet destinées à l'arrosage des vergers, qui produisent, en quantité prodigieuse, des fruits d'une beauté et d'une bonté inexprimables. On admire de tous côtés de beaux domaines et des châteaux bien fortifiés.

A quelque distance, au nord de la ville, on aperçoit la chaîne des hautes montagnes dites ach-Chârât (Sierra), qui s'étendent depuis Medinaceli jusqu'à Coïmbre, à l'extrémité de l'occident. Ces montagnes nourrissent quantité de moutons et de boeufs, que les marchands de bétail expédient au loin. On n'en trouve jamais de maigres ; au contraire ils sont tous extrêmement gras ; c'est un fait proverbialement répandu dans toute l'Espagne.

Non loin de Tolède est un village connu sous le nom de Maghâm, p229dont le sol et les montagnes produisent une terre comestible supérieure à toutes celles qu'on peut rencontrer dans l'univers. On en expédie en Égypte, en Syrie, dans les deux Irâcs et dans le pays des Turcs. Cette terre est très-agréable au goût et elle est excellente pour ôter les choses avec lesquelles on s'est nettoyé la tête. On trouve également dans les montagnes de Tolède des mines de cuivre et de fer. Au nombre des dépendances de cette ville et au pied des montagnes est Madrid, petite ville bien peuplée et château fort ; du temps de l'islamisme, il y existait une mosquée cathédrale où l'on faisait toujours la khotba. Il en était de même d'al‑Fahmîn, ville bien habitée, pourvue de beaux bazars et d'édifices, où l'on voyait une mosquée cathédrale et une mosquée paroissiale ; on y faisait toujours la khotba. Tout ce pays aujourd'hui est, ainsi que Tolède, au pouvoir des chrétiens dont le roi, d'origine castillane, est un descendant du roi Alphonse.

189 A 50 milles ou deux journées à l'orient de cette capitale est Guadalaxara, jolie ville bien fortifiée et abondant en productions et en ressources de toute espèce. Elle est entourée de fortes murailles et elle a des sources vives. A l'occident de cette ville coule une petite rivière qui arrose des jardins, des vergers, des vignobles et des campagnes où l'on cultive beaucoup de safran destiné pour l'exportation. Cette rivière coule vers le sud et se jette ensuite dans le Tage.

Quant à ce dernier fleuve, il prend sa source dans les montagnes qui se prolongent jusqu'à Alcala et Alpuente, puis, se dirigeant vers l'occident, il descend à Tolède, puis à Talavera, puis à al‑Makhâdha, puis à Alcantara, puis à Conaitira Mahmoud (le petit pont de Mahmoud), puis à la petite ville de Santarem, puis à Lisbonne, où il se jette dans la mer.

De Guadalaxara, en se dirigeant vers l'orient, à Medinaceli, 50 milles.

p230 Cette dernière ville est jolie ; située dans un bas-fond, elle est vaste et possède un grand nombre d'édifices, de jardins et de vergers.

De là à Santa-Maria d'Ibn‑Razîn (Albarracin), 3 journées faibles, et à Alpuente, 4 journées.

De Santa-Maria à Alpuente, 2 journées.

Ces deux villes sont belles, bien peuplées et pourvues de marchés permanents ; on y voit beaucoup de champs cultivés et des fruits de toute sorte. C'étaient, au temps où ce pays était soumis à la domination musulmane, les demeures des Câtim.

De Medinaceli à Calatayud, 50 milles vers l'orient.

Calatayud est une ville considérable, forte et bien défendue, et dont le territoire est planté de beaucoup d'arbres et produit beaucoup de fruits. Des sources nombreuses et des ruisseaux fertilisent cette contrée où l'on peut se procurer de tout à bon marché. On y fabrique de la poterie dorée qu'on exporte au loin.

De Calatayud, en se dirigeant vers le sud, à Daroca, on compte 18 milles.

Cette dernière ville est peu considérable, mais populeuse et bien habitée ; elle a beaucoup de jardins et de vignobles ; on y trouve de tout en abondance et à bon marché.

190 De Daroca à Saragosse, 50 milles.

De Calatayud à Saragosse, également 50 milles.

Saragosse est l'une des villes capitales de l'Espagne. Elle est grande et très-peuplée. Ses rues sont larges, ses maisons fort belles. Elle est entourée de vergers et de jardins. Les murailles de cette ville sont construites en pierres très-fortes ; elle est bâtie sur les bords du grand fleuve qu'on nomme l'Èbre. Ce fleuve provient en partie du pays des chrétiens, en partie des montagnes de Calatayud, et en partie des environs p231de Calahorra. La réunion de ces divers cours d'eau s'effectue au-dessus de Tudèle. Le fleuve coule ensuite vers Saragosse, puis vers la forteresse de Djibra (Chiprana), puis il reçoit les eaux de la rivière des Oliviers (la Cinca), puis il coule vers Tortose, ville à l'occident de laquelle il se jette dans la mer. Saragosse porte aussi le nom d'al‑medîna al‑baidhâ (la ville blanche), parce que la plupart de ses maisons sont revêtues de plâtre ou de chaux. Une particularité remarquable, c'est qu'on n'y voit jamais de serpents. Lorsqu'un reptile de cette espèce y est apporté du dehors, il périt à l'instant. Il existe à Saragosse un très-grand pont sur lequel on passe pour entrer dans la ville, qui a de fortes murailles et des édifices superbes.

De Saragosse à Huesca, 40 milles.

De Huesca à Lérida, 70 milles.

De Saragosse à Tudèle, 50 milles.

Lérida est une petite ville bien habitée, entourée de fortes murailles et bâtie sur les bords d'une grande rivière.

De Mequinenza à Tortose on compte 2 journées ou 50 milles.

Tortose est une ville bâtie au pied d'une montagne et ceinte de fores murailles. Il y a des bazars, de beaux édifices, des artisans et des ouvriers. On y construit de grands vaisseaux avec le bois que produisent les montagnes qui l'environnent, et qui sont couvertes de pins d'une grosseur et d'une hauteur remarquables. Ce bois est employé pour les mâts et les vergues des navires ; il est de couleur rougeâtre, son écorce est luisante, il est résineux, durable, et il n'est pas, comme les autres, sujet à être détérioré par les insectes. Il a une grande réputation.

De Tortose à l'embouchure du fleuve, 12 milles.

191 De Tortose à Tarragone, 50 milles.

Tarragone est une ville juive bâtie sur les bords de la mer. Elle a des murs de marbre, des forts et des tours. Il n'y demeure que peu de chrétiens.

p232 De Tarragone à Barcelone, en se dirigeant vers l'orient, 60 milles.

De Tarragone, en se dirigeant vers l'occident, à l'embouchure de l'Èbre, fleuve qui est ici d'une grande largeur, 40 milles.

De cette embouchure en se dirigeant vers l'occident et près de la mer au château fort de Cachtélî, 16 milles.

Ce dernier château fort est beau et solidement construit sur les bords de la mer ; la garnison est brave. Près de là est un grand village environné de cultures.

Du château de Cachtélî, en se dirigeant vers l'occident, au village de Yâna près de la mer, 6 milles.

De Cachtélî à Peñiscola, place forte sur le rivage, entourée de cultures et de villages, où l'on trouve de l'eau en abondance, 6 milles.

De Peñiscola à la montée d'Abîcha, montagne très-haute qui s'élève au-dessus du rivage et sur laquelle passe la route, de sorte qu'on est obligé de gravir jusqu'à son sommet, quoiqu'elle soit fort escarpée, 7 milles.

De là à Burriana, vers l'occident, 25 milles.

Burriana est une ville considérable, bien peuplée, abondante en ressources, entourée d'arbres et de vignobles, et bâtie dans une plaine à 3 milles ou environ de la mer.

De Burriana à Murviédro, réunion de bourgs bien peuplés entourés de vergers arrosés par des eaux courantes et situés à proximité de la mer, 20 milles. De là à Valence, en se dirigeant vers l'occident, 12 milles.

Valence, l'une des villes les plus considérables de l'Espagne, est bâtie dans une plaine et bien habitée. On y trouve beaucoup de marchands p233et de cultivateurs. Il y a des bazars, et c'est un lieu de départ et d'arrivée pour les navires. Cette ville est située à trois milles de la mer où l'on parvient en suivant le cours d'un fleuve dont les eaux sont utilement employées à l'arrosage des champs, des jardins, des vergers et des maisons de campagne.

De Valence à Saragosse, en passant par Cutanda, 8 journées.

De Valence à Cutanda, 3 journées.

De Cutanda à Hiçn ar‑rayâhîn, château fort bien peuplé, 2 journées.

192 De Hiçn ar‑rayâhîn à Alpuente, 2 journées.

De Valence à Alcira, sur les bords du Xucar, 18 milles. Cette ville a de beaux environs plantés d'un grand nombre d'arbres fruitiers bien arrosés. Elle compte parmi ses habitants des personnes de qualité et elle est située à côté de la route de Murcie.

D'Alcira à Xativa, 12 milles.

Xativa est une jolie ville possédant des châteaux dont la beauté et la solidité ont passé en proverbe ; on y fabrique du papier tel qu'on n'en trouve pas de pareil dans tout l'univers. On en expédie à l'orient et à l'occident.

De là à Dénia, 25 milles.

Et à Valence, 32 milles.

De Valence à Dénia, en suivant le golfe, 65 milles.

De Valence à la forteresse de Cullera, 25 milles.

Cullera, qui est entourée par la mer et bien fortifiée, est située à l'embouchure du Xucar.

De là à Dénia, 40 milles.

Dénia est une jolie ville maritime avec un faubourg bien peuplé. Elle est ceinte de fortes murailles, et ces murailles, du côté de l'orient, ont été prolongées jusque dans la mer avec beaucoup d'art et d'intelligence. La ville est défendue par un château fort. Elle est entourée de champs cultivés, de vignobles et de plantations de figuiers. Beaucoup de vaisseaux p234s'y rendent ; il y a aussi des chantiers où l'on en construit. Il en part aussi des navires qui se rendent vers les contrées les plus lointaines de l'orient, et c'est de là que sort la flotte en temps de guerre.

Au midi de cette ville est une montagne ronde du sommet de laquelle on aperçoit les hauteurs d'Iviza en pleine mer. Cette montagne s'appelle Câ'oun.

De Zativa à Bocayrente, vers l'occident, 40 milles.

Bocayrente est un lieu fortifié qui a l'importance d'une ville. Il y a un marché très-fréquenté, et, à l'entour, beaucoup de métairies. Il s'y fabrique des étoffes blanches qui se vendent à très-haut prix et qui sont de longue durée. Elles sont incomparables sous le rapport du moelleux et de la souplesse du tissu ; c'est au point que, pour la blancheur et pour la finesse, elles égalent le papier.

De Bocayrente à Dénia, 40 milles.

193 Et à Elche, 40 milles.

Elche est une ville bâtie dans une plaine traverseée par un canal provenant d'une rivière. Ce canal passe sous les murailles de la ville ; les habitants en font usage, car il sert à alimenter des bains, et il coule dans les bazars et dans les rues. Les eaux de la rivière dont nous parlons sont salées. Pour boire, les habitants sont obligés d'apporter du dehors de l'eau pluviale, qu'ils conservent dans des jarres.

D'Elche à Orihuela, ville baie sur les bords de la rivière Blanche, qui est aussi le fleuve de Murcie, 28 milles.

Les murs d'Orihuela, du côté de l'occident, sont baignés par ce fleuve ; un pont de bateaux donne accès à la ville. Elle est défendue par un château très-fort, bâti sur le sommet d'une montagne ; elle est entourée p235de jardins et de vergers qui sont proches l'un de l'autre et qui produisent des fruits en quantité prodigieuse. On y jouit de toutes les commodités de la vie. Il y a des bazars et des métairies.

D'Orihuela à la mer, 20 milles.

D'Orihuela à Murcie, 12 milles.

Et à Carthagène, 45 milles.

De Dénia, ville maritime dont il a été plus haut fait mention, à Alicante, en se dirigeant vers l'ouest et en suivant la côte, 70 milles.

Alicante est une ville peu considérable, mais bien peuplée. Il y a un bazar, une mosquée cathédrale et une mosquée paroissiale. La sparte qui y croît s'expédie vers tous les pays maritimes. Le pays produit beaucoup de fruits et de légumes, et particulièment des figues et du raisin. Le château qui défend cette ville, construit sur une montagne que l'on ne peut gravit qu'avec beaucoup de peine, est très-fort. Malgré son peu d'importance, Alicante est un lieu où l'on construit des vaisseaux pour le commerce et des barques. Dans le voisinage, du côté de l'occident, est une île qui porte le nom de Plana. Elle est à 1 mille de distance de la côte ; c'est dans ce port excellent que se cachent les navires des ennemis. Vis-à-vis de cette île est le cap du garde (Santa-Pola). De là à Alicante on compte 10 milles.

194 D'Alicante à Elche par terre, 1 journée faible.

Et d'Alicante aux bouches de Bélich, 57 milles.

Bélich, avec des ports, est un grand étang formé par les embouchures de torrents et où entrent les navires.

De Bélich à l'île des souris (Isla Grosa), 1 mille.

De cette île à la terre ferme, 1 mille et demi.

De là au cap al‑Cabtél (Cap de Palos), 12 milles.

p236 De là à Bortomân al‑cabîr (Puerto Pormann), port, 30 milles.

De là à Carthagène, 12 milles.

Carthagène est le port de la ville de Murcie. C'est une ville ancienne, possédant un port qui sert de refuge aux plus grands comme aux plus petits navires, et qui offre beaucoup d'agréments et de ressources. Il en dépend un territoire connu sous le nom d'al‑Fondoun, d'une rare fertilité. On rapporte qu'une seule pluie y mûrit les grains, qui sont d'une qualité parfaite.

De Carthagène, en suivant la côte, à Chadjéna, bon port non loin d'un village, 24 milles.

De là à Akila (Torre de las Aguilas), petit château fort situé sur le bord de la mer et qui est le port de Lorca, dont il est éloigné de 25 milles, 12 milles.

De là à la rivière de Vera, au fond d'un golfe, 42 milles. Près de l'embouchure de cette rivière est une haute montagne sur laquelle est bâti le fort de Vera, qui domine la mer.

De là à l'île nommée Carbonera, 12 milles.

Puis à ar‑Racîf, 6 milles.

Puis à ach-Châma al‑baidhâ, 8 milles.

Puis au cap Câbita ibn‑Aswad (cap de Gata), 6 milles.

De là à Almérie, 12 milles.

De Carthagène à Murcie on compte, par terre, 40 milles.

Murcie, capitale du pays de Todmîr, est située dans une plaine sur les bords de la rivière Blanche. Il en dépend un faubourg florissant et bien peuplé, qui, ainsi que la ville, est entouré de murailles et de fortifications très-solides. Ce faubourg est traversé par des eaux courantes. Quant à la ville, elle est bâtie sur l'une des rives de la rivière ; on y parvient au moyen d'un pont de bateaux. Il y a des moulins construits p237sur des navires, comme les moulins de Saragosse, qui peuvent se transporter d'un lieu à un autre, 195 et quantité de jardins, de vergers, de terres labourables et de vignobles complantés de figuiers. De cette ville dépendent divers châteaux forts, des villes importantes et des districts d'une beauté incomparable.

De Murcie à Valence on compte 5 journées.

De Murcie à Almérie, en suivant la côte, 5 journées,

A Cordoue, 10 journées.

A Segura, 4 journées.

A Chinchilla, 50 milles.

Chinchilla est une ville de moyenne grandeur défendue par un château fort, et entourée de vergers. On y fabrique des tapis de laine qu'on ne saurait imiter ailleurs, circonstance qui dépend de la qualité de l'air et des eaux. Les femmes y sont belles et intelligentes.

De là à Cuenca, 2 journées.

Cuenca est une ville petite, mais ancienne. Elle est située près d'une mare formée artificiellement, et entourée de murailles, mais sans faubourg. Les tapis de laine qu'on y fait sont d'excellente qualité.

De Cuenca à Calaça, vers l'orient, 3 journées.

Ce dernier lieu est fortifié et construit sur le revers de montagnes où croissent beaucoup de pins. On en coupe le bois et on le fait descendre par eau jusqu'à Dénia et à Valence. En effet, ces bois vont par la rivière de Calaça à Alcira, et de là au fort de Culelra où ils descendent p238dans la mer ; ensuite on les embarque pour Dénia où ils sont employés à la construction des navires, ou bien, s'ils sont larges, pour Valence où ils servent à celle des maisons.

De Calaça à Santa-Maria, 3 journées.

De Calaça à Alpuente, même distance.

De Cuenca à Huete, même distance.

Huete et Ucles sont deux villes de moyenne grandeur, entourées de champs cultivés, et distantes l'une de l'autre de 18 milles.

D'Ucles à Segura, 3 journées.

Segura est un fort habité comme une ville, situé sur le sommet d'une montagne très-haute et très-escarpée. Ses constructions sont belles. Du pied des montagnes surgissent deux rivières, dont l'une est celle de Cordoue ou le Nahr al‑kebîr (la grande Rivière), 196 et l'autre celle de Murcie ou le Nahr al‑abyadh (la rivière Blanche).

La première (celle de Cordoue) sort d'un étang formé par la réunion des eaux, au sein de la montagne, puis se cache sous les rochers et en ressort, se dirigeant à l'ouest vers le mont Nadjda, puis vers Ghâdira et Ubeda, passe au sud de la ville de Baeza, puis auprès du fort d'Andujar, d'al‑Coçair, du pont d'Echtechân, de Cordoue, des forts d'Almodovar, d'al‑Djorf, de Lora, d'Alcolea, de Cantillana, d'az‑Zarâda, de Séville, de Cabtâl, de Cabtôr, de Trebujena, d'al‑Masâdjid (San-Lucar), de Cadix, puis se jette dans l'Océan.

L'autre, c'est-à-dire la rivière Blanche ou de Murcie, sort des mêmes montagnes (on prétend qu'elle dérive du même lieu que la rivière de p239Cordoue), puis se dirige tout à fait vers le midi en passant près du fort de Ferez, de Mula, de Murcie, d'Orihuela, d'Almodovar, puis se jette dans la mer.

De Segura à Sorita (Almonacid de Zorita), ville de moyenne grandeur, dont le territoire est beau et fertile, 2 journées. Dans le voisinage se trouve le fort de Fita (Hita).

De ce fort à Tolède, 2 journées.

Celui qui veut se rendre de Murcie à Almérie doit passer par Cantara Eschcâba (Alcantarilla), Lebrilla, Alhama et Lorca, ville importante, fortifiée sur une montagne, avec bazar et faubourg entouré de murs et situé au-dessous de la ville. Le marché, la douane et le marché aux drogueries se trouvent dans le faubourg. Le pays produit de la terre jaune (de l'ocre) et de la terre rouge (de la sanguine) dont il se fait une grande exportation.

De Lorca à Murcie on compte 40 milles.

Aux puits d'ar‑Rataba et à Vera, place forte sur un rocher escarpé 197 qui domine la mer, 1 journée.

De là à la montée de Chacar (Mujacar), montée tellement escarpée qu'un cavalier ne peut la gravir qu'en mettant pied à terre (la distance manque).

De cette montée à la Râbita, qui n'est point un fort ni un village, mais une caserne où sont des gardes chargés de veiller à la sûreté du chemin, 1 journée.

De là à Almérie, 1 journée faible.

Almérie était la ville principale des musulmans à l'époque des Almoravides. p240Elle était alors très-industrieuse et on y comptait, entre autres, huit cents métiers à tisser la soie, où l'on fabriquait des étoffes connues sous le nom de holla, de dîbâdj, de siglaton, d'ispahânî, de djordjânî ; des rideaux ornés de fleurs, des étoffes ornées de clous, de petits tapis, des étoffes connues sous les noms de 'attabî (tabis), de mi'djar etc.

Avant l'époque actuelle Almérie était également fort renommée pour la fabrication d'ustensiles en cuivre et en fer et d'autres objets. La vallée qui en dépend produisait une quantité considérable de fruits qu'on vendait à très-bon marché. Cette vallée, connue sous le nom de celle de Pechina, est située à 4 milles d'Almérie. On y voyait nombre de vergers, de jardins et de moulins, et ses produits étaient envoyés à Almérie. Le port de cette ville recevait des vaisseaux d'Alexandrie et de toute la Syrie, et il n'y avait pas, dans toute l'Espagne, de gens plus riches, plus industrieux, plus commerçants que ses habitants, ni plus enclins, soit au luxe et à la dépense, soit à l'amour de thésauriser.

Cette ville est bâtie sur deux collines séparées par un ravin où sont des habitations. Sur la première est le château, renommé par sa forte position ; sur la seconde, dite Djebel Lâham, est le faubourg ; le tout est entouré de murs et percé de portes nombreuses. Du côté de l'occident est le grand faubourg nommé le faubourg du réservoir, entouré de murs, renfermant un grand nombre de bazars, d'édifices, de caravansérails et de bains. En somme Almérie était une ville très-importante, très-commerçante et très-fréquentée par les voyageurs ; ses habitants étaient riches ; 198 ils payaient comptant avec plus de facilité qu'on ne le p241faisait dans aucune autre ville d'Espagne, et ils possédaient d'immenses capitaux. Le nombre des caravansérails enregistrés aux bureaux de l'administration comme tenus à payer l'impôt sur le vin, était de mille moins trente (970). Quant aux métiers à tisser, ils étaient, comme nous venons de le dire, également très-nombreux.

Le terrain sur lequel est bâtie cette ville est, jusqu'à un certain rayon, de tous côtéx fort pierreux. Ce ne sont que roches amoncelées et que caillous durs et aigus ; il n'y a point de terre végétale ; c'est comme si on avait passé au crible ce terrain et qu'on eût fait exprès de n'en conserver que les pierres. A l'époque où nous écrivons le présent ouvrage, Almérie est tombée au pouvoir des chrétiens. Ses agréments ont disparu, ses habitants ont été emmenés en esclavage, les maisons, les édifices publics ont été détruits et il n'en subsiste plus rien.

Parmi les dépendances ou paroisses de cette ville sont Berja et Dalias.

La distance qui sépare Almérie de la première de ces villes est de 1 forte journée.

De Berja à Dalias on compte environ 8 milles.

Berja, plus considérable que Dalias, possède des marchés, des fabriques et des champs cultivés.

On peut se rendre d'Almérie à Malaga par terre ou par mer.

La première de ces voies fait plusieurs détours ; la distance est de 7 journées.º

Par mer on compte 180 milles ;

Savoir :

D'Almérie au bourg d'al‑Badjânis sur mer, 6 milles.

(La route de terre de Berja et de Dalias passe par al‑Badjânis.)

De ce bourg à l'extrémité du golfe où est une tour où l'on allume p242du feu pour avertir de l'approche de bâtiments ennemis, 6 milles.

De ce cap au port d'an-Nobaira, 22 milles.

De là au bourg d'Adra sur mer, 12 milles.

Ce bourg, ou cette petite ville, n'est point un lieu de marché, mais il y a des bains et un caravansérail, et il est très-peuplé. A l'occident est l'embouchure d'une grande rivière qui vient des montagnes de Cholair, reçoit les eaux de Berja et autres, et se jette ici dans la mer.

D'Adra à Belîséna (Torre de Melisena), bourg peuplé sur les bords de la mer, 20 milles.

De là à Marsâ al‑Ferrôh (Castillo de Ferro), petit port ressemblant à un étang, 12 milles.

199 De là à Baterna, bourg où l'on trouve une mine de mercure, métal qui est ici d'une qualité supérieure, 6 milles.

De là à Salobreña, bourg, 12 milles.

De là à Almuñecar sur mer, 8 milles.

Cette dernière ville est de moyenne grandeur, mais jolie. On y pêche beaucoup de poisson et on y recueille beaucoup de fruits. Au milieu de cette ville est un édifice carré et ressemblant à une colonne, large à sa base, étroit à son sommet. Il y existe des deux côtés une cannelure, et ces deux cannelures se joignent et se prolongent de bas en haut. Vers l'angle formé par un de ceux côtés est un grand bassin creusé dans le sol et destiné à recevoir les eaux amenées d'environ 1 mille de distance par un aqueduc composé d'arcades nombreuses construites en pierres très-dures. Les hommes instruits d'Almuñecar disent que l'eau s'élançait p243autrefois au sommet de l'obélisque et descendait ensuite du côté opposé où était un petit moulin. Sur une montagne qui domine la mer, on en voit encore aujourd'hui des vestiges, mais personne n'en connaît l'ancienne destination.

D'Almuñecar à Grenade, par terre, 40 milles.

D'Almuñecar, en suivant la côte, au bourg de Chet, 12 milles.

Ce bourg produit des raisins secs d'une beauté et d'une grandeur remarquables ; ils sont de couleur rouge et d'un goût aigre-doux. On en expédie dans toute l'Espagne, et ils sont connus sous le nom de raisins de Chet.

De ce bourg à celui de Torrox, sur le bord de la mer, 12 milles.

De là au château de Merîa-Bellich (Torre del Mar), petite forteresse p244sur le bord de la mer, à l'occident de laquelle est l'embouchure de la rivière dite al‑Mallâha (Rio de Velez), 12 milles. Cette rivière vient du côté du nord, passe à Alhama et près du district du château de Çâliha, où elle reçoit toutes les eaux de la Çâliha, descend au bourg d'al‑Fachât, puis se jette dans la mer à l'occident de Merîa-Bellich.

De ce château au bourg d'aç-Çaira, où il y a un cap, 7 milles.

200 De ce cap à Bizilyâna (las Ventas de Mesmiliana), gros bourg situé dans une plaine sablonneuse, pourvu de bains, de caravansérails, et de madragues au moyen desquelles on prend beaucoup de poisson, qui s'expédie dans les pays environnants, 7 milles.

De Bizilyâna à Malaga, 8 milles.

Malaga est une ville très-belle, très-peuplée, très-vaste, enfin une ville magnifique. Ses marchés sont florissants, son commerce étendu et ses ressources nombreuses. Le territoire environnant est planté en vergers de figuiers, produisant des fruits connus sous le nom de figues de Raiya qu'on expédie en Égypte, en Syrie, dans l'Irâc et même dans l'Inde ; elles sont d'une qualité parfaite. Auprès de la ville sont deux grands faubourgs ; l'un se nomme celui de Fontanella, et l'autre celui des marchands de paille. Les habitants de Malaga boivent de l'eau de puits ; cette eau est presque à fleur de terre, abondante et douce. Il y a aussi un torrent dont les eaux ne coulent que durant l'hiver et le printemps, et qui est à sec le reste de l'année. Notre intention étant, s'il plaît à Dieu, de reparler plus loin de cette ville, nous revenons à Almérie.

p245 Celui qui veut se rendre de cette dernière ville à Grenade d'Elvire, doit faire d'abord 6 milles pour parvenir à Pechina, ville qui a été avant Almérie la capitale de la province, mais dont la population s'est transportée à Almérie, et dont il ne reste plus maintenant que les ruines et la mosquée cathédrale qui est isolée. Autour de Pechina sont des vergers, des jardins, des maisons de campagne, des vignobles et des champs cultivés, qui sont la propriété des habitants d'Almérie. A droite et à 6 milles de Pechina est Alhama, forteresse située sur le sommet d'une montagne. Les voyageurs dans les pays lointains rapportent qu'il n'en est point au monde de plus solidement construite et qu'il n'est point de lieu dont les eaux thermales aient le même degré de chaleur. De tous côtés il y vient des malades, des infirmes ; ils y restent jusqu'à ce que leurs maux soient soulagés ou totalement guéris. Les habitants de la ville (d'Almérie) venaient jadis s'y établir, dans la belle saison, avec leurs femmes et leurs enfants ; ils y dépensaient beaucoup d'argent pour leur nourriture, leur boisson etc., et le loyer d'une habitation s'y élevait quelquefois jusqu'à trois dînârs (moravides) par mois. 201 Les montagnes voisines d'Alhama sont en totalité formées de gypse. On en extrait cette substance, on la brûle et on la transporte à Almérie pour être employée à lier les pierres des édifices et à les plâtrer. Elle s'y vend à très-bon marché à cause de son abondance.

De Pechina au bourg des Beni-'Abdous (Benahadux), 6 milles.

De là à Mondujar, lieu où est une auberge pour les voyageurs qui p246viennent d'Almérie, 6 milles. (La distance entre Almérie et Mondujar est de 1 journée faible.)

Le fort de Mondujar est construit sur une colline dont la terre est de couleur rouge, et auprès de laquelle coule une rivière. L'auberge est dans le village ; on trouve à y acheter du pain, du poisson et toutes sortes de fruits selon la saison.

De là on se rend à Hamma-Ujijar, puis aux bains de Wachtan, puis à Marchena, lieu situé près le confluent de deux rivières et forteresse très-bien située, très-solidement construite et très-peuplée ; puis au bourg de Boloduy, puis à Hiçn al‑Coçair, fort très-solide et qui domine l'entrée d'un défilé par lequel il faut nécessairement passer ; puis à Khandac-Fobair, puis à ar‑Rataba, puis à Abla où est une station, puis au fort de Fiñana, puis à Çonçal, bourg, puis au commencement de la plaine d'Abla qui a 12 milles de longueur, sans courbure ni inégalité. Le voyageur laisse à sa gauche la chaîne de montagnes dite Cholair de la Neige, au pied de laquelle on remarque divers lieux fortifiés, tels que Ferreira, fort connue par ses noix que le terrain produit en quantité extraordinaire ; elles s'ouvrent sans qu'on ait besoin de les casser et nulle part on n'en trouve d'une meilleure qualité. Une autre forteresse de ces montagnes est Dolar, dont les environs produisent d'excellentes poires ; une seule de ces poires pèse quelquefois une livre d'Andalousie ; communément deux atteignent ce poids ; elles sont d'un goût exquis.

202 De l'extrémité de la plaine d'Abla on se rend à Khandac-Ach et de p247là à Wâdî-Ach (Guadix), ville de médiocre grandeur, ceinte de murailles, où l'on fait des bénéfices dans le négoce, abondamment pourvue d'eau, car il y a une petite rivière qui ne tarit jamais ; puis à Diezma, bourg où est une auberge ; puis à ar‑Rataba, puis à Afraferîda, puis à Wad ; ces villages sont contigus et situés à 8 milles de distance de la ville de Grenade.

Guadix est un point de réunion où aboutissent plusieurs routes. Le voyageur qui (par exemple) veut se rendre de là à la ville de Baza, gravit le mont 'Açim, passe au bourg de . . . . et parvient à Baza après avoir fait 30 milles.

Cette dernière ville est de grandeur moyenne, agréablement située, florissante et bien peuplée ; elle est entourée de fortes murailles et possède un bazar très-propre et des maisons superbes. Il s'y fait du commerce, et il y a des fabriques de divers genres. Non loin de là est p248le château de Tiscar, qui par sa hauteur, la solidité de ses fortifications, la bonté du sol et la pureté de l'air, est préférable à tous les forts de l'Espagne. Il n'est possibleº d'y gravir que par deux points distants entre eux de l'espace de 12 milles et par des sentiers extrêmement étroits ; au sommet de cette montagne sont des troupeaux et des champs cultivés et parfaitement arrosés, de sorte que ce château est aussi remarquable par ses ressources que par son assiette avantageuse.

De Guadiz à Jaen, on compte 2 fortes journées ;

Et de Baza à Jaen, 3 journées faibles.

Jaen est une jolie ville dont le territoire est fertile, et où l'on peut se procurer de tout à bon compte, principalement de la viande et du miel. Il en dépend plus de trois mille villages où l'on élève des vers à soie. La ville possède un grand nombre de sources qui coulent au-dessous de ses murs, et un château des plus forts où l'on ne peut parvenir que par un sentier extrêmement étroit. Elle est adossée contre la montagne de Cour, entourée de jardins, de vergers, de champs où l'on cultive du blé, de l'orge, des fèves, et toute sorte de céréales et de légumes. A un mille de la ville coule la rivière de Bollon, qui est considérable et sur laquelle on a construit un grand nombre de moulins. Jaen possède également une mosquée cathédrale, des personnes de distinction et des savants.

p249 De là à Baeza, on compte 20 milles. De Jaen on aperçoit Baeza, et récipoquement. La deuxième de ces villes (Baeza) est bâtie sur une colline qui domine la Grande Rivière (celle de Cordoue), ceinte de murailles et pourvue de bazars. Les champs qui l'environnent sont bien cultivés et produisent beaucoup de safran. A 7 milles de distance vers l'orient, non loin du même fleuve, est Ubeda, petite ville dont le territoire produit beaucoup de blé et d'orge.

Dans l'espace compris entre Jaen, Baeza et Guadix, sont divers lieux fortifiés, florissants, ressemblant à des villes, bien habités et produisant de tout en abondance. Tel est Jodar, forteresse importante, située à l'orient de Jaen et vis-à-vis Baeza, d'où le khilât (?) dit Jodarî tire son nom. De là au fort de Toya, vers l'orient, on compte 12 milles. Puis à Quesada, fort peuplé comme une ville, possédant des bazars, des bains, des caravansérails et un faubourg. Ce lieu est situé au pied d'une montagne où l'on coupe le bois qui sert à tourner des gamelles, des jarres, des plats et autres ustensiles dont il se fait un grand débit tant en Espagne que dans la majeure partie de l'Afrique occidentale. Cette montagne se prolonge jusqu'auprès de Baza.º De là (de Quesada) à Jaen, on compte 2 journées ;

A Guadix, 2 journées ;

Et à Grenade, 2 journées ;

p250 Et de Guadix à Grenade, 40 milles.

Grenade fut fondée à l'époque où les grands seigneurs de l'Espagne se déclarèrent indépendants. La capitale de la province était auparavant Elvira dont les habitants émigrèrent et se transportèrent à Grenade. Celui qui en fit une ville, qui la fortifia, l'entoura de murs et fit construire son château, fut Habbous le Çinhédjî, auquel succéda Bâdîs, son fils. Celui-ci acheva les constructions commencées et l'établissement de la population qui subsiste encore aujourd'hui. Cette ville est traversée par une rivière qui porte le nom de Darro. Au midi coule la rivière de la Neige qu'on appelle Genil et qui prend sa source dans la chaîne de montagnes dites Cholair ou montagnes de Neige. Cette chaîne s'étend sur un espace de 2 journées ; sa hauteur est très-considérable, et les neiges y sont perpétuelles. Guadix et Grenade sont au nord des montagnes et la partie des montagnes qui s'étend vers le sud peut être aperçue de la mer à une distance de 100 milles ou environ. 204 Dans la partie inférieure, vers la mer, sont Berja et Dalias, dont nous avons déjà parlé.

De Grenade à Almuñecar, sur mer, on compte 40 milles.

De Grenade à Loja, en suivant le fleuve, 25 milles.

D'Almuñecar à Almérie, après mer, 100 milles.

D'Almuñecar à Malaga, 80 milles.

Malaga est une ville très-belle et très-bien fortifiée. Elle est située au pied d'une montagne qui porte le nom de Faro, et défendue par un château fort. Auprès de la ville sont deux faubourgs sans murailles, mais où l'on trouve des caravansérails et des bains. Le territoire environnant est planté en vergers de figuiers, dont les fruits portent le nom de figues de Raiya, car Malaga est la capitale de la province de Raiya.

De Malaga à Cordoue, en se dirigeant vers le nord, 4 journées.

p251 De Malaga à Grenade, 80 milles ;

A Algéziras, 100 milles ;

A Séville, 5 journées ;

A Marbella, sur la route d'Algéziras, 40 milles.

Marbella est une ville petite, mais bien habitée, et dont le territoire produit des figues en quantité. Au nord est le fort de Bobachtero, d'une très-bonne défense et d'un difficile accès.

Entre Malaga et Cordoue se trouvent divers lieux fortifiés, qui sont en même temps les villes principales dans cette partie du pays. Parmi ces lieux on remarque Archidona et Antequera, villes situées à 35 milles de Malaga, mais dépeuplées par les troubles qui ont eu lieu à l'époque de la grande révolte après la domination d'Ibn‑abî-'Amir (Almanzor), le premier ministre des Omaiyades.

D'Archidona à Iznajar, forteresse contenant une population nombreuse et où se tient un marché très-fréquenté, 20 milles.

Et de là à Priego, 18 milles.

p252 Priego est une ville de peu d'étendue, mais extrêmement agréable, à cause de la quantité d'eaux qui la traversent. Ces eaux font tourner des moulins dans l'intérieur même de la ville dont le territoire, couvert de vignobles et de vergers, est on ne peut pas plus fertile. Ce pays confine du côté de l'orient avec celui du fort dit Alcaudete. La distance entre Priego et Alcaudete est de 1 journée faible. Alcaudete est un fort considérable, bien peuplé, bâti au pied d'une montagne qui fait face à l'occident, 205 et où est un marché très-fréquenté.

De là à Baena, château fort bâti sur une éminence entourée de vergers d'oliviers et de champs ensemencés, 1 journée faible.

De Baena au fort de Cabra, comparable par son importance à une ville, solidement construit et situé dans une plaine couverte d'habitations et de cultures, 1 journée faible.

De là à la ville de Cordoue, 40 milles.

Entre le sud et l'ouest (de Cabra) est Lucena, la ville des juifs. Le faubourg est habité par des musulmans et quelques juifs ; c'est là que se trouve la mosquée cathédrale, mais il n'est point entouré de murs. La ville, au contraire, est ceinte de bonnes murailles ; de toutes parts elle est environnée par un fossé profond et par des canaux dont le trop-plein se décharge dans ce fossé. Les juifs habitent l'intérieur de la ville et n'y laissent pas pénétrer les musulmans. Les juifs y sont plus p253riches qu'en aucun des pays soumis à la domination musulmane, et ils s'y tiennent sur leurs gardes contre les entreprises de leurs rivaux.

De Lucena à Courdoue, on compte 40 milles.

Ces forts sont dans le voisinage de ceux de Polei et de Monturque, lesquels, depuis l'époque des Omaiyades, sont habités par des Berbères.

Du fort de Polei à Cordoue, 20 milles.

Dans le voisinage de Polei est Santa-Ella, lieu fortifié, bâti sur un terrain aride ; l'eau ne se trouve qu'à une grande distance.

De là à Ecija, vers l'occident, on compte 15 milles,

Et à Cordoue, 23 milles.

Ecija est une ville batie sur les bords du fleuve de Grenade, qu'on appelle le Genil. Cette ville est jolie ; elle possède un pont très-remarquable, construit en pierres équarries, des bazars très-fréquentés où il se fait beaucoup de commerce, des jardins et des vergers où la végétation est très-vigoureuse, des enclos d'une belle verdure.

D'Ecija à Cordoue, 35 milles.

206 D'Ecija, en se dirigeant vers le sud, au fort d'Ossuna, place dont la population est considérable, une demi-journée.

Et de là à Belicena, pièce bien habitée et dont les fortifications sont entourées de vergers d'oliviers, 20 milles.

D'Ecija à Carmona, 45 milles.

Cette dernière ville est grande, et ses murailles sont comparables (littéral. semblables) à celles de Séville. Elle était précédemment au pouvoir des Berbères, et ses habitants actuels sont encore très-séditieux. Située sur le sommet d'une montagne, elle est très-forte. La campagne qui l'environne est extrêmement fertile et produit en abondance de l'orge et du froment.

De là, en se dirigeant vers l'occident, à Séville, dont nous avons déjà parlé, on compte 18 milles.

p254 De Carmona à Xerès, ville dépendante de la province de Sidona, 3 journées.

De Séville à Xerès on compte 2 journées très-fortes.

Xerès est une place forte de grandeur moyenne et ceinte de murailles ; ses environs sont d'un agréable aspect, car elle est entourée de vignobles, d'oliviers et de figuiers. Le territoire produit aussi du froment, et les vivres y sont à un prix raisonnable.

De Xerès à l'île de Cadix (l'île de Léon), 12 milles, savoir : de Xerès à al‑Canâtir (les Ponts), 6 milles, et de là à Cadix, 6 milles.

De Séville, dont nous avons déjà parlé, à Cordoue, on compte 3 journées, et l'on peut s'y rendre par trois chemins différents, savoir : par az‑Zanbodjâr, par Lora, ou par le fleuve (le Guadalquivir). Le premier de ces itinéraires (nous l'avons déjà donné) est ainsi qu'il suit :

De Séville à Carmona, 1 journée ;

De Carmona à Ecija, 1 journée ;

Et d'Ecija à Cordoue, 1 journée.

Quant à la route de Lora, la voici : de Séville on se rend à la station d'Abân, puis à Marlich, puis au fort d'Alcolea, où est la station. Entre Marlich et Alcolea, on aperçoit le fort de Cantillana, situé au nord. Alcolea est située sur les bords du Guadalquivir et l'on y arrive au moyen d'un bateau. De là on se rend à al‑Ghairân, puis à Lora, fort situé à la distance d'à peu près un jet de flèche de la route. A droite du voyageur est une grande citadelle, bâtie sur les bords du fleuve. De Lora on va au bourg de Çadif, en face duquel, sur la p255gauche de voyageur, est un fort construit sur une haute montagne. 207 Ce fort s'appelle Chant Fîla ; il appartient depuis longtemps aux Berbères. De Çadif on se rend à Melbâl (?), fort situé sur les bords de la rivière de ce nom, celle qui coule près de Hornachuelos. De ce pont (sic) à Hornachuelos, on compte 12 milles. Du même pont on se rend à Chouchabîl, grand bourg situé sur les bords du Guadalquivir, puis au fort de Morâd (Moratalla), où est la station, puis à al‑Khanâdik, puis p256au fort d'Almodovar, puis à as‑Sawânî, puis à Cordoue, elle but du voyage. La distance totale de Séville à Cordoue est par cette voie de 80 milles.

D'Almodovar, que nous avons déjà nommé, à Hornachuelos, ville bien fortifiée, entourée de quantité de vignes et de vergers, et dans le voisinage de laquelle sont des mines d'argent situées dans un lieu nommé al‑Mardj, 12 milles.

De là à Constantine du Fer, fort important, bien peuplé et entouré de montagnes ou l'on tire en abondance du fer d'une qualité excellente selon l'opinion commune et qui s'exporte dans toutes les provinces de l'Espagne, 16 milles. Non loin de Constantine est le fort de Firrîch, où l'on trouve une carrière d'une espèce de marbre renommé par sa beauté et connu sous le nom de Firrîchî. Ce marbre est en effet le plus blanc, le mieux veiné, le plus dur qu'il soit possible de voir. De ce fort à Gibraleon, on compte 3 faibles journées.

Celui qui veut se rendre par eau de Séville à Cordoue s'embarque sur le fleuve et le remonte en passant par les moulins d'az‑Zarâda, 208 par le coude de la station d'Abân, par Cantillana, par Alcolea, par Lora, par le fort d'al‑Djarf, par Chouchabîl, par le confluent de la rivière de Melbâl, par le fort d'Almodovar, par Wâdî ar‑Rommân, par les moulins de Nâcih, d'où il arrive à Cordoue.

Cordoue est la capitale et la métropole de l'Espagne et le siège du khalifat parmi les musulmans. Les excellentes qualités de ses habitants sont trop nombreuses et trop connues pour qu'il soit nécessaire d'en faire p257mention, et les vertus qui les caractérisent sont trop évidentes pour qu'il soit possible de les passer sous silence. Ils possèdent au plus haut degré l'élévation et la splendeur. Sommités intellectuelles de la contrée consommés dans la piété, ils sont renommés par la pureté de leur doctrine, l'exactitude de leur probité, et la beauté de leurs coutumes, soit en ce qui concerne leur manière de se vêtir et leurs montures, soit en ce qui touche l'élévation des sentiments qu'ils apportent dans leurs assemblées et dans leurs sociétés, ainsi que dans le choix des aliments et des boissons ; joignez à cela qu'ils sont doués du caractère le plus aimable, des manières les plus dignes d'éloges, et que jamais Cordoue ne manqua de savants illustres ni de personnages distingués. Quant aux négociants, ils possèdent des richesses considérables, des ameublements somptueux, de beaux chevaux, et ils ne sont mus que par une noble ambition.

Cordoue se compose de cinq villes contiguës, entourée chacune de murailles qui la séparent des autres et possédant en quantité suffisante des marchés, des caravansérails, des bains et des édifices pour toutes les professions.

La ville s'étend en longueur de l'occident à l'orient, sur un espace de 3 milles. Quant à sa largeur, depuis la porte du pont jusqu'à celle des juifs, située vers le nord, on compte 1 mille. Elle est bâtie au pied d'une montagne qu'on appelle Djebel al‑'Arous (ou de la Nouvelle-Epousée). C'est dans le quartier central que se trouvent la porte du pont et la mosquée cathédrale qui, parmi les mosquées musulmanes, n'a pas sa pareille, tant sous le rapport de l'architecture et de la grandeur des dimensions, que sous celui des ornements.

La longueur de cet édifice est en gros 100 toises, et sa largeur de 80. Une moitié est couverte d'un toit, l'autre est à ciel ouvert. p258Le nombre des nefs couvertes est de dix-neuf. Celui des colonnes, je veux dire celles de la partie couverte, est de mille, tant grandes que petites, en y comprenant celles qui soutiennent la kibla et celles qui soutiennent la grande coupole. Celui des candélabres, destinés à l'illumination, est de cent treize. Les plus grands supportent mille lampes, et les plus petits douze.

Le plancher supérieur de cet édifice se compose de plafonds de menuiserie fixés au moyen de clous sur les solives de la toiture. Tout le bois de cette mosquée provient des pins de Tortose. 209 La dimension de chaque solive est, savoir : en épaisseur, sur une face, de 1 grand empan ; sur l'autre face, de 1 empan moins 3 doigts ; et en longueur, de 37 empans.

Entre une solive et l'autre il existe un intervalle égal à l'épaisseur d'une solive. Les plafonds dont je parle sont entièrement plats et revêtus de divers ornements hexagones ou ronds ; c'est ce qu'on appelle façç (mosaïques) ou dawâyir (cercles). Les peintures ne sont point semblables les unes aux autres, mais chaque plafond forme un tout complet sous le rapport des ornements qui sont du meilleur goût et des couleurs les plus brillantes. On y a employé en effet le rouge de cinabre, p259le blanc de céruse, le bleu lapis, l'oxyde rouge de plomb (minium), le vert de gris, le noir d'antimoine ; le tout réjouit la vue et attire l'âme à cause de la pureté des dessins, de la variété et de l'heureuse combinaison des couleurs.

La largeur de chaque nef de la partie couverte est de 33 empans. La distance qui sépare une colonne de l'autre est de 15 empans. Chaque colonne s'élève sur un piédestal en marbre et est surmontée d'un chapiteau de même matière.

Les entrecolonnements consistent en arceaux d'un style admirable au-dessus desquels s'élèvent d'autres arceaux portant sur des colonnes de pierres équarries très-bien travaillées ; ils sont tous recouverts en chaux et en plâtre, et ornés de cercles en saillie entre lesquels il y a des mosaïques de couleur rouge. Au-dessous des plafonds sont dans lambris en bois, contenant inscrits divers versets du Coran.

La kibla de cette mosquée est d'une beauté et d'une élégance impossibles à décrire, et d'une solidité qui dépasse tout ce que l'intelligence humaine peut concevoir de plus parfait. Elle est entièrement couverte de mosaïques dorées et coloriées envoyées par l'empereur de Constantinople à l'Omaiyade Abdérame, surnommé an-nâcir lidîn allâh.

De ce côté, je veux dire du côté du mihrâb, il y a 7 arcades soutenues par des colonnes ; chacune de ces arcades a plus de 1 toise en hauteur ; elles sont toutes émaillées, travaillées comme une boucle d'oreille, 210 et elles se font remarquer par une délicatesse d'ornements supérieure à tout ce que l'art des Grecs et des Musulmans a produit en ce genre de plus exquis.

Au-dessus d'elles sont deux inscriptions encastrées dans deux cartouches formés de mosaïques dorées sur un fond bleu d'azur. La partie inférieure est ornée de deux inscriptions semblables et encastrées dans des mosaïques dorées sur un fond d'azur. La surface même du mihrâb est p260revêtue d'ornements et de peintures variées. Sur les côtés sont quatre colonnes dont deux sont vertes et deux pommelées d'une inestimable valeur. Au fond du mihrâb est un réservoir en marbre d'un seul bloc, dentelé, sculpté et enrichi d'admirables ornements d'or, d'azur et d'autres couleurs. La partie antérieure est ceinte d'une balustrade en bois orné deº précieuses peintures.

A droite du mihrâb est la chaire qui n'a pas sa pareille dans tout l'univers. Elle est en ébène, en buis et en bois de senteur. Les annales des khalifes Omaiyades rapportent qu'on travailla à la sculpture et à la peinture de ce bois durant sept ans ; que six ouvriers, indépendamment de leurs aides, y furent employés, et que chacun de ces ouvriers recevait par jour un demi-mithcâl mohammedî.

A gauche est un édifice contenant des choses nécessaires, des vases d'or et d'argent, et des candélabres destinés à l'illumination de la 27e nuit du Ramadhân. On voit dans ce trésor un exemplaire du Coran que deux hommes peuvent à peine soulever à cause de sa pesanteur, et dont quatre feuilles proviennent du Coran que 'Othmân fils de 'Affân (que Dieu lui soit favorable !) a écrit de sa propre main ; on y remarque plusieurs gouttes de son sang. Cet exemplaire est extrait du trésor tous les vendredis. Deux d'entre les gardiens de la mosquée, précédés d'un troisième portant un flambeau, sont chargés du soin d'apporter l'exemplaire 211 renfermé dans un étui enrichi de peintures et d'ornements du travail le plus délicat. Un pupitre lui est réservé dans l'oratoire. Après que l'imâm a lu la moitié d'une section du Coran, on rapporte l'exemplaire à sa place (dans le trésor).

A droite du mihrâb et de la chaire est une porte servant à la communication entre la mosquée et le palais et donnant sur un corridor pratiqué entre deux murailles percées de huit portes, dont quatre s'ouvrent du côté du palais et quatre du côté de la mosquée.

p261 Cet édifice a vingt portes recouvertes de lames de cuivre et d'étoiles du même métal. Chacune de ces portes a deux marteaux très-solides ; leurs battants sont ornés de mosaïques travaillées avec art en terre cuite rouge et formant divers dessins tels que des plumes et des oiseaux tronqués.

Tout autour et au haut de l'édifice il y a des carreaux de marbre dont la longueur est de 1 toise, la largeur de 4 empans et l'épaisseur de 4 doigts. Destinés à donner passage à la lumière, ils sont tous travaillés en hexagones et en octogones percés à jour et treillisés de diverses manières, de sorte qu'il ne se ressemblent point entre eux.

Au nord de la mosquée il existe une tour dont la construction est singulière, le travail curieux et la forme d'une beauté rare. Elle s'élève dans les airsº à une hauteur de 100 coudées rachâchî. De la base au balcon où se place leº muedzin (le crieur) on compte 80 coudées, et de là jusqu'au sommet de la tour 20 coudées. On monte au haut de ce minaret au moyen de deux escaliers dont l'un est situé à l'ouest et l'autre à l'est de l'édifice, de sorte que deux personnes parties chacune de son côté du pied de la tour et se dirigeant vers son sommet, ne se rejoignent que lorsqu'elles y sont parvenues. La partie intérieure du mur de cet édifice est entièrement en pierres de l'espèce dite al‑caddzân al‑lokkî et revêtue, à partir du sol jusqu'au sommet de la tour, de beaux ornements, produits des divers arts de la dorure, de l'écriture et de la peinture.

Sur les quatre côtés de la tour règnent deux rangs d'arcades reposant sur des colonnes du plus beau marbre. Le nombre des colonnes existantes p262dans l'intérieur ou à l'extérieur de l'édifice s'élève à trois cents en y comprenant les grandes et les petites. Au haut est un pavillon avec quatre portes destiné au logement des deux crieurs qui doivent y passer la nuit. La nombre total des crieurs est de seize employés chacun à son tour, de telle sorte qu'il y en a toujours deux de service par jour. 212 Au-dessus de la coupole qui couvre ce pavillon on voit trois pommes (ou boules) d'or et deux d'argent, et des feuilles de lys. La plus grande de ces pommes pèse 60 livres de l'espèce de celles dont on se sert pour le pesage de l'huile. Le nombre total des personnes attachées au service de la mosquée est de soixante ; elles sont sous l'inspection d'un intendant. Lorsque l'imâm a commis quelque faute ou négligence dans la prière, il ne fait point ses adorations avant le selâm, mais bien après.

A l'époque où nous écrivons le présent ouvrage, la ville de Cordoue a été écrasée sous la meule du moulin de la discorde ; les rigueurs de la fortune ont changé sa situation, et ses habitants ont éprouvé de très-grands malheurs, en sorte que sa population actuelle est peu considérable. Il n'est pas (cependant) de ville plus célèbre dans toute l'Espagne.

On voit à Cordoue un pont qui surpasse tous les autres en beauté et en solidité de construction. Il se compose de dix-sept arches. La largeur de chaque pile et celle de chaque arche même est de 50 empans ; celle du dos est de 30 empans. Ce pont garni de tous côtés de parapets qui s'élèvent à hauteur d'homme. La hauteur du pont, à partir du trottoir jusqu'au niveau de la plus basses eaux dans les temps de sécheresse, est de 30 coudées. Lors des fortes crues, l'eau atteint à peu près à la hauteur des ouvertures. En aval du pont et au travers p263de la rivière est une digue construite en pierres de l'espèce de celles dites égyptiennes et portant sur de gros piliers de marbre. Au-dessus de cette digue sont trois édifices contenant chacun quatre moulins. En somme la beauté et la magnificence de Cordoue sont au-dessus de tout ce qu'il est possible de savoir et de décrire.

De Cordoue à az‑Zahrâ on compte 5 milles.

Cette dernière ville subsiste encore avec ses murailles et les vestiges de ses palais, et elle est habitée par un petit nombre d'individus et de familles. C'était une ville considérable bâtie en étages, ville sur ville, en sorte que la surface de la ville supérieure était parallèle aux toits de celle du milieu et la surface de celle-ci aux toits de l'inférieure. Toutes étaient entourées de murs. Dans la partie supérieure il existait des palais d'une si grande beauté qu'il est impossible de les décrire. Dans la partie moyenne étaient des jardins et des vergers, en bas les maisons et la grande mosquée. Aujourd'hui cette ville est en ruines et sur le point de disparaîatre.

De Cordoue à Almérie on compte 8 journées ;

A Séville, 80 milles ;

213 A Malaga, 100 milles ;

A Tolède, 9 journées.

Celui qui, partant de Cordoue, veut se rendre à Tolède, gravit la montée d'Arlech, 11 milles.

De là à Dâr al‑bacar (Castillo del Bacar), 6 milles.

De là à Pedroche, 40 milles.

Pedroche est une place forte, bien bâtie, bien peuplée et pourvue de p264hautes fortifications. Ses habitants sont braves et toujours prêts à attaquer leurs ennemis. Les montagnes et les plaines environnantes produisent une espèce de chêne portant un fruit qui surpasse en qualité tous les autres ; aussi les habitants de ce lieu soignent et cultivent cet arbre, parce que ses fruits leur sont fort utiles dans les années de disette.

De Pedroche à Ghâfic, 7 milles.

Ce dernier fort est un bon lieu de refuge ; ses habitants sont braves, courageux, et entreprenants. Souvent, lorsque les chrétiens ont fait une incursion dans le pays des musulmans, ceux-ci s'en remettent aux habitants p265de ce fort du soin les chasser du pays et de leur enlever le butin dont ils se sont emparés ; aussi les chrétiens, connaissant le courage et la bravoure des habitants de Gjâfic, se tiennent autant que possible à distance de leur territoire et évitent d'en approcher.

De là à Djebel‑'Afour (?), 1 journée ;

Puis à Dâr al‑bacar, 1 journée ;

Puis à Calatrava, jolie ville dont nous avons déjà parlé.

L'itinéraire de Cordoue à Badajoz est comme il suit :

De Cordoue à Dâr al‑bacar (Castillo del Bacar), dont nous avons déjà fait mention, 1 journée.

De là au fort de Bînedar, 1 journée.

Puis à Azuaga, fort situé sur une éminence et dont le mur d'enceinte est de terre, 1 journée.

Puis à la rivière de . . . ., 1 journée.

Puis à Alanje, fort très-haut, très-bien construit et d'une très-bonne défense, 1 journée.

De là à Mérida, 1 journée très-faible.

De là à Badajoz, 1 journée faible.

Ce qui forme, pour le total de la distance qui sépare Cordoue de Badajoz, 7 journées.

A partir de la première de ces villes, en se dirigeant vers le nord, on trouve à une journée de distance le fort d'Abâl, auprès duquel sont situées des mines de mercure, d'où l'on extrait ce métal ainsi que le cinabre, 214 destinés à être exportés dans toutes les parties du monde. L'exploitation se fait au moyen de plus de mille ouvriers dont les uns p266descendent dans les puits et travaillent à la coupe des pierres, les autres sont employés au transport du bois nécessaire pour la combustion du minerai, d'autres à la fabrication des vases où l'on fond et où l'on sublime le mercure, et enfin d'autres au service des fours.

J'ai visité moi-même ces mines, et j'ai été informé que leur profondeur, à partir de la surface du sol jusqu'au point le plus bas, est de plus de 250 brasses.

De Cordoue à Grenade on compte 4 journées ou 100 milles ;

Et de Grenade à Jaen, 50 milles ou 2 journées.

La mer de Syrie (la Méditerranée), qui baigne les côtes méridionales de l'Espagne, commence vers le couchant et se termine à Antioche. La distance qui sépare ces deux points est de 36 journées de navigation. Quant à la largeur de cette mer, elle varie beaucoup ; ainsi, par exemple, de Malaga à al‑Mazimma et à Bâdis, lieux situés sur la rive opposée, on compte 1 journée de navigation, en supposant un vent de force moyenne et favorable. A Almérie correspond sur l'autre rive Honain, et la distance est de 2 journées. Dénia est située vis-à-vis de Tenes,º et la distance est de 3 journées. (Enfin) de Barcelone à Bougie, ville située en face, sur la côte de l'Afrique moyenne, on compte par mer 4 journées. Or, la journée de navigation équivaut à 100 milles.

L'île d'Iviza est jolie, plantée en vignobles et produisant beaucoup de raisin ; on y remarque une ville petite, mais agréable et bien peuplée. Le point le plus voisin de cette partie du continent de l'Espagne est Dénia, ville située à 1 journée de navigation. A l'orient de cette île et à 1 journée de distance est l'île de Majorque, dont la capitale est grande et dont le prince gouverneur commande une nombreuse garnison et peut disposer de beaucoup d'armes et de ressources. Egalement à l'orient, on remarque l'île de Minorque, située en face de Barcelone, à 1 journée de distance. De Minorque à l'île de Sardaigne, on compte 4 journées de navigation.


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Page mise à jour le  10 sep 02