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Cette page reproduit un article dans
Syria
Vol. 1 (1920), pp253‑263

Le texte appartient au domaine public :
Frédéric Macler est mort en 1934.

Cette page a fait l'objet d'une relecture soignée
et je la crois donc sans erreur.
Si toutefois vous en trouviez une, je vous prie de me le faire savoir !

p253 L'architecture arménienne
dans ses rapports avec l'art syrien
par
Frédéric Macler

Si l'on fait abstraction de l'obélisque connu sous le nom de "trône de Tiridate", érigé à Garni au quatrième siècle de notre ère, on constate que tout le développement architectural de l'Arménie est postérieur à la chute des Arsacides et qu'il révèle le caractère national de l'architecture, dans un pays aussi vaste et aussi sujet aux influences étrangères que l'était l'Arménie du moyen âge.

Par sa position géographique, cette contrée touchait au sud à la Syrie tandis qu'à l'est, ses frontières se confondaient avec celles de la Perse ; à l'ouest, des territoires furent tantôt arméniens, et tantôt englobés dans les thèmes de l'empire byzantin. C'est dire qu'il faut s'attendre à rencontrer en Arménie des influences syriennes, persanes, cappadociennes et byzantines ; mais tout en subissant ces diverses influences, le génie arménien sut créer un art national, qui ne le céda en rien à ceux de ses voisins, et il a produit des chefs-d'oeuvre qui supportent la comparaison avec ceux des pays limitrophes.

Quoique la chose ne soit pas très aisée, il ne sera pas sans intérêt d'essayer de situer, dans le temps et dans l'espace, les principaux monuments arméniens. A part le "trône de Tiridate", les nombreux témoins de l'ancienne architecture arménienne actuellement connus sont chrétiens.

Suivant une tradition qui relève plus de la légende que de l'histoire, l'apôtre Thaddée, après avoir évangélisé l'Arménie, aurait couvert ce pays d'églises et de couvents.1 Même les couvents et les autres monuments dont on fait remonter la construction à Grégoire l'Illuminateur (quatrième siècle) sont d'une attribution douteuse. En tout cas, si des constructions furent faites par les soins de Grégoire, elles ont disparu sans laisser de traces, et les p254monuments tels que saint Karapet ou Innaknian dans le Tarôn (Mouch), Noravanq, Saghmosavanq, Hohannavanq2 sont, dans leur état actuel, d'une époque bien postérieure au quatrième siècle de notre ère.

D'après une remarque de l'architecte arménien, M. Toramanian, les primitives églises arméniennes étaient construites en bois. C'est ce qui explique leur disparition complète. Sur leur emplacement, surtout lorsqu'il s'agissait de sanctuaires particulièrement importants, on édifia des constructions en pierres, et l'on connaît des édifices arméniens qui datent vraisemblablement du sixième siècle. Ils ne seraient pas alors plus anciens que les églises de Syrie dont le marquis de Vogüé a été le premier à donner d'excellentes reproductions dans sa Syrie Centrale (Paris, 1865‑1877).

On peut donc, avec assez de vraisemblance, faire remonter au sixième siècle les plus anciennes constructions arméniennes ; ce sont les vieilles églises de Tékor (Digor), d'Erérouk, d'Odzoun, qui ont conservé leurs six colonnes, mais qui n'étaient pas surmontées de coupoles et qu'on peut rapprocher notamment de l'église syrienne de Tourmanin.3

p255 Le septième siècle voit construire l'église de Zwarthnots, dans la plaine araratienne, près d'Etchmiadzin. La forme en est polygonale ; c'est la première apparition de ce genre architectural en Arménie. Le monogramme, en grec, de Nersès le Constructeur, souligne l'influence byzantine. La forme polygonale était connue en Syrie ; il suffit de rappeler l'église octogonale de Qal'at Sem'an (cinquième siècle).4 Enfin, on relève à Zwarthnots, parmi les décombres qui jonchent le sol. un certain nombre de motifs ornementaux, tels que les grappes de raisin, les feuilles de vigne, les grenades (fig. 1). Or, à Siah, les montants de la porte du temple de Baalsamin, datant de l'époque d'Hérode, étaient ornés de feuilles de vigne et de grappes de raisin.5 Même dans le Ledja, la décoration des linteaux de temples païens avec des grappes et des ceps remonte à une antiquité fort respectable.6 L'architecte de Zwarthnots a puisé à des sources grecque et syrienne le plan et l'ornementation de l'édifice qu'il avait à élever, et il a produit un des plus beaux types de l'architecture arménienne ancienne.

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Fig. 1. — Zwarthnots. Dessin de M. A. Fetvadjian.

Avec l'avènement des Bagratides à Ani et des Ardzrounis à Van, on assiste au plein épanouissement de l'art architectural arménien. Pendant une période relativement courte, allant de la fin du neuvième au milieu du onzième siècle, le sol de l'Arménie se couvrit d'églises, de couvents, de monuments divers dont les vestiges sont largement suffisants pour donner une idée de l'art et de l'architecture arméniens à cette époque. Il suffit de mentionner, pour le neuvième siècle, les églises d'Ichkhan, de Chirakavan, d'Euchk, de Tathew, de Khakho.

L'église de Khakho ou Khakhou a le double avantage d'être un des plus curieux monuments architecturaux de l'Arménie au neuvième siècle et de montrer le rayonnement de l'art arménien hors des frontières de ce pays. Khakho était un petit village et un grand monastère de la province de Taïq. L'église du couvent, fondée par le roi de Géorgie, David, date de l'an 868, d'après une inscription gravée sur un des piliers. Elle a été édifiée par un architecte arménien, p256ainsi que les nombreuses dépendances qui l'environnent. Cette église de Khakho se nommait aussi Sainte Mère de Dieu, à cause d'un tableau miraculeux qui y fut conservé longtemps et qui fut ensuite transporté dans le couvent géorgien de Gélath (Kélath).

L'Église de Khakhou, comme celle d'Euchk, a quatre colonnes rondes, un dôme et des voûtes. Sur la porte principale, on aperçoit des sculptures représentant des figures humaines et d'autres ornements ; on y voit également des inscriptions géorgiennes en couleur, mais qui sont a moitié effacées. Un des plus beaux ornements de cette église est constitué par ses fenêtres. Comme dans l'église d'Euchk, elles sont doubles, en plein-cintre et montées sur deux colonnettes jumelles à droite et à gauche, et sur une seule colonnette au milieu (fig. 2). Ces fenêtres sont surmontées d'un aigle immense, aux ailes éployées, tenant dans ses serres un chevreuil.

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Fig. 2. — Fenêtre de Khakho. Dessin de M. A. Fetvadjian.

A la même époque, aux neuvième-dixième siècles, une mention spéciale doit être faite des couvents de Sanahin, de Horomos, de Marmachên, de Haghbat, de Khtzkonq. Le onzième siècle marque l'apogée de l'architecture arménienne, avec Ani et ses nombreuses constructions, avec Van, Althamar, Kars.

La chute des royautés bagratides et ardzrouni ne fait pas disparaître chez p257les arméniens le goût pour l'architecture. Au douzième et au treizième siècles, le pays passe sous la domination géorgienne et se couvre une fois encore de monuments nombreux et variés, qui, cette fois, révèlent un art nouveau : l'influence byzantine et l'influence syrienne ont complètement disparu, pour céder le pas à un art plus oriental, qui n'est ni arabe ni seldjoucide, mais bien plutôt l'art persan cultivé à Bagdad sous la domination arabe.

Le quatorzième siècle marque la fin de l'Arménie indépendante ; elle devient la proie des envahisseurs et des destructeurs. Le temps n'est plus où l'on peut songer à construire.

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Les premiers historiens de l'art ont souvent traité de l'art musulman, qu'il fût arabe, persan ou turc. Ils mentionnent rarement l'art arménien. La chose s'explique dans une certaine mesure. L'Arménie n'existant plus, officiellement, depuis la fin du quatorzième siècle, il semblait naturel de qualifier d'art musulman les monuments rencontrés sur le sol de l'ancienne Arménie, devenue Arménie turque ou Arménie persane.

Le Voyage du chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient . . . (Amsterdam, 1735), I, pp215‑216, n'a pas précisément pour but de renseigner le lecteur sur l'art arménien. Et cependant, il cite un fait intéressant l'histoire de l'art : le grand clocher d'Etchmiadzin vient d'être rebâti ; l'église cathédrale compte six cloches ; un des petits clochers a été abattu quelque quarante ans avant le voyage de Chardin, et on ne l'a pas reconstruit ; enfin, les chapelles de Gaïanê et de Ripsimê sont à demi ruinées, et l'on n'y célèbre plus le service divin. Ce dernier renseignement est d'autant plus précieux qu'actuellement Ripsimê et Gaïanê sont en parfait état, ce qui prouve qu'elles ont été restaurées après le voyage de Chardin, et que l'on ne saurait y voir dans monuments du septième siècle, comme on l'a souvent prétendu.

Beaucoup plus important est leº Voyage autour du Caucase . . . (Paris, 1839), de Frédéric Dubois de Montpéreux. Il signale que les plus anciens monuments arméniens, contemporains de la conversion de Tiridate (fin du troisième p258siècle), avaient manifestement subi l'influence de l'architecture romaine. Après Mithridate, ce style se perdit, et "les arméniens restèrent fidèles à cet antique genre oriental, à ce luxe d'ornements et de ciselures, à ces formes massives qu'on remarque dans les portiques de Persépolis7 . . .". La pierre de taille fut seule employée en Arménie, pour l'intérieur comme pour l'extérieur des constructions, et l'on n'y relève nulle part l'usage de la brique.

Poussant plus avant son analyse, Dubois de Montpéreux8 en vient à étudier la cathédrale d'Etchmiadzin ; c'est le seul édifice religieux arménien sur lequel il ait trouvé quelques traces de style grec ; le pourtour de l'église était orné d'une corniche très simple de goût corinthien avec des caissons. "Sur cette corniche, s'appuyaient, de chaque côté de l'église, trois frontons, dont l'un, plus élevé, répondait au dôme, et les deux autres aux bas côtés. . . ." Ces motifs ornementaux ont peu à peu disparu, pour laisser à la cathédrale l'aspect extérieur qu'elle a de nos jours.

Charles Texier, dans sa Description de l'Arménie, la Perse et la Mésopotamie . . . (Paris, 1842, in‑fol.), signale, page 1, que les monuments du moyen âge arménien étaient pour ainsi dire inconnus, et que l'on ne soupçonnait même pas l'importance de cette branche de l'histoire de l'art. Texier a eu l'heureuse fortune de voir l'église de Tékor (Dighour) encore debout et il en relève l'importance ; cette église "offre cette particularité remarquable que tous les arcs des portes et des fenêtres sont exhaussés au-dessus de leur centre. Ce genre de construction a été si souvent imité dans la suite par les Sarrasins, qu'on a regardé comme provenant d'un type musulman tous les monuments qui présentaient cette particularité. . . ." (op. cit., p. x). Texier signale ensuite (op. cit., p120) l'analogie qui existe entre la vielle église de Tékor et la cathédrale d'Ani : le pendentif couronnant la croisée de l'église ; les arcs de l'intérieur sont en plein cintre ; l'extérieur est orné de colonnes engagées, "entre lesquelles se trouvent les portes surmontées d'un arc surhaussé, c'est-à-dire dont le centre ne porte pas sur l'imposte, bien que l'arc soit circulaire. . . ." Il est enfin intéressant de relever cette observation que l'arc aigu était encore inconnu et inusité en Europe, alors que l'on construisait des monuments de style ogival dans le centre de l'Arménie.

p259 Brosset (les Ruines d'Ani . . ., Saint-Pétersbourg, 1860) n'était ni architecte ni artiste. Il donne néanmoins de précieuses reproductions, qui marquent l'état des monuments à la date où il les vit. Pour ce savant, "les églises arméniennes ont, comme cela doit être, une apparence fortement byzantine, tant pour la structure et l'ornementation extérieure, que pour la distribution intérieure des édifices. . . ." (op. cit., p. vii). Il semble toutefois se contredire, lorsqu'il imprime, quelques lignes plus bas, que les coupoles arméniennes sont toujours un cône, aigu ou aplati, reposant sur un cylindre, et que l'on ne rencontre pas en Arménie de dômes hémisphériques. . . .

A. Choisy (Histoire de l'Architecture, Paris, 1899, t. II), a très judicieusement et très finement étudié l'architecture arménienne. Il fait ressortir la différence de procédé entre les architectes de Constantinople d'une part, et ceux de Syrie et d'Arménie d'autre part. Il poursuit l'étude de l'architecture arménienne hors de l'Arménie et reconnaît une influence arménienne très marquée dans l'architecture sud-slave, sur le bas Danube et surtout en Serbie. Tandis que dans certaines architectures, notamment à Byzance, la mosaïque et la décoration colorée jouent un grand rôle, en Arménie au contraire le parement de la pierre joue le rôle principal et le jeu des couleurs s'obtient par l'alternance des assises de pierres de différentes nuances.

L'ogive a deux centres convenait particulièrement à l'Arménie ; "elle y fut admise, et très probablement à la date même où elle se généralisait en Syrie" (op. cit., II, pp21‑23). Le savant auteur relève enfin que la forme du dôme arménien se justifie par la construction en pierre. La coupole sphérique se bâtit aisément en brique ; elle ne convient pas pour les pays où prédomine l'usage de la pierre.

Sans viser à être complet, ce bref exposé permettra de se faire une idée de la question au moment où un savant autrichien, M. J. Strzygowski, entreprit d'étudier d'une façon plus approfondie les origines de l'architecture et de l'art arméniens. Bien qu'il soit malaisé à un profane en matière d'art de se représenter exactement les théories de M. Strzygowski, on essaiera de dégager ses idées principales des nombreuses publications qu'il a consacrées à l'art en Orient.

Indépendamment de l'influence romaine, il existait, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, un art vraiment oriental, qui avait ses foyers principaux en Egypte, en Syrie (Antioche), en Asie Mineure (Éphèse). Cet art était chrétien p260et conservait ou reproduisait de vieilles traditions qui ne devaient rien à Rome. Aussi l'art byzantin a‑t‑il d'abord beaucoup reçu de l'Orient, avant de rayonner à son tour et d'exercer l'influence "byzantin" qu'on s'est plu à reconnaître dans tout l'Orient. Ce phénomène n'a pu s'observer qu'après le sixième siècle, époque où l'art byzantin atteint sa perfection et réalise son unité. C'est du mélange de l'art hellénistique d'une part, de l'art oriental (Egypte, Syrie, Asie Mineure) d'autre part, que naquit l'art byzantin dont la fortune grandit avec la fortune de l'Empire des basileis. Plus récemment, le même savant a voulu donner à l'architecture religieuse arménienne un rôle initiateur qu'on ne peut admettre qu'en attribuant aux monuments des dates contestables et qui sont, au demeurant, fortement contestées, notamment par M. Ch. Diehl.

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Jusqu'ici, les savants de cabinet n'avaient à leur disposition que des documents peu nombreux pour étudier l'art arménien. Il appartenait au peintre arménien, M. A. Felvadjian, de réaliser la plus belle et la plus abondante collection de documents d'art et d'architecture de son pays. Vingt ans durant, il parcourut sa patrie, de préférence l'Arménie russe, pour constituer une collection unique d'aquarelles et de relevés, d'après des édifices arméniens qui s'étagent du sixième au treizième siècle.

On a pu, en avril 1920, étudier et admirer au Pavillon de Marsan, l'exposition partielle que le maître arménien fit de ses oeuvres. Pour la première fois, on avait sous les yeux un ensemble d'oeuvres arméniennes, représentant le développement de l'art arménien depuis la chute des Arsacides jusqu'aux destructions opérées par les Turcs Seldjoucides et par les Mongols.

Le catalogue de cette exposition a été préfacé par M. Charles Diehl, qui, après les nombreuses publications de Strzygowski, reprend la question de l'art arménien et fixe la place exacte qu'il occupe dans l'histoire de l'art : "Par sa position géographique entre le monde oriental perse ou arabe, et le monde byzantin . . . l'Arménie fut de bonne heure entre Byzance et l'Orient un objet de lutte, un point de contact, une région où se rencontrèrent et se combinèrent deux civilisations opposées. Entretenant de fréquentes relations avec la Syrie, la Mésopotamie, la Perse, l'Arménie tout naturellement devait en tirer p261d'utiles leçons. D'autre part, les rapports politiques et économiques qu'elle avait avec la monarchie byzantine, la mettaient sous la dépendance des influences helléniques. Mais elle avait en outre un génie propre, original et créateur qui, entre les mains d'architectes habiles, singulièrement adroits à résoudre tous les problèmes techniques, a produit du sixième au treizième siècle une merveilleuse floraison d'édifices, un art ornemental d'une prodigieuse richesse et d'une incroyable variété."

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De cet art arménien, je voudrais présenter, grâce à la libéralité de deux notables arméniens, M. Khatchik Sevadjian et M. Armenak Hampartzoumian, quatre planches en couleurs, qui reproduisent aussi fidèlement qu'il est possible les belles aquarelles de M. A. Fetvadjian.

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Pl. XXIX. — Eglise de Tékor (Digor). Arménie, Ve ou VIe Siècle.

Pl. XXIX. L'église de Tékor (Digor), actuellement en ruines, date du sixième siècle. Elle n'a ni porche, ni narthex, et la coupole a été ajoutée après coup. Quatre piliers soutenaient cette coupole, dont la voûte, d'une forme quelque peu insolite en Arménie, n'est pas contemporaine du primitif édifice. Les églises de Tékor et d'Erérouk sont les plus anciennes églises arméniennes actuellement connues ; elles datent vraisemblablement du sixième siècle et dénotent une influence syrienne nettement caractérisée. M. Gabriel Millet9 fait très justement observer que l'aspect de temple périptère que présentent les églises de Tékor et d'Ouzounlar a été empruntée par les architectes arméniens à leurs maîtres syriens.

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Pl. XXX. — Cathédrale d'Ani. Arménie, Xe Siècle.

Pl. XXX. La cathédrale d'Ani, qui fut achevée en 1010, est un pur chef-d'oeuvre. Comme l'église de Tékor, c'est un monument cruciforme, sans travée,10 mais dont la coupole était bien comprise dans le plan primitif de l'édifice. Texier (Description de l'Arménie, Paris, 1842, p98) fait observer, à propos de la cathédrale d'Ani, l'emploi simultané de matériaux de différentes couleurs, tels qu'on en voit en Italie entre le douzième et le quatorzième siècle. A la différence p262de l'église byzantine, la cathédrale d'Ani n'a pas de narthex ; elle se compose d'une nef coupée par une croisée au centre de laquelle se trouve la coupole. Malgré ses dimensions exigües (32 mètres de long sur 20 mètres de large), cet édifice ne manque pas de grandeur.

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Pl. XXXI. — Horomosivanq. Arménie, Xe Siècle.

Pl. XXXI. Étienne Asolik de Tarôn rapporte que le couvent de Horomos, situé à une heure d'Ani, fut fondé par des moines arméniens fuyant la persécution grecque en Asie Mineure, dans la première moitié du dixième siècle. Ce monastère et ses dépendances servaient de lieu de repos aux voyageurs ; un double mur d'enceinte séparait le bâtiment des champs environnants ; entre les deux murs se trouvaient les constructions destinées aux voyageurs et aux pèlerins. Ce couvent fut dévasté en 982 par l'émir persan Ablhadj, puis reconstruit et restauré selon toute vraisemblance, sur le plan primitif de l'édifice. Voir la notice que je consacre à ce monastère, dans ma traduction de l'Histoire universelle d'Étienne de Tarôn (Paris, 1917), pp. LIV‑LVI. Nous reproduisons (fig. 3) une des fenêtres de ce bâtiment.


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Fig. 3. — Fenêtre de Horomos. Dessin de M. A. Fetvadjian.


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Pl. XXXII. — Chapelle de Saint-Grégoire d'Ani. Arménie.
XIIe (?) Siècle
(de la Famille Aboughamrents)

Pl. XXXII. La chapelle de Saint-Grégoire d'Ani, qu'il ne faut pas confondre avec l'église de Saint-Grégoire, est un délicieux monument polygonal, que la p263tradition arménienne attribue à la famille des Aboughamrents. Ce monument daterait du onzième ou du douzième siècle ; il rentre dans la catégorie des églises rondes ou polygonales, surmontées d'une coupole, dont le prototype est fourni par l'église de Zwarthnots (septième siècle), consacrée, elle aussi, à saint Grégoire.

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Ainsi, les influences les plus diverses se sont exercées sur l'art arménien. La coupole, qui était connue des Assyriens, sous sa double forme surhaussée ou sphérique, a passé en Arménie soit directement, soit par l'intermédiaire de la Perse. La forme polygonale, d'origine apparemment cappadocienne, compte de nombreux représentants en Arménie. Dans un certain nombre de monuments arméniens se marque l'influence byzantine. Mais les plus anciens monuments de l'architecture arménienne trahissent une inspiration syrienne. Sur cette base syrienne, s'est développé une architecture arménienne nationale, originale, dénotant un goût artistique des plus sûrs et des plus délicats. La famille arménienne doit être mise en bonne place dans l'ensemble des architectures médiévales, dont on étudie les témoins avec un intérêt toujours grandissant. Ars una, species multae.

Frédéric Macler


Notes de l'auteur :

1 F. Macler, Notre-Dame de Bitlis . . . (Paris, 1916), p56.

2 F. Macler, Rapport sur une mission scientifique . . . (Paris, 1911), pp32, 57 et 72.

3 De Vogüé, Syrie centrale, pp138‑140.

4 De Vogüé, Syrie centrale, pp153 et suiv. ; Butler, dans Publications of an Amer. expedition in Syria in 1899‑1900. Part II, Architecture ; Van Berghem et Fatio, Voyage en Syrie, pp222 et suiv.

5 De Vogüé, Syrie centrale, pl. II, où l'on trouvera d'autres exemples de ce décor.

6 René Dussaud et F. Macler, Mission dans les régions désertiques de la Syrie moyenne . . . (Paris, 1903), in‑8o, p18, fig. 4 et pl. III.

7 Op. cit., I, p407.

8 Op. cit., III, p371.

9 L'École grecque dans l'architecture byzantine (Paris, 1916), p132.

10 Cf. Gabriel Millet, op. cit., p60.


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Page mise à jour le  7 fév 11