Chapitre XXSir Thomas Browne PageMademoiselle Page Chapitre XXII

Deuxième Partie


CHAPITRE XXI

(1673)

Il ne se passa rien dont je me souvienne cet hiver-là.1 Mes chagrins m'occupent tant que je ne le suis guère des affaires des autres. J'en eus beaucoup de celui de madame de Nogent. Quoique l'intérêt touche peu dans de pareilles douleurs, elle eut celui2 que l'on donna la charge de maître de la garde-robe qu'avoit son mari au marquis de Tilladet, cousin germain de M. de Louvois ; et d'une charge qui lui avoit coûté quatre cent mille francs, on ne lui donna que cinquante mille écus.

M. de Charost3 vendit la sienne au duc de Duras. On fit MM. de Charost ducs, et la lieutenance de roi de Picardie [fut donnée] au fils,4 et de l'argent. On trouvoit qu'il faisoit bon avoir servi M. le Prince, , puisque de quatre capitaines des gardes, il y en avoit deux qui avoient plus servi contre le roi que pour lui. On y en mit un troisième : on donna la charge de M. de Lauzun à M. de Luxembourg. Je l'appris en allant à la messe ; on le disoit sur le degré, comme je descendois ; cela ne me réjouit pas trop. Je fus au dîner du roi avec les yeux fort pleurants ; mais je ne me souciois pas que l'on le remarquât : je ne devrois pas être insensible à ce qui me marquoit que le roi avoit moins de bonté pour lui ; car pour la charge, un intérêt ne m'auroit pas donné un moment de chagrin. Je m'en allai passer celui que j'avois à Paris.

La campagne venue, le roi partit.5 Il avançoit toujours la campagne, et il surprenoit tout le monde de sa cour aussi bien que les ennemis. Nous allâmes avec lui jusqu'à Courtrai,6 d'où il partit. On y assembla l'armée, qui fut belle et très-grosse. Je n'en avois vu que de petites jusque-là ; mais il y avoit plus de trente mille hommes. La reine alla à Tournay,7 où on demeura durant le siége de Maestricht, qui dura moins qu'il n'avoit fait, lorsque le prince d'Orange le prit. Ce prince y fut soixante jours de tranchée ouverte, et le roi onze.8 J'entendis dire cela ; car je ne me suis guère amusée à lire les guerres étrangères. Madame de Montespan étoit à Tournay ; elle logeoit à la citadelle, et ne vit la reine que deux jours avant que de partir. La duchesse [de La Vallière] logeoit chez la reine, à son appartement ordinaire. La reine eut beaucoup de vapeurs à Tournay.

Il y eut bien des gens tués à Maestricht ; ce qui est ordinaire aux siéges. Artagnan y fut tué, dont je fus fort fâchée. C'étoit un homme à qui vraisemblablement le roi auroit pu parler quelquefois de M. de Lauzun, et il étoit homme à ne lui pas rendre de mauvais offices.

Le roi manda à la reine de s'en aller à Amiens, où elle auroit de ses nouvelles. Nous partîmes. A la dînée, entre Tournay et Douai, à Orchies, comme la reine dînoit, madame de Montespan passa dans une calèche du roi avec quatre gardes que l'on lui avoit envoyés de l'armée. On alla, sans séjourner, à Amiens, où la reine avoit encore des vapeurs. On fit venir des médecins de Paris pour consulter9 ; elle étoit dans un fort grand chagrin. Le roi lui manda de l'aller trouver à Rethel et lui marquoit la route qu'elle tiendroit et le jour qu'il y seroit. Il étoit arrivé avant la reine. On y fut deux jours10 ; de là à Grandpré, à Verdun, à Malatour, à Thionville, où on séjourna cinq ou six jours. C'est une belle place de guerre ; les remparts sont admirables, mais les logis sont affreux.11 On avoit grande hâte d'en sortir. On fut à Metz ; on y arriva de bonne heure. La reine fut à la synagogue, qui est plus belle que celle d'Avignon. On fit danser les Juifs.

Le fils naturel de l'électeur palatin, qui venoit de faire compliment à Madame qui étoit accouchée d'un fils, salua le roi. De Rethel, Monsieur étoit allé à Paris voir Madame. De Metz,12 on alla à Nancy. C'est un beau pays que la Lorraine. Nancy est une assez belle ville, c'est-à-dire qu'elle a l'air d'une ville de campagne. Le logis des ducs, que l'on appelle la cour, marque de la dignité. Les appartements ne sont pas accommodés : il n'y a qu'une chambre fort dorée, mais mal entendue, que le maréchal de La Ferté avoit fait faire du temps qu'il y commandoit. Il y a beaucoup de logement ; un jardin très-agréable et qui l'étoit encore davantage avant que l'on eût rasé les fortifications, étant sur un bastion. La cour y étoit fort agréable. Il y a beaucoup de couvents que la reine visitoit à son ordinaire. Je vis celui où mon père avoit été marié. Je crois que la cour de Nancy a pu être jolie ; il y a force femmes de qualité, bien faites, même de belles, mais quasi toutes de bon air et l'air de nobles ; de l'esprit ; elles venoient souvent à ma chambre. Pour les hommes, ils ne se montroient pas. La reine y prit des eaux de Spa, et moi de Pont-à-Mousson.13 J'avois envie de m'en aller à Forges ; mais le roi me témoigna désirer que je demeurasse. Ainsi je pris de celles du Pont, qui m'échauffèrent un peu.

On ne s'ennuyoit pas trop à Nancy ; on eut regret de s'en aller.14 On fit un tour en Alsace ; on coucha à Lunéville, maison de plaisance des ducs ; c'étoit le dessein de madame de Lorraine ; on la bâtissoit, quand ils partirent. La situation est belle.15 On passa à Saint-Nicolas, qui est une grande dévotion. La reine y avoit été. Il y a un miracle d'un homme qui étoit prisonnier en Turquie, les fers aux pieds et aux mains. Il fit un vœu à Saint-Nicolas ; il se sauva et apporta ses fers Saint-Nicolas. On peut juger si je le priai bien le jour que j'y fus. Je ne manquai pas de conter ce miracle au roi et de joindre mes mains en lui contant, pour qu'il comprît que l'on le prioit de faire un pareil miracle à Saint-Nicolas ; je lui dis : « Sire, il faut que vous voyiez les fers de cet homme qui fut mis en liberté. » Il me sembloit que tout ce que l'on lui disoit qui parlois de prison, ou de prisonnier, étoit des sollicitations que je lui faisois pour M. de Lauzun.

On fut à Ravon,16 un fort vilain lieu dans les montagnes des Vosges. J'étois logée dans une maison qui tomboit et où on disoit que revenoient des esprits. Comme je les crains, j'y eus peur. Après [on alla] à Saint-Dié,17 qui est une jolie ville au pied de la montagne. On y fait tous les ans une solennelle procession au pied, parce qu'il y une vieille prédiction qui dit que cette montagne s'ouvrira et engloutira la ville. Les paysans de ces quartiers-là sont comme des bêtes ; les femmes y sont fort laides, et les uns et les autres ont des goitres ; les eaux y sont très-froides. On fut de là à Saint-Marie-aux-Mines, et nous passâmes par des chemins épouvantables dans des bois, où il y a des chemins étroits sur le bord des précipices, où il passe des torrents . On a peine à y voir le ciel : ce sont des arbres d'un vert si noir et si mélancolique qu'il faisoit peur.

En arrivant à Sainte-Marie-aux-Mines, le pays est beau : on voit des plaines, force villes, des rivières. Le paysage est agréable. Sainte-Marie est une grande rue entre deux montagnes fort tristes et fort couvertes d'arbres. Il y passe un ruisseau, qui sépare la Lorraine d'avec l'Alsace. De ce côté-là le village est au prince palatin de Birkenfeld. Je dormis toute l'après-dînée le jour que l'on séjourna.18 On faisoit très-mauvaise chère à ce voyage. Tout le sel sentoit la poudre19 à tel point que l'on ne pouvoit pas même manger du pottage ; l'eau étoit si mauvaise, que l'on n'en osoit boire à cause de sa froideur, qui donnoit de ces vilains maux. Je ne vivois quasi que de bouillon, d'œufs et de vin du Rhin. Ces vins sont blancs et souffrés ; je les trouvois bons.

On fut de là à Ribeauvilliers,20 qui est une petite ville, où il y a un fort beau château et fort extraordinaire, qui est à ce prince palatin. Il l'a eu du côté de sa femme, qui est fille du comte de Ribeaupierre. Il étoit mort, il y avoit six semaines ; mais en Allemagne, on fait beaucoup de cérémonies aux enterrements ; on prie quantité de monde, et sur le bruit que le roi iroit en Allemagne, le prince palatin, qui est au service du roi, mestre de camp du régiment d'Alsace, n'avoit osé prier personne de peur de cet embarras, si la cour y venoit, de sorte que le corps de son beau-père étoit dans un petit corps de logis au bout d'une terrasse sous un drap mortuaire, et des chandeliers autour. Quand les gardes du roi, qui vont au logement arrivèrent, ils trouvèrent tout cela. Ils dirent qu'il le falloit ôter ; car le roi auroit vu les luminaires en entrant. On mit le corps dans une armoire, dans une chambre auprès. On marqua cette chambre pour moi, et celle où étoit le corps mort pour mes filles. Je n'en sus rien. Il étoit mort dans la chambre où couchèrent le roi et la reine. Le lendemain je trouvai le roi qui descendoit comme j'entrois. Il me dit : « Si vous saviez ce que je sais, vous seriez bien effrayée. » Je lui demandai ; il me le dit. Cela me surprit beaucoup.

A Sainte-Marie-aux-Mines, le matin avant que de partir, il étoit venu un petit souverain de Montbelliard, de la maison de Würtemberg, saluer le roi. Il l'avoit vu autrefois à Paris ; il avoit épousé mademoiselle de Châtillon,21 fille du maréchal. Il me parut roide ; il étoit habillé comme un maître d'école de village, sans épée. Il avoit un carrosse noir ; il portoit le deuil de l'impératrice, sœur de la reine, que j'avois oublié de dire qui étoit morte,22 il y avoit quelques mois. Ses chevaux étoient couverts de housses noires traînantes, et ses pages et ses laquais étoient habillés de jaune, avec des galons rouges. Il avoit quinze ou vingt gardes avec des casaques de mêmes livrées, assez bien montés. Je crois que toute sa cour étoit dans son carrosse ; car il en sortit dix ou douze personnes ; il avoit assurément tout ramassé et fait de son mieux pour paroître à la cour. Jugez ce que c'étoit par ce que j'en dis ; pour faire cas des princes étrangers, il faut les voir en France ; c'est où ils sont en lustre et soutiennent leur gloire ; car en leur pays ce n'est pas grand'chose.

Le doyen du chapitre de Strasbourg vint saluer le roi avec deux chanoines (le bonhomme avoit une soutanelle ; je pense qu'il s'appeloit le comte de Mandrecheque23), et deux chanoines très-bien faits, de grands garçons, vêtus de gris avec de grandes épées, des écharpes noires, des franges d'or et d'argent, de fort belles têtes. Je ne sais s'ils n'avoient point de plumes. Ils avoient un carrosse avec de fort beaux chevaux, des gens bien montés avec eux, force laquais bien vêtus. Leur train étoit de plus bel air et plus magnifique que celui du souverain. L'un de ces messieurs étoit neveu de M. de Strasbourg, de la maison de Fürstemberg ; l'autre étoit un parent ; mais j'en ai oublié le nom. Ils parlèrent à moi à Chatenoy,24 une petite ville, qui est à leur chapitre, où on dîna, entre Sainte-Marie-aux-Mines et Ribeauvilliers.

Le bailli de ce lieu avoit été autrefois à Paris chez le président Tambonneau, pour montrer l'allemand à ses enfants. Comme il parloit françois, il s'offrit de guider le roi et vint à la portière du carrosse ; on l'entretint et il donna assez de plaisir. Comme le président Tambonneau a toujours vu force gens de la cour, il connoissoit tout le monde et en demandoit des nouvelles au roi. Il commença par me demander si je ne me souvenois plus de l'avoir vu, et à madame de Montespan la même chose. Depuis Thionville, elle étoit venue dans le carrosse de la reine. Madame de Maintenon, qui alloit avec elle, s'en étoit retournée. Nous lui dîmes que non. Il s'en étonna, disant a madame de Montespan : « J'ai souvent vu M. de Mortemart venir chez vous. Où sont les petits Bouillon ? Je les ai tant vus aussi. » On lui dit qu'il y en avoit un cardinal24 ; il en fut bien aise. « Et Péguin, Sire ? on m'a dit qu'il a changé de nom ; où est-il ? C'est un joli garçon que ce M. de Lauzun, que l'on appelle ainsi à cette heure. » On ne lui répondit rien. « Sire, dites-m'en donc des nouvelles ; je l'aimois fort. On dit qu'il lui est bien arrivé des choses. » Enfin après s'être bien regardé, on se mit à rire. Il reprenoit : « Pourquoi Votre Majesté, sire, ne me répond-elle point sur celui-là comme sur les autres ? Vous l'aimiez tant, quand j'étois à Paris. » A la fin il se lassa de questionner sur ce chapitre. Il parla d'autres gens. Cela me faisoit plaisir ; tout ce qui pouvoit faire souvenir le roi de lui, en donne : on espère toujours que sa tendresse passée pour lui, reprenant sa première force, le tirera d'où il est.

La femme du prince palatin vint voir la reine. C'est une femme qui n'est pas mal faite ; elle ne parle point françois ; elle avoit une petite fille de cinq ans qui ne le parloit ni ne l'entendoit, et une sœur qui a un visage d'une longueur, [telle] que je n'en ai jamais vu un pareil. Madame de Soubise25 la présenta. Ce prince palatin a une grand'mère de [la maison de] Rohan, et madame de Soubise l'étoit allée voir ; nous l'y trouvâmes en arrivant.

On fut de là à Brisach. On passa devant Colmar.26 Le roi descendit en carrosse. Nous l'attendîmes pour aller voir les fortifications de cette ville, que l'on fit raser. On en en ôta toutes les munitions, les canons ; on désarma le bourgeois ; on ne trouvoit autre chose que des chariots, qui en étoient chargés sur les chemins. Jamais je n'ai vu des gens si consternés et une si grande désolation. On crioit fort sur la manière dont on en avoit usé ; mais par la suite, on a vu que le roi avoit bien fait. Si ces places (car on en rasa plusieurs autres) fussent demeurées, elles auroient fort nui, étant entre Brisach et la Lorraine. Quand le roi revint, nous lui dîmes que ces pauvres gens-là faisoient grande pitié ; qu'ils pleuroient. Il nous dit : « Quand vous serez à vingt pas d'ici, vous verrez si vous en aurez pitié. » Ils avoient fait faire un fort pour garder un pont sur une petite rivière qu'il faut nécessairement passer ; il y avoit ordinairement des troupes. A dire le vrai, cela parut assez insolent, et je n'en eus plus de pitié.

En arrivant à Brisach,27 j'eus fort peur du pont. Il y en a deux, qui ne sont séparés que d'un petit terrain. Ils sont d'une grande longueur et hauteur sans garde-fou, et ce sont des arbres de sapin tout ronds, qui ne sont point cloués, de sorte que l'on voit l'eau entre-deux, et ils font, quand l'on marche, comme une épinette.28 Le Rhin est une rivière fort rapide. Tout cela n'assure pas beaucoup ceux qui craignent l'eau, à y passer. On mit pied à terre. Beaucoup de gens y passèrent en carrosse. Le roi y passa à cheval. Le lendemain en s'allant promener, nous étions dans un jardin de la ville, qui regarde sur l'eau et si haut que je tremblois de le voir là et que j'admirois comme il fait toutes choses.

La ville de Brisach est petite et assez vilaine, les rues étroites ; le château est fort mélancolique et a beaucoup d'air d'une prison. Les chambres sont obscures ; les fenêtres grillées. Je disois au roi : « Votre Majesté n'étouffe-t-elle point dans cette maison ? Elle est capable de donner des vapeurs. Pour moi, tout ce qui a l'air d'une prison m'en donne. » Et je m'étendis sur les horreurs de la prison. Il m'écouta et ne dit rien.

L'évêque de Bâle vint voir la reine. Les députés des cantons suisses et des villes vinrent faire serment au roi. La reine vit le père général des capucins, qui venoit faire sa visite en France. Il avoit été en Allemagne, avoit vu à Insprück la princesse que l'empereur avoit déclaré qu'il épouseroit. Elle étoit de la maison d'Autriche. Il n'avoit pas voulu qu'elle se mariât, la gardant toujours pour lui, parce que l'on lui avoit prédit qu'il auroit sept femmes. Il dit à la reine, ce bon père, qu'elle chantoit bien et que l'archiduchesse sa mère l'avoit fait chanter devant lui. Cela nous parut assez plaisant ; en France on ne feroit guère chanter devant un capucin une grande princesse.

On s'en revint à Nancy par le même chemin.29 On parla d'aller faire un voyage à la Franche-Comté, puis on résolut d'aller en Flandre. On eut de très-mauvais chemins, un vilain temps, et de méchants gîtes. Quand on fut à Laon, on séjourna un jour. Tout d'un coup le roi manda à la reine qu'il partiroit le lendemain pour retourner vers Paris.30 Ce fut une grande joie à tout le monde.

Madame de Guise alla loger à Luxembourg pendant ce voyage. Elle avoit eu grande envie de se marier avec le duc d'York ; elle faisoit mille amitiés à l'ambassadrice d'Angleterre ; mais ce fut inutilement. Le roi conta un jour dans le carrosse à la reine que le duc d'York lui avoit mandé qu'il épouseroit qui il lui plairoit dans son royaume, pourvu que ce ne fût point madame de Guise. On parla fort d'une des filles de M. d'Elbœuf. M. de Turenne se donna de grands mouvements pour cela ; mais le roi ne le voulut pas. On parla de mademoiselle de Créqui ; le duc d'York la vouloit bien aussi ; mais le roi ne voulut pas. Madame de Würtemberg, qui est flamande, fille du prince de Barbançon, étant veuve du comte d'Estrades, épousa le prince Ulrich de Würtemberg, qui avoit un régiment de cavalerie allemande dans les troupes du roi d'Espagne. Je l'ai vu ici, lorsque l'on en envoya à M. le Prince. Cette femme étoit belle ; il en devint amoureux, l'épousa, se fit catholique, en eut une fille, puis la laissa à Bruxelles et se fit huguenot. On a dit que ses parents n'avoient pas reconnu son mariage. Elle dit toujours que, sans la religion, elle auroit été avec lui en Flandre, où on ne fait pas trop de cas de ces sortes de princes ; elle avoit tous les jours mille désagréments ; elle n'y avoit pas de bien. Elle vint en France avec cette petite fille, disant à la reine-mère, qui étoit bonne et charitable, que ses parents la vouloient emmener en Allemagne pour la faire huguenote ; qu'elle la venoit mettre sous sa protection. La reine en eut pitié. Comme elle étoit de la connoissance de ma belle-mère et que c'étoit assez pour avoir ses bonnes grâces que de n'être pas François, elle logea à Luxembourg pour obliger la reine-mère à lui donner une pension ; elle la supplia de la mettre dans un couvent, parce qu'elle s'en retournoit en Flandre, où elle avoit des affaires. La reine lui donna deux mille écus. Madame de Würtemberg alloit et venoit tous les ans. Le roi lui continuoit cette pension ; c'est une femme intrigante. Cette fille se donna des airs, non pas de beauté (car elle ne les a pas à ma fantaisie), mais comme celles qui en ont ; force monde alloit chez elle. Enfin par ses intrigues, on parla de la marier au duc d'York. Madame de Würtemberg vint à Nancy pour cela. Le roi manda ce qu'il pensoit de la mère et de la fille, et le mariage fut rompu, et le roi fit celui de la princesse de Modène.31 Elle passa par Paris ; le roi et la reine la furent voir. J'allai à Paris exprès pour cela. Nous y fûmes ensemble, Mademoiselle,32 ma sœur et moi. Je la trouvai assez incivile ; nos rangs étoient si réglés que je ne m'en pouvois apercevoir qu'à son air. C'étoit une grande créature qui n'avoit rien de beau ni de laid, un air mélancolique, jaune, maigre. On dit qu'elle est fort changée depuis ; qu'elle est gaie, enjouée, même engraissée, et qu'elle est belle. Elle fut à Versailles, vint nous rendre nos visites à Paris ; puis elle s'en alla.

Le roi avoit envoyé M. l'évêque de Marseille33 en Toscane pour tâcher de raccommoder M. le grand-duc et ma sœur, qui étoient tout à fait mal. Le bonhomme grand-duc, qui étoit un très-habile homme, empêchoit les éclats autant qu'il pouvoit ; mais après sa mort,34 personne ne garda de mesure. J'avois, dès les premiers démêlés, écrit à ma sœur avec toute la sincérité possible, mes sentiments et comme l'auroient dû faire toutes les personnes, qui prenoient intérêt à son repos et à sa conscience ; elle ne l'avoit pas trouvé bon. J'avois discontinué de lui écrire. Quand elle s'étoit raccommodée, elle m'avoit écrit des lettres les plus tendres et les plus reconnoissantes de ma manière d'agir, me disant que l'on ne pouvoit pas l'aimer et lui avoir parlé autrement que j'avois fait ; qu'elle connoissoit que les gens qui l'avoient flattée étoient ses ennemis ; enfin des lettres du meilleur sens et de la plus grande amitié du monde. Nous avions donc recommencé un grand commerce ; elle me remercia fort de la manière dont j'avois parlé d'elle à son mari et dont j'avois agi avec lui.

M. de Lauzun étoit en quartier lorsque le grand-duc vint en France, et comme il fut souvent avec le roi, cela donna lieu à M. de Lauzun de le connoître davantage. IL en fut fort content et lui fit mille honnêtetés ; depuis il lui faisoit faire souvent des compliments par l'ambassadeur de Venise, qui étoit leur ami commun. Comme mon affaire fut aussitôt rompue que résolue, je n'eus pas le temps d'écrire à M. le grand-duc pour lui en faire part. J'attendois la fin ; mais celle qu'elle eut me mit en un tel état que je ne pus lui écrire sitôt. M. l'ambassadeur de Venise35 me dit : « J'avois écrit l'affaire à M. le grand-duc ; je crois qu'il en auroit été bien aise ; car il estime fort M. de Lauzun, et je lui écrirai l'état où vous êtes. » Il reçut ces deux lettres si près à près qu'il ne fit qu'une réponse à toutes deux, qu'il me montra. Il mandoit que sa première lettre lui avoit donné de la joie et qu'il tenoit à honneur l'alliance de M. de Lauzun ; que la seconde lui avoit causé beaucoup de chagrin par celui que nous avions eu, nous honorant tous deux comme il devoit. Je le dis à M. de Lauzun ; il me répondit : « L'ambassadeur m'a montré la lettre que j'ai lue ; j'ai fait prier l'ambassadeur de Venise de l'en remercier et de lui faire vos compliments. »

Le jour que je lui parlai de cela, c'étoit l'hiver, dont notre affaire fut rompue. Le roi et la reine allèrent souper à l'hôtel de Guise. Il y eut un grand bal pour les noces de mademoiselle d'Harcourt,36 qui épousa par procureur le duc de Cadaval, Portugais. J'étois priée aux fiançailles ; mais M. d'Elbœuf, qui est l'aîné de cette maison à cette heure, qui l'étoit de la branche, me pria de n'y pas aller. C'étoit chez la reine. Madame de Guise n'osa me prier d'y aller ; je n'y aurois pas été assurément. M. de Lauzun y fut avec le roi. J'avois assez insisté [pour] qu'il n'y allât pas, n'étant point en quartier ; mais il n'eut pas cette complaisance pour moi. « Quoi ! vouloir que je quitte le roi, quand je puis être avec lui ! » Il me gronda fort, me disant : « Tous les lieux me sont égaux ; je ne veux voir que le roi, le suivre ; tout le reste m'est indifférent. » On le pressa fort de souper. M. de Guise, mademoiselle de Guise, madame de Guise, tous s'empressèrent à lui faire des honnêtetés. Il recevoit tout cela fort fièrement. Nous causâmes fort longtemps ce jour-là, et il me disoit : « Ce grand-duc est-il honnête homme ? Sait-il ce qu'il fait ? Veut-il vous plaire ? Dites donc. » Nous causâmes fort là-dessus.

Je m'écarte souvent des choses que je commence. Mais il y a de certains entraînements, qui sont quasi nécessaires pour en donner l'intelligence à ceux qui n'étoient pas de ces temps-là ou qui ne les ont pas sues, ou qui reviennent à ce qui me regarde.

M. de Marsillac revint donc à Nancy fort étonné de tout ce qu'il avoit vu en ce pays-là. Il avoit fait force allées et venues pour tâcher de les faire voir sans pouvoir y parvenir. Le sujet de son voyage, c'est que ma sœur avoit demandé au grand-duc permission d'aller à une dévotion à deux journées de Florence, et comme elle avoit été à une de ses maisons, qui s'appelle le Poio Caiane, elle y étoit demeurée, et le grand-duc soit par dignité ou crainte qu'elle ne s'en allât, avoit envoyé des gardes à cette maison, qui l'accompagnoient. Cela n'avoit nul air de prison. Il m'écrivit et m'envoya la lettre qu'elle lui avoit écrite, [et] la réponse qu'il lui avoit faite. Voici celle qu'il m'écrivit37 :

« De Florence, le 24 décembre 1673.38

» Votre Altesse royale verra par la lettre ci-incluse de la grande-duchesse mon épouse la résolution qu'elle a prise. Votre Altesse royale peut juger de la grandeur de l'affliction où moi et toute ma maison sommes réduits, dans laquelle je n'espère aucune consolation qu'en la protection que j'attends de Votre Altesse royale. Je la lui demande très-instamment, ma douleur ne me laissant rien autre chose à souhaiter. Le sieur abbé de Gondi dira plus particulièrement à Votre Altesse royale les circonstances de cette résolution de madame la grande-duchesse. Cependant je supplie Votre Altesse royale d'avoir compassion de moi et de mes enfants, et de m'honorer de ses commandements, l'assurant que je serai éternellement, etc. »

Les sujets,39 lesquels l'abbé de Gondi me dit qui avoient causé cette fuite, me parurent si petits, que je ne pus croire que ce fût les véritables, pour quelques pierreries que l'on n'avoit pas achetées aussi promptement que ma sœur avoit eu envie, pour quelque valet, qui avoit fait quelque sottise, que le grand-duc avoit chassé, enfin de si petites choses , que je ne le puis croire.40 Voici la lettre que ma sœur écrivit au grand-duc :

Lettre de la grande-duchesse au grand-duc.

« J'ai fait ce que j'ai pu jusqu'à présent pour gagner votre amitié et n'y ai pas réussi, et plus j'ai eu de complaisance pour vous, plus vous avez eu de mépris pour moi. Je me consulte depuis longtemps pour voir s'il m'est possible de le souffrir ; mais cela n'est pas en mon pouvoir ; c'est ce qui me fait prendre une résolution qui ne vous surprendra pas, quand vous ferez réflexion au mauvais traitement que vous m'avez fait depuis près de douze ans ; c'est que je vous déclare que je ne puis plus vivre avec vous. J'ai fait votre malheur, et vous faites le mien. Je vous prie de consentir à une séparation, afin de mettre ma conscience et la vôtre en repos. J'enverrai mon confesseur vous en parler. J'attendrai ici les ordres du roi, à qui j'ai écrit pour le supplier de me permettre d'entrer dans un couvent en France.41 je vous demande la même grâce, vous assurant que j'oublierai tout le passé, pourvu que vous me l'accordiez. Ne soyez pas en peine de ma conduite ; j'ai le cœur comme je le dois avoir, et qui ne me laissera jamais faire des bassesses, vu que j'aurai outre celle-là la crainte de Dieu et l'honneur du monde devant les yeux. Je crois que ce que je vous propose est le moyen le plus assuré pour nous mettre tous deux en repos le reste de nos jours. Je vous recommande mes enfants.

» Marie-Louise d'Orléans,

» grande-duchesse de Toscane. »

Réponse de M. le grand-duc à la lettre ci-dessus.

« Je ne sais si le malheur de Votre Altesse royale a été plus grand que le mien. Tant de marques de respect, de complaisance et d'amour que je ne me suis point lassé de vous rendre pendant près de douze ans, et qui ont reçu de tout le monde la justice que l'on leur devoit, ayant été regardées de vous avec tant d'indifférence, quoique je dusse être satisfait d'avoir l'approbation de tout le monde, je ne laisse pas de souhaiter que Votre Altesse connoisse aussi cette vérité. J'attends votre père confesseur que vous dites que vous m'envoyez, pour apprendre de lui ce qu'il a à me dire de votre part, auquel je ferai connoître mes sentiments. Cependant je donnerai ordre qu'outre la commodité et la sûreté, on rende aussi à Votre Altesse en cette ville tout le respect qui lui est dû, l'assurant de nouveau que je suis, etc. »

Après ces lettres on peut juger de l'état où étoient M. le grand-duc et ma sœur. J'avois beaucoup de douleur de les y voir et de pouvoir si peu pour les raccommoder. M. de Marseille admiroit qu'après avoir entretenu ma sœur deux ou trois heures sur le même ton que ces lettres sont écrites, elle alloit se promener, avoit de la musique et faisoit cela avec autant de tranquillité que si elle n'avoit rien et dans l'esprit. Il faut que Dieu donne des forces toutes particulières pour en user ainsi. Madame du Défant42 se donnoit toujours de grands mouvements ; madame de Guise s'en donnoit aussi, et ce lui étoit une occasion pour entretenir le roi. Je ne sais si c'étoit agir habilement.

 

FIN

 


NOTES

1. On a effacé les quatre lignes du manuscrit depuis il ne se passa rien jusqu'à j'en eus beaucoup. J'ai les rétablies parce qu'elles sont nécessaires pour le sens.

2. Le chagrin.

3. Louis de Béthune, comte, puis duc de Charost ; il mourut le 20 mars 1681, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Voy. ce qu'on dit Saint-Simon (Mémoires, édit. Hachette, in-8, t. IX, p. 430). Saint-Simon parle spécialement des motifs qui déterminèrent le vieux Charost à vendre sa charge de capitaine des gardes du corps.

4. Armand de Béthune, fils du précédent. Cette lieutenance de Picardie était, selon Saint-Simon (ibid., p. 431), « un morceau de quatre-vingt nille livres de rente. »

5. Le roi partit de Saint-Germain le 1er mai 1673.

6. La cour arriva le 15 mai à Courtrai.

7. Le 23 mai.

8. La tranchée fut ouverte le 17 juin et la place se rendit le 2 juillet. Voy. dans les OEuvres de Louis XIV, t. III, p. 303-396 un long récit du siége de Maestricht. Les anciennes éditions des Mémoires de Mademoiselle ont ajouté au texte : « Le roi fait attaquer les places d'une manière plus vigoureuse ; il ôte le courage à ceux qui les défendent, de lui pouvoir résister un moment. » Le commentaire a passé dans le texte, comme on l'a déjà remarqué plus haut.

9. Comparez les lettres historiques de Pellisson (lettre du 14 juillet 1673) : « Nantia arriva là de la part de la reine, et apporta des lettres, par lesquelles le roi fit chercher en diligence M. le premier médecin. » La suite de cette lettre prouve que l'indisposition était légère et que la reine pût se mettre en marche peu de jours après pour rejoindre le roi.

10. Les lettres historiques de Pellisson fixent les dates : « Le roi séjourna à Rethel les 17 et 18 juillet ; il arriva le 19 à Grandpré, le 20 à Verdun, le 21 à Malatour et le 22 à Thionville. » Voy. spécialement la lettre du 24 juillet 1673.

11. Pellisson dit de même (lettre du 1er août) : « La cour ne s'y trouva pas bien logée : c'est une ville de guerre fort pauvre, les maisons mal entendues et malpropres. Les fortifications très-belles ; c'est un ouvrage de Charles-Quint. »

12. La cour quitta Thionville le 30 juillet 1673 et arriva à Metz le même jour. Elle alla le lendemain à Nancy.

13. Cf. Pellisson, lettres historiques: « Mademoiselle en prend (des eaux), et par conséquent le dessein d'aller à Forges. » (Lettre du 13 août 1673.)

14. On partit de Nancy le 24 août.

15. Comparez Pellisson (lettre du 24 août).

16. 25 août. Voy. Pellisson, ibid. Il appelle ce lieu Raon, et dit que c'est un méchant village. Le véritable nom est, en effet, Raon-l'Étape (départ. des Vosges).

17. Ce fut le 26 août que la cour arriva à Saint-Dié.

18. « Nous séjournâmes le mardi 29 août à Sainte-Marie-aux-Mines. » Lettres hist. de Pellisson, t. II, p. 5.

19. Les anciennes éditions ont remplacé ce membre de phrase par le suivant : Comme la poussière s'attache à la viande, je n'y mangeai quasi rien.

20. « Nous allâmes coucher hier mardi 26 août à Ripolsville, qu'on appelle communément Ribeauvilliers, une jolie petite vile qui appartient au prince de Birkenfeld, ou à son beau-père, le prince de Ribeaupierre. » (Pellisson, ibid.) Ce titre de prince est bien ambitieux et je crois qu'il faudrait y substituer celui de comte de Ribeaupierre. C'est le titre que Mademoiselle donne avec raison à ce seigneur alsacienne.

21. Anne de Coligny, mariée en 1648 à Georges, duc de Würtemberg, comte de Montbelliard.

22. Marguerite-Thérèse, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, était morte le 12 mai 1673.

23. Ce nom a été probablement altéré par Mademoiselle. Les anciennes éditions y ont substitué Manderhail.

24. Emmanuel-Théodose de la Tour-d'Auvergne avait été nommé cardinal au mois d'août 1669.

25. Anne de Rohan-Chabot, mariée depuis 1663 à François de Rohan, prince de Soubise. Elle mourut le 4 février 1709.

26. La cour s'arrêta le 30 août 1673 à Colmar. Voy. les Lettres historiques de Pellisson.

27. 31 août. Voy. Lettres hist. de Pellisson.

28. Mademoiselle veut dire que les pièces de bois étaient mises en mouvement, comme les touches de l'instrument de musique appelé épinette.

29. La cour quitta Brisach le 2 septembre. Voy. Lettres historiques de Pellisson. On suit dans ce dernier ouvrage tout le voyage du roi. Il arriva à Nancy le 8 septembre et en partit le 30. Il se dirigea vers Laon en traversant Saint-Mihiel et Saint-Menehould. Il s'arrêta le 8 octobre à Laon.

30. Voy. Lettre de Pellisson, en date du 9 octobre 1673 « Ce matin, vers les onze heures, le roi a déclaré le dessein de s'en retourner à Saint-Germain, ou à Versailles, en quatre jours, couchant demain à Soissons, puis à Villers-Cotterets et à Dammartin. »

31. Marie d'Este, fille d'Alphonse IV, duc de Modène, fut mariée au duc d'York le 30 septembre 1673. Voy. Lettres hist. de Pellisson, t. II, p. 67, 75, 77, 78, 81.

32. Il s'agit de la petite Mademoiselle, dont il a été question plus haut, p. 325.

33. L'évêque de Marseille était à cette époque Toussaint de Forbin-Janson, dont madame de Sévigné parle souvent dans ses lettres. Voy. sur cette madame de l'évêque de Marseille une lettre de Louis XIV en date du 22 août 1673 (OEuvres de Louis XIV, t. V., p. 511.)

34. Le grand-duc de Toscane, Ferdinand II, mourut, comme on l'a déjà dit, le 23 mai 1670. Il s'agit ici de son fils Cosme, qui avait épousé mademoiselle d'Orléans.

35. Les anciennes éditions ont ajouté ici le nom de l'ambassadeur, qui s'appelait Contarini.

36. Marie-Angélique de Lorraine fut mariée le 7 février 1671 à Nuño Alvarès Pereira de Mello, duc de Cadaval. Elle était fille de François de Lorraine, duc d'Elbœuf et d'Anne d'Ornano.

37. La lettre ne se trouve pas dans les anciennes éditions des Mémoires de Mademoiselle.

38. Le manuscrit porte 1677, mais il faut lire 1673, époque de la mission de l'évêque de Marseille à Florence.

39. Tout ce qui suit jusqu'à la fin de la seconde partie est entièrement omis dans les anciennes éditions des Mémoires de Mademoiselle. On ne sait comment s'expliquer une lacune qui comprend plus de vingt pages de notre édition. Les éditeurs ont-ils craint de parler de circonstances peu honorables pour une princesse de la maison d'Orléans ? On est réduit à des hypothèses, dont aucune ne peut justifier une pareille mutilation du texte.

40. Madame de Sévigné, dans une lettre en date du 3 juillet 1675, nous fait connaître à quel motif on attribuait le retour de la grande-duchesse en France : « Je suis persuadée qu'elle aimeroit fort cette maison, qui n'est point à louer. » La suite de la lettre prouve que cette maison est le cœur de Louis XIV. On peut aussi comparer les Mémoires de Saint-Simon (édit. Hachette, in-8, t. XVIII, p. 186-187). Saint-Simon s'est trompé en plaçant vers 1669 le retour de la grande-duchesse en France. Elle n'y rentra qu'en 1675.

41. La lettre suivante de Louis XIV à la grande-duchesse prouve qu'il était loin d'approuver ses projets :

« Ma cousine, j'ai reçu votre lettre et entendu pleinement le sieur évêque de Marseille sur toutes les choses qui vous regardent, et je vous voue que ce n'a pas été sans avoir le cœur attendri en quelques parties de son récit : mais plus je suis sensible à ce qui vous touche, moins je me trouve capable de vous flatter sur la séparation et sur la sortie dont il m'a parlé ; ce sont des extrémités si peu dignes de vous et de moi, que je ne vous cèlerai pas que, si par malheur vous vous y portiez, vous ne devez plus attendre ni considération ni protection de ma part. Je me promets donc que faisant une sage réflexion sur les suites d'un tel projet, vous en perdrez la pensée, comme vous y êtes obligée par toutes sortes de raisons. Je vous en conjure aussi, et de vous reposer du reste sur l'amitié que j'ai pour vous, avec confiance que par ce moyen elle ne vous manquera jamais. »

42. Il a été question plus haut de cette personne comme attachée aux filles du second lit de Gaston d'Orléans.

 


Mémoires de Mlle de Montpensier, Petite-fille de Henri IV. Collationnés sur le manuscrit autographe. Avec notes biographiques et historiques. Par A. Chéruel. Paris : Charpentier, 1859. T. IV, Chap. XXI : p. 333-355.


This page is by James Eason, University of Chicago.